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Mondialisation sauvage

Mis en ligne le 04.05.2015 à 08:17

© Reuters



Guy Sorman

Envers ces réfugiés qui s'aventurent au travers de la Méditerranée, atteignent les côtes européennes ou ne les atteindront jamais, par-delà la commisération, j'éprouve une admiration certaine. Il faut à ces hommes et à ces femmes, entraînant parfois leurs enfants, un courage, un héroïsme indicibles. Tournant le dos aux dictateurs aux mains de sang, aux islamistes délirants, aux guerres civiles et à la misère, ils s'engagent dans d'incroyables odyssées, gravissant déserts et montagnes, sans eau, sans nourriture, sans protection contre les bandits de grand chemin, les passeurs et racketteurs de plus basse espèce. C'est un rêve qui les guide comme naguère les Hébreux au travers du Sinaï : l'Europe. L'Europe, dont ils ne savent pas grand chose, où ils seront plus ou moins bien accueillis, mais l'Europe qui dans les idiomes variés de ces errants, se traduit toujours par paix et survivance à défaut de prospérité. Je doute fort que la plupart d'entre eux s'attendent à être bien accueillis, mais de manière certaine ils savent qu'ils ne seront pas assassinés, que n'importe quel camp de réfugiés en Europe vaut mieux qu'une ville bombardée de Syrie ou un gourbis de l'Erythrée. Les mieux informés d'entre eux savent par quelque cousin parvenu avant eux en Europe, qu'il s'y trouve toujours certains petits boulots que les Européens de souche ne veulent plus exercer parce que trop rudes, trop salissants, déshonorants. Ils savent aussi et ce n'est pas le moindre attrait de l'Europe, que leurs vieux parents et leurs enfants auront accès à des soins minimum et probablement à une éducation gratuite. Qui sait ? D'ici une génération ou deux, nombreux parmi ces réfugiés obtiendront une quelconque citoyenneté en Europe : étrangers absolus aujourd'hui, un nombre significatif d'entre eux deviendront, avec l'aide du temps, des Européens venus d'ailleurs, à l'image de bien des vagues d'immigrés qui les ont précédés.

Tous les Européens, bien entendu, ne partageront pas cette interprétation relativement optimiste : tous les Européens ou presque, sont déchirés entre la commisération (pour ceux qui se noient plus que pour ceux qui parviennent à destination) et des solutions plus ou moins pratiques qui permettraient de tarir le flot sans trop avoir mauvaise conscience. Bien entendu, policiers et douaniers parviendront à canaliser quelques réfugiés, à en stopper certains avant qu'ils n'embarquent, à les trier dans les pays de départ plutôt qu'arrivés sur nos côtes. Mais endiguer cette mer humaine s'avérera impossible comme en témoignèrent naguère les Boat People du Viet Nam - devenus maintenant citoyens américains et européens - et les Latino-Américains qui, chaque jour, s'infiltrent aux Etats-Unis. L'Europe est trop heureuse pour ne pas attirer les pauvres du monde, mais elle ne le sait pas, tandis que les Africains et Arabes sont trop malheureux et le savent : aucune frontière ne corrigera ce déséquilibre, sauf à la marge. N'est-ce pas là aussi un effet induit et involontaire de ce qu'on appelle la mondialisation ?

Et par-delà ces grandes migrations, vers l'Europe, vers les Etats-Unis, on voit se défaire un certain ordre mondial qui, depuis 1945, prétendait enfermer les peuples dans les frontières de l'Etat-nation. Cet ordre-là s'effrite sous nos yeux : volontairement parfois, quand l'Union européenne dépasse l'Etat-nation pour que la civilisation règne sur tout le continent. Involontairement, quand les Russes décident par la violence de redessiner la carte de leur pays, au nom de l'ethnicité, contre le Droit et sans que nul à l'ONU, ou sur le terrain, ne s'y oppose véritablement. Sur un mode mineur, mais qui pourrait s'avérer contagieux, les nationalismes régionaux, en Ecosse, en Catalogne, mais aussi en Chine ou en Birmanie tendent à restaurer une sorte de droit du sang, une légitimité ethnique qui l'emporteraient sur le droit national et international. Enfin, des zones de non-droit absolu s'étendent au point que la Syrie, l'Irak, la Libye, le Nigéria, le Congo deviennent des entités théoriques, des drapeaux mais sans nation.

On songe à des époques antérieures, l'Europe à l'issue de la Guerre de Trente ans et le monde après la Deuxième guerre mondiale quand il fallut, sur les décombres du monde ancien, concevoir un nouvel ordre international vivable. Cela donna le Traité de Westphalie en 1648 qui, jusqu'en 1914 et malgré Napoléon 1er, limita le chaos. De même, l'ONU depuis 1945, aussi imparfaite soit-elle, aura "régionalisé" les guerres qui jamais ne devinrent mondiales. A ce jour, les réfugiés en masse, les nouveaux indépendantistes, le regain de l'ethnisme, les appels à la guerre sainte, le terrorisme sont autant d'encoches dans cet ordre mondial de 1945.

Devrait-on reconstruire et sur quelles bases ? Devrait-on restaurer les "protectorats" tels qu'ils furent conçus par la Société des Nations (en 1919) sur les régions qui paraissaient incapables de se gouverner elles-mêmes ? Devrait-on bannir l'ethnisme pour restaurer la primauté du Droit ? Devrait-on placer les droits humains au-dessus de ceux des nations, ce qui conduirait à s'interroger sur ce que signifie la citoyenneté ? Serait-il permis, par exemple, d'être seulement citoyen du monde, avec droits et devoirs, sans nécessairement être citoyen d'une nation ? Utopique, bien entendu, comme le furent le Traité de Westphalie, la SDN, l'ONU et l'Union européenne. Il est des temps tourmentés où l'utopie devient soudain nécessaire. Pour l'instant, la réponse des vieilles nations aux désastres de Syrie, libye, Congo, etc... relève d'un bricolage provisoire où ni la morale ni le réalisme ne trouvent leur compte.


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BA Sur le site du journal LE MONDE :

On connaît les chiffres : ces dix derniers jours, pas moins de 1 200 « boat people » venus d’Afrique, du Moyen-Orient et du Maghreb se sont noyés en Méditerranée.
On connaît les images : ces milliers de malheureux fuyant la guerre et la misère entassés sur des « bateaux de la mort » et dérivant au large de l’« eldorado européen ».
On sait ce qui nous attend : un million de migrants potentiels, venus de Libye, de Syrie, d’Irak, d’Afrique subsaharienne et de la Corne de l’Afrique et désireux de rejoindre l’UE.
On ne se fait pas d’illusions : il n’est dans le pouvoir de l’Europe ni de pacifier le monde arabe, ni de ramener la paix en Libye, ni d’aider substantiellement à la prospérité de la Somalie, de l’Erythrée ou des pays du Sahel.
On en tire une conclusion, qui est aussi une certitude : pour les dix ans à venir, les pays de l’UE vont être confrontés à une gigantesque question migratoire.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/04/24/migrants-l-echec-des-europeens-pas-de-l-europe_4622133_3232.html

D’abord, une action. Ensuite, une réaction.
1- D’abord, il y aura une action : l’arrivée d’un million de migrants en Europe, la plupart venant du sud et traversant la Mer Méditerranée.
2- Ensuite, il y aura une réaction : la réaction politique des peuples d’Europe. Par exemple, pour quel parti politique vont voter les électeurs français en voyant arriver ces migrants en France ?

Devinez.
05.05.2015 - 16:07
Archibald 20.000 morts tous les ans dus au chômage, une tentative de suicide par jour de chômeur depuis la crise de 2008 : à part l'Inserm et le professeur de médecine légale Debout, ces révélations n'ont fait que d'épisodiques mentions dans la presse. On leur préfère les morts en Méditerranée (20.000 morts en quinze ans), le sort des Roms, un débat théorique sur le genre, une soi-disant résurgence de l'enfer fasciste des années 30 et d'autres sujets qui, au regard de l'urgence de l'emploi, sont peu de choses. Les habitants de ce pays ont perdu le sens des proportions. Aidés en cela par les journalistes et les soi-disant intellectuels. La réalité n'a jamais été inutile et on se souvient davantage de Tocqueville et d'Orwell que d'Adam Smith ou de Keynes. D'ailleurs, les victimes de régimes totalitaires ont énormément souffert de la cécité des intellectuels occidentaux qui promouvaient les merveilles intellectuelles de réalités affreuses (d'ailleurs, continuer à accepter d'entendre des communistes régulièrement prouve que nous sommes toujours des imbéciles à ce sujet). Au lieu de chercher et de diffuser l'essence et la réalité des événements, on s'égare encore et toujours dans le superflu, on ignore des compatriotes au profit des autres. Il me semble qu'il y a dans tout cela quelque chose d'aberrant. 11.05.2015 - 11:33

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