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Les Castro bénis par Obama

Mis en ligne le 24.03.2016 à 16:19

Guy Sorman

Les frères Castro n’ont pu que célébrer avec jubilation la visite du Président Obama à Cuba, le 22 mars, et le rétablissement des relations diplomatiques et économiques avec les Etats-Unis. L’embargo n’était pas parvenu à terrasser leur régime, mais la reconnaissance en garantit certainement la consolidation. Les deux compères viennent d’acquérir une assurance sur leur survie et un blanc-seing pour leurs successeurs qu’ils choisiront et, probablement, leur ressembleront. Car Obama, non content de légitimer la dictature des Castro, s’est engagé à ne pas interférer dans les affaires intérieures cubaines, à ne pas tenter d’en changer le régime, à ne pas imposer la démocratie ni le respect des droits de l’homme. Trahissant ainsi toutes les valeurs de l’Occident, Obama est allé jusqu’à admettre qu’il pouvait exister plusieurs types de régimes politiques selon les nations, plongeant dans un relativisme moral absolu. Dans sa défense bien molle des droits de l’homme et du droit à la dissidence, Obama a déclaré à La Havane qu’il s’agissait là de valeurs propres aux Etats-Unis, mais qu’il n’envisageait pas de les exporter. Ce réalisme ultime d’un Président, qui, il y a huit ans, fut élu comme idéaliste, rejoint les positions les plus pessimistes de la Realpolitik telles qu’elles furent incarnées par la Présidence de Richard Nixon et de son maître à penser Henry Kissinger.

On admettra avec Obama, que remplacer la dictature castriste par une démocratie imposée de l’extérieur ne ferait pas sens, mais où s’arrête le relativisme ? Tout régime est-il tolérable parce qu’il est différent ? On comprend combien les exilés cubains, les démocrates restés dans l’île sont aujourd’hui démoralisés par la démission morale d’Obama. Quant aux millions de victimes de la révolution castriste, eh bien ils auront eu le tort de se tromper de combat.

En conférant la légitimité aux vainqueurs, Obama accrédite aussi toute la mystification castriste. Ce régime n’a jamais été et ne reste qu’une dictature militaire dans la tradition caudilliste latino-américaine mais en plus totalitaire, se drapant dans l’idéologie communiste. Ce qui a permis aux Castro de faire croire à tous les “idiots utiles”, expression de Lénine pour désigner ses soutiens occidentaux, que leur révolution avait fondé une société nouvelle et apporté au peuple cubain, à défaut de la prospérité, le bonheur incontestable de l’éducation et de la santé pour tous. Un argument que Raul Castro a réitéré lors de la conférence de presse conjointe qu’il a tenu avec Barack Obama ; au cours de cette même représentation, Castro junior a affirmé sans ciller qu’il n’y avait pas de prisonnier “politique” à Cuba. Ce qui est juridiquement exact, puisque les dissidents, comme dans tous les pays totalitaires, sont incarcérés pour d’autres motifs, comme désordre sur la voie publique ou atteinte à la sécurité de l’Etat. Parce que tous les Cubains bénéficieraient de l’éducation et de la santé pour tous - contrairement aux Américains - dit Raul Castro, il n’aurait pas de leçons à recevoir des Etats-Unis beaucoup plus mal lotis. Répétez un mensonge et il finira par devenir la vérité, voici une technique éprouvée dans tout régime totalitaire : les Castro le démontrent, puisque ce mensonge-là, éducation et santé pour tous, est souvent accepté comme vrai en Europe, et aux Etats-Unis. Or, il est faux.

Cuba, avant la Révolution castriste, était le pays d’Amérique latine bénéficiant déjà du plus haut degré d’alphabétisation et de la plus longue espérance de vie : la dictature n’a que perpétué ce qui préexistait sans aucunement l’améliorer. Aux statistiques froides, que l’on me permette d’ajouter ma modeste expérience personnelle. Pour avoir visité Cuba à plusieurs reprises dans les années 1980 et 1990, j’ai pris la mesure de manière pragmatique de que l’on appelle éducation, santé et culture à Cuba. La santé de base y est maintenue par un réseau de dispensaires frustres, dignes des années 1960. Il s’y ajoute quelques rares hôpitaux vraiment modernes, réservés aux dignitaires du régime, aux officiers supérieurs et aux étrangers de passage que l’on souhaite impressionner : c’est le vieux principe du village Potemkine. L’éducation obéit à la même dichotomie : des écoles de base pour le peuple, quelques universités de pointe pour les élites du régime. J’ai constaté que ces élites étaient toujours blanches dans une nation où les Métis et les Noirs restent relégués dans les bas-fonds de la société. Nul ne dit que règne, à Cuba, la discrimination raciale et que seuls les Blancs parviennent aux sommets de la dictature et ont accès à ses prébendes.

Cuba, terre de culture ? La visite des rares librairies de La Havane est édifiante : on ne trouve en rayons que des ouvrages de propagande marxiste et les œuvres complètes de Fidel Castro. Eh bien, cette imposture sur la vraie nature du castrisme est aujourd’hui bénie par Obama. Pour la défense du Président américain, les optimistes avanceront que les échanges commerciaux vont gangréner le régime castriste et conduire à la démocratie, là où l’embargo a échoué. Peut-être, mais ce n’est pas ce qui se produit en Chine ou au Viet Nam, dont les gouvernements s’avèrent plus répressifs que jamais. Plus probablement, les Castro vont disparaître, tandis que le castrisme est loin d’agoniser.


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D.J Très bon article.

Mais il faut préciser que l'embargo n'était que bilatérale entre Cuba et les USA et que n'importe quel pays peut faire du commerce avec Cuba. Ceux qui parlent de blocus devraient juste commencer par taper sur google " Cuba club de vacances ". Il verront que les touristes qui vont en vacances à Cuba ne manquent de rien sur place.

Comme je le disait c'est un embargo bilatérales entre les USa et Cuba et non avec le reste du monde. Par exemple les relations économiques entre la France et Cuba ont progressé sous embargo US de 221% ces 5 dernières années.

http://www.tresor.economie.gouv.fr/9953_le-commerce-bilat...

Importation de voiture à Cuba à nouveaux autorisés non pas par les USA mais par le pouvoir de la Havane.

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/12/19/l-impo...

Taxation en 2012 des produits d'importation courantes décidé par la Havane qui va encore renchérir les prix des produit de bien de premières nécessités.

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2012/09/04/97002-2012090...

D.J
24.03.2016 - 18:17
jovien On aimerait que vous nous expliquez pourquoi vous êtes en faveur du boycott - je veux dire ni relations diplomatiques ni relations commerciales - de Cuba, mais pas du boycott de la Chine, du Vietnam, du Pakistan, de l'Arabie Séoudite, du Congo ou du Zimbabwe - entre autres (la liste pourrait être longue). 24.03.2016 - 21:45
etf Sorman est friand du status-quo et du Cuba sous-développé. Fort heureusement, Sorman n'est pas aux affaires.
Nous sommes heureux qu'en plus, il ait le don d'ubiquité lui permettant d'affirmer, sans la moindre hésitation, que "les démocrates restés dans l’île sont démoralisés par la démission morale d’Obama".
Ah, mince ! "Cuban Dissidents Praise ‘Closeness and Trust’ After Meeting With Obama."
http://www.nytimes.com/2016/03/23/world/americas/cuban-dissidents-meeting-with-obama.html
25.03.2016 - 00:46
Guy Sorman Couverture biaisee de la visite d'Obama a Cuba, par le New Yor Times , evidemment. Ce qu'en pensent les prisonniers politiques qui n'existent pas mais sont en prison , on ne le saura jamais. Je n'ai pas soutenu le boycott , je ne suis pas contre le retablissement des relations mais je deplore les propos d'Obama sur place . Faut lire avant de critiquer tous azimuths. 26.03.2016 - 21:38
etf " je deplore les propos d'Obama sur place". Mais on s'en fout, des propos d'Obama, qui, comme toujours, joue "le mieux, ennemi du bien". Avec votre pureté rhétorique, vous nous envoyez dans des guerres désastreuses, que vous ne faites d'ailleurs pas, ni vous, ni vos enfants.
Ce qui compte, ce sont les actes et leurs conséquences. Qu'Obama passe vaguement la brosse à reluire au frérot Castro pour faire passer la pilule, ou qu'il lisse vaguement la barbe d'un ou deux mollahs, mais on s'en fout ! Ça s'appelle la diplomatie, le donnant-donnant, la rouerie, et ça donne des résultats.
Mais non. Canardons Obama, ça ne mange pas de pain. Restez dans les hautes sphères de la pure pensée.
Moi je vote pour que les Stones aillent faire un malheur à La Havane, que Starwood se mette à construire et à rénover dare-dare, et que les Cubains entrevoient enfin le bout du tunnel. Idem pour mes amis Iraniens, d'ailleurs.
27.03.2016 - 04:34
Guy Sorman Donc , on laisse crever les prisonniers politiques a Cuba et en Chine ! Ce n'est pas mon combat. 27.03.2016 - 17:22
etf Cuba et la Chine, ce n'est pas tout à fait la même chose.
Il ne vous appartient pas de trancher pour les cubains ce qui est mieux pour eux aujourd'hui, et de faire la leçon à ceux qui tentent, comme Obama, de faire bouger les lignes après 50 ans de paralysie désastreuse pour le pays. Ni, au passage, pour mes amis Iraniens, à Téhéran. Même si, bien évidemment, nous n'en sommes pas (encore) à une vraie démocratie. Rome ne s'est pas faite en un jour. Je vous crois aveuglé par votre idéologie (anti-Obamiste, entre autres) et les belles paroles, toutes louables soient-elles, là où un peu de pragmatisme, après des décennies désastreuses, semble pour le moins légitime. Les premiers résultats ne se sont pas faits attendre (rétablissement des relations aériennes avec les USA, tourisme, investissement dans l'hôtellerie, concerts de rock, et ce n'est, espérons le, qu'un début). Ce n'est donc rien?

"MELBOURNE With Fernando and Carmen Palacios, Cuban husband-and-wife dissidents who have lived in Melbourne for decades since escaping the island country, there is no love lost between the dissidents and the Castro brothers and the Cuban communist regime.
But if somehow the historic visit to Cuba by President Obama and his family leads to greater democracy and trade opportunities, then they're in full support of what could happen there."
http://www.floridatoday.com/story/news/2016/03/22/local-trade-lawyer-talks-cuba-obama/81977750/

Voilà. C'est tout. C'est un pari, plein de bon sens, et il serait bon, me semble-t-il, avant de canarder Obama, en vrai chien de Pavlov, d'ôter les lunettes idéologiques et d'y réfléchir à deux ou trois fois, contre soi-même si besoin est.
27.03.2016 - 21:05
etf Et si le pari réussit, les prisonniers cesseront de crever à Cuba dans les années, au lieu des décennies à venir. 27.03.2016 - 22:58
louis.herve@9online.fr Laisser les cubains mariner dans la fange d'un régime communiste depuis si longtemps n'est pas correcte de la part des pays développés. Après la fin de l'URSS, une coalition occidentale à défaut d'un gendarme que les E.U. ne sont plus, aurait du intervenir au sol pour délivrer ces pauvres cubains mais je pense que l'humanité n'est encore pas assez civilisée pour procéder à ce genre de solution. Tous les escrocs politiques de part le monde devraient se sentir en danger vis à vis des régimes honnêtes, le tribunal de La Haye est heureusement un début. 29.03.2016 - 18:02
etf Castro n'a pas eu l'air d'apprécier :
"Fidel Castro blasts Obama's trip: Cuba doesn't need 'empire' for anything"
http://www.cnn.com/2016/03/28/politics/cuba-fidel-castro-blasts-obama-trip/
Vous devriez lui expliquer, cher taulier, ainsi qu'aux opposants et aux simples cubains que cette visite à fort réjoui, qu'il y a méprise, qu'il s'agissait d'une bénédiction Urbi et Orbi, voire d'un acte de soumission au Castrisme d'Obama le rouge !
31.03.2016 - 16:28

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