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Obama a-t-il eu de la chance ?

Mis en ligne le 20.01.2017 à 17:39

Guy Sorman

Un grand chef d’Etat définit une époque et façonne les événements ; du moins est-ce la définition commune. Napoléon, admiré par les Français (on se demande pourquoi, tant il en a tué) et honni dans le reste de l’Europe, fut « grand ». Tandis que du Roi Louis Philippe, qui fit régner la paix et une certaine prospérité, il reste le souvenir d’un style d’ameublement. La postérité est une justice cruelle. Pour Obama, aux États-Unis, le jugement partisan domine : grand pour les Démocrates, médiocre dans l’estimation des Républicains.

Mais la question n’est-elle pas mal formulée, fondée sur une erreur d’appréciation des pouvoirs réels du Président ? La Constitution américaine fut rédigée de manière à ce que le chef de l’Etat ne soit pas un monarque : aucun geste significatif ne lui est possible sans de multiples autorisations des Parlementaires, d’une foule de conseillers juridiques et sous le regard sévère de la Cour Suprême. Le Président peut peu, à l’intérieur comme à l’extérieur ; voici pourquoi, en huit ans, le bilan d’Obama se résume en un seul succès significatif, dit Obamacare, l’extension de l’assurance maladie à trente millions de citoyens démunis. Ce n’est pas rien, les intéressés en sont satisfaits, les Démocrates en sont fiers, mais les Républicains n’ont jamais accepté cette incursion de l’Etat fédéral dans la vie privée des Américains. Obamacare sera démantelé, si bien qu’Obama ne laisse rien de tangible en héritage. Les autres initiatives prises au cours de ses deux mandats furent symboliques : en faveur des minorités, des Noirs, des transgenres, des immigrants. Dans la vie d’une nation, ces symboles sont importants, sans plus : la situation réelle des Noirs, par exemple, n’a cessé de s’améliorer, parce que le racisme régresse spontanément et que le nombre d’emplois a augmenté. Obama a accompagné cette dynamique de la société et de l’économie, il ne l’a pas créée. Au moins ne l’aura-t-il pas contrariée : « ne pas nuire » en politique comme en médecine devrait être le premier précepte. Deux événements considérables, intervenus sous la Présidence d’Obama, lui ont totalement échappé : le mariage homosexuel imposé par la Cour Suprême et la légalisation du cannabis, institué par des référendums locaux. En politique intérieure, le Président détient avant tout le pouvoir de la parole, Pulpit Power : la Maison Blanche est la chaire la plus influente du pays. On s’en sert pour exhorter et pour montrer l’exemple. Que les Obama furent exemplaires n’est pas indifférent dans un pays où les familles noires sont souvent en lambeaux. Grand Président ? Par la dignité de son comportement certainement.

L’appréciation de sa politique étrangère est plus difficile encore. Le Président détient là plus de pouvoir, mais sous le contrôle du Sénat, des médias et de l’opinion. À Droite, on lui reproche sa mollesse face à l’Iran, à l’impérialisme chinois et aux incursions russes en Crimée et en Syrie. Sans doute les Chinois et les Russes auraient-ils reculé, confrontés à la détermination belliqueuse d’un George W. Bush ou d’un Ronald Reagan. Mais Obama a été élu parce que pacifiste et pour ramener les troupes américaines « à la maison ». Ce qu’il a fait : rares, sous sa Présidence, furent les soldats américains morts au combat. Dans le peuple américain, cela compte, plus que de mourir pour la Syrie, l’Ukraine ou les Spratleys. On peut regretter, comme les Républicains s’y emploient, qu’Obama ne soit pas parti en guerre contre Bashar el-Assad, mais était-il souhaitable qu’il trahisse son mandat populaire ? Obama se sera cantonné à une guerre secrète, avec les forces spéciales et des drones, éliminant plusieurs milliers de combattants djihadistes, Oussama ben Laden inclus. Le grand Président n’est-il pas celui qui respecte le vœu de ses électeurs ? Un critère rarement retenu, mais il me semble qu’il devrait l’être.

Souvent, j’ai écrit que le Président américain était un Gulliver ficelé par des nains : Obama en est la preuve. Certains de ses prédécesseurs  nous paraissent s’être affranchis de ces liens ; c’est parce que les événements ont défini ces grands Présidents plus qu’eux-mêmes ont défini les événements. Considérez Abraham Lincoln : la guerre civile lui a été imposée, il l’a emportée et il lui a donné une signification qu’elle n’avait pas au départ, la fin de l’esclavage. Les circonstances ont défini Lincoln plus que l’inverse. Il en alla pareillement pour  Franklin Roosevelt qui n’avait d’autre choix que gagner une guerre à laquelle il aurait préféré ne pas participer. Ronald Reagan connut une double chance, une nouvelle économie définie par internet qu’il n’avait pas inventée et l’effondrement de l’Union soviétique qu’il n’avait pas provoqué. Les Américains le perçoivent aujourd’hui, comme un de leurs meilleurs Présidents.

Napoléon 1er, on y revient, estimait que, pour gagner une bataille, il convenait d’avoir de la chance. Le grand Président est celui qui a de la chance, se trouvant au bon moment au bon endroit. Obama s’est situé à mi-chemin, trop réservé pour être totalement chanceux et jamais confronté à une crise majeure ; il n’en aura pas provoqué non plus. Le lecteur aura constaté que je ne crédite pas Obama pour le regain économique aux Etats-Unis : parce qu’il n’est pour rien dans ce cycle, de même que George W. Bush n’était guère responsable de la crise de 2008. Un Président n’est que Président, ce que Trump va découvrir.


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jovien Deux contre-vérités.
1° Roosevelt aurait préféré ne pas participer à la guerre.
En fait, l'Allemagne et le Japon étant entrés en guerre, Roosevelt a fait tout ce qui'il a pu pour entraîner les E.-U. dans la guerre contre l'Allemagne, et tout ce qu'il a pu pour faire reculer le Japon.
2° La chance de la présidence Reagan aurait été l'arrivée d' "une nouvelle économie définie par internet".
Loufoque. L'économie de l'internet est évidemment postérieure à Reagan. GS le sait, naturellement, mais, je suppose, éprouve un plaisir pervers à soutenir que deux et deux font cinq.
20.01.2017 - 21:56
Guy Sorman Il existe en effet une théorie fantasque qui attribue à Roosevelt un désir de guerre : jamais prouvée. Il aurait souhaité la défaite de Pearl Harbor pour y trouver le prétexte de son intervention. Ceux qui croient cela sont aussi persuadés que le Mossad a organisé les attentats du 11 septembre . Le web est hanté par ces complotistes.
Et l'économie d'internet a bien commencé sous Reagan, en Californie : ce n'est pas une preuve mais j' y vivais et conserve le souvenir de ces débuts. Il suffit de vérifier la date de fondation de Microsoft , entre autre.
Mais Trump donnerait raison à Jovien s'il lisait ce blog.
20.01.2017 - 22:22
jovien Votre mauvaise foi...
1° La guerre avec l'ALLEMAGNE, Roosevelt l'a cherchée, et l'a obtenue.
2° Il a décrété un embargo total sur les exportations de matières premières à destination du Japon, ce qui contraignait à peu près le Japon soit à reculer (pour obtenir la levée de l'embargo) soit à faire la guerre.
3° Qu'internet ait COMMENCE sous Reagan en Californie, je veux bien vous croire mais là n'est pas la question. Vous avez écrit dans votre billet que Reagan a eu la chance d'une "économie définie par internet", or les balbutiements d'internet n'ont pas joué de rôle significatif dans l'économie des années 1981-1988.
21.01.2017 - 09:13
jovien A part ça, pourquoi écrivez-vous encore plus en franglais que les autres publicistes ?
Vous ne pouvez pas écrire droite et parlementaires, comme tout le monde, il vous faut une majuscule ("la Droite", les "Parlementaires") ?
Et vous ne pouvez pas écrire Bachar el-Assad, il vous faut écrire à l'amerloque Bashar avec un s ?
21.01.2017 - 09:25
Guy Sorman Trump : pourquoi s'esquinter à commenter ses discours puisqu'il est clair que le nouveau Président ne vit pas dans un monde réel? Il relève de la psychiatre pas de la science économique ni politique. 21.01.2017 - 10:42
etf Quoi, vous réalisez seulement à qui nous avons affaire?
Ce grand pays de crétins s'est choisi, à une forte minorité tout de même (3 millions, ça en fait, du chaland), un Bénito à son image.
Le tout rendu possible par les services pas-si-secrets de l'ami Poutine, et les interventions intempestives dans la campagne des services pas-si-secrets américains. Résultat: l'électeur, dégoûté par l'un, mais aussi fortement débecté par l'autre, est resté à la maison. Il est clair qu'Hillary, pourtant la pire des candidates possibles pour les démocrates, aurait tout de même remporté la mise sans ces coups de boutoir à répétition et savamment orchestrés.

Le voilà donc, l’exceptionnalisme américon.
21.01.2017 - 13:09
BA Dans les pays occidentaux, la soi-disant « mondialisation heureuse » a appauvri les classes populaires et les classes moyennes. Conséquence : les partis extrémistes ont de plus en plus de voix, et de plus en plus de candidats extrémistes arrivent au pouvoir.

Le Forum de Davos lui-même commence à comprendre qu'il y a un petit problème avec la soi-disant « mondialisation heureuse » !

La « mondialisation heureuse » a une conséquence politique : dans les pays occidentaux, les peuples votent de plus en plus pour des hommes politiques extrémistes.

Vendredi 20 janvier 2017 :

Au Forum de Davos, la grande peur du populisme.
 
Les élites prennent conscience que la globalisation n’a pas bénéficié à tous. L’éducation apparaît comme la seule arme valable.

L'an dernier, c'était une hypothèse. Cette année, le populisme est devenu une réalité qui envahit toutes les discussions au Forum de Davos, sur scène comme dans les couloirs. Vote du « leave » au Royaume-Uni, vote Trump aux Etats-Unis, vote du « no » en Italie, et bientôt des élections en France. Puis en Allemagne... C'est peu dire que les choix des électeurs troublent les participants du Forum. « Anti-intellectualisme, anti-élitisme, anti-libéralisme », résume un grand groupe de conseil.

En un mot, anti-Davos. Avec en toile de fond un enchaînement déjà vécu dans les années 1930, comme le rappelle le gérant de fonds Ray Dalio : nationalisme et protectionnisme. Les industriels réunis ici pourraient avoir du mal à conquérir de nouveaux marchés, et aussi tout simplement à produire, car ils ont éclaté leurs chaînes de valeur un peu partout dans le monde. « Les règles commerciales ne sont pas adaptées à la fragmentation des chaînes de valeur », a rappelé le président chinois, Xi Jinping. Larry Summers, professeur d'économie et ancien secrétaire au Trésor du président américain Bill Clinton, fait le même constat.

Comment en est-on arrivé là ? « Quelque chose s'est mal passé ces dix dernières années, constate ingénument Sunil Bharti Mittal, qui dirige un grand groupe de télécoms en Inde. Ce n'est pas que les entreprises ont fait du mauvais travail. Mais elles ont laissé du monde sur le bord de la route. »

Les participants du Forum de Davos en sont massivement convaincus : la question est d'abord économique. Le choc est particulièrement violent aux Etats-Unis, où la plupart des salaires stagnent depuis maintenant des décennies, comme le rappelle Laura d'Andrea Tyson, l'ancienne conseillère de Bill Clinton. Et c'est loin d'être fini.

« La crise du populisme va continuer », prévient le publicitaire Martin Sorrell (WPP). Elle ne sera nourrie pas tant par la mondialisation que par les révolutions technologiques. En plein progrès, l'intelligence artificielle risque de menacer des millions d'emplois. « Elle risque de créer des réfugiés du numérique », estime Marc Benioff, le patron de l'éditeur de logiciels Salesforce. « Dans les 26 Etats américains où le métier de chauffeur est la profession la plus répandue, Trump est arrivé en tête », rappelle un participant.

L'anxiété devient un problème macroéconomique. « On ne peut pas avoir à la fois un consommateur confiant et un salarié inquiet », relève Satya Nadella, le patron du groupe Microsoft. « Il faut que tout le monde profite de la mondialisation », affirme de son côté Tidjane Thiam, qui dirige Credit Suisse. Les grands mots sont lâchés. Christine Lagarde, la patronne du FMI, avance du bout des lèvres le mot « redistribution ». D'autres évoquent un autre partage nécessaire entre le travail et le capital.

Mais, avant d'en arriver à cette extrémité, la grande arme contre le populisme, ce devrait être l'éducation. Ruth Porat, la directrice financière de Google, rappelle opportunément que son entreprise a proposé des formations au numérique à deux millions d'Européens l'an dernier. Mais quelle éducation, pour quoi faire ? La question reste pour l'instant sans réponse.

http://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/0211710002598-au-forum-de-davos-la-grande-peur-du-populisme-2058552.php
21.01.2017 - 15:35
etf Mon ortografffe souffre décidément de ce long séjour en Crétinie.
"débecqueté", ça a plus de gueule que "débecter". Ce dernier n'étant pas faux, mais quelque peu castré.
C'est comme Houellebecq, ça a plus de gueule que Houelbec.

Reprenons:
je débecquette
tu débecquettes
il débecquette
nous débecquetons
vous débecquetez
ils débecquettent

Application immédiate:
Que nous débecquetassions à la vue de Tronald Dump ("Make America Grope Again") est un signe de bon-goût.
21.01.2017 - 15:50
Guy Sorman A Davos, on pense ? Voici qui est nouveau. Ma courte expérience du lieu m'a fait découvrir une foire aux vanités, pas un conclave. 21.01.2017 - 16:25
etf "There is a cult of ignorance in the United States, and there has always been. The strain of anti-intellectualism has been a constant thread winding its way through our political and cultural life, nurtured by the false notion that democracy means that “my ignorance is just as good as your knowledge.”

~ Isaac Asimov
22.01.2017 - 06:32

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