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L’euro doit devenir une monnaie commune

Mis en ligne le 31.03.2014 à 07:00

© Keystone



Sergio Rossi

La très grande majorité des économistes prête davantage attention à la cohérence interne des modèles mathématiques qu’ils développent qu’à la rigueur conceptuelle des termes utilisés dans leurs analyses.

Il est possible de s’en rendre compte très facilement, en demandant à un enseignant–chercheur en sciences économiques quelle est (si elle existe en réalité) la différence conceptuelle entre une monnaie unique et une monnaie commune. L’évidence empirique disponible à travers l’abondante littérature en économie monétaire indique que 99,99 pour cent des économistes ne distinguent aucunement la monnaie unique de la monnaie commune. Cela ne suffit pas, toutefois, pour conclure que ces deux concepts sont en fait synonymiques.

Pour s’en convaincre, l’on peut faire appel à l’association proposée par James Tobin entre la monnaie et le langage, les deux étant utilisés afin d’effectuer des échanges de biens ou idées: le français est une langue commune (officielle) de la Suisse, mais n’est pas sa langue unique car il existe aussi l’allemand, l’italien et le romanche dans cette nation. On peut d’ailleurs imaginer que si la langue française (ou n’importe quelle autre langue) était adoptée en tant que langue unique en Suisse, cela créerait bien des problèmes d’ordre social, politique ou économique. Il est par ailleurs évident, d’un point de vue historique, que la Suisse n’a pas besoin d’une langue unique pour bien fonctionner, tout comme on peut comprendre assez facilement que l’adoption d’une langue unique n’améliore pas ipso facto la cohésion sociale ou la croissance du PIB.

Lorsqu’on transpose ces réflexions élémentaires à l’Euroland, force est de constater que l’adoption et l’utilisation de l’euro en tant que monnaie unique pour la population de ses 18 pays membres n’ont pas réellement permis d’intégrer ceux-ci en termes socio-économiques (sans parler de l’intégration politique, que la crise de l’Euroland a sans doute renvoyée aux calendes grecques).

Or, si les économistes et les politicien-ne-s responsables de la débâcle européenne comprenaient la différence entre la monnaie unique et une monnaie commune, ils pourraient comprendre que la sortie de crise est tributaire de la réintroduction des monnaies nationales dans l’Euroland, permettant à ses différents pays membres de retrouver la souveraineté monétaire nécessaire à relancer et à soutenir l’activité économique. La monnaie unique européenne deviendrait alors une monnaie commune, que les pays membres de l’Euroland (chacun représenté par sa propre banque centrale) utiliseraient seulement pour le paiement final de leurs transactions internationales.

Certes, cette réforme de l’architecture monétaire européenne doit être approuvée par l’Allemagne afin d’être réalisée, mais même en langue allemande il est possible de comprendre aisément la différence qui existe entre «Einheitswährung» et «gemeinsame Währung» au plan conceptuel…


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