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SANTÉ : UNE RÉVOLUTION QUI VA AMÉLIORER NOS VIES TOUT EN ÉTANT MOINS CHER!

Mis en ligne le 07.02.2017 à 23:43

Xavier Comtesse

La révolution numérique, par les multiples dimensions nouvelles qu’elle déploie sur le secteur de la santé et des soins de santé, est porteuse de grandes améliorations pour tous. C'est la thèse centrale défendue tout au long des blogs diffusé depuis plus d'un an sur le site de l'hebdo.

Aujourd'hui, en effet, la révolution numérique nous donne une opportunité sans précédent de revisiter les métiers et les pratiques, une occasion unique de recomposer un système de santé, et en particulier de soins de santé, dans le sens d’une plus grande qualité et d’une meilleure accessibilité économique. Aujourd’hui, les transformations qui se profilent promettent un rendez-vous nouveau entre productivité économique du secteur et améliorations des services apportés aux bénéficiaires du système de santé.

Le but que nous poursuivons par cette démarche d'écriture de blogs est d’inviter à une large discussion publique, les thèses développées ici ont pour vocation de susciter un tel débat.

La convergence historique des nouvelles techniques de captage d'informations, de capacité d'analyses en temps réel, de traitement assisté, voire des processus d'actes médicaux automatisés, permet a présent d'envisager ce double gain en qualité et en prix.

On sait, depuis plusieurs décennies déjà, qu'un des facteurs clés qui contribue de façon majeure à l'augmentation linéaire et constante des coûts de santé tient au recrutement toujours plus important de personnel.

Quel que soit le pays considéré, le système de soins n'a jamais vraiment été en mesure d'introduire de la productivité en son sein. La loi de Baumol[1] qui marquait l’incapacité du spectacle vivant à bénéficier d’économie d’échelle s’étend globalement à l’économie des services (notamment santé et éducation).

Certes, la question de la mesure de la productivité en matière de santé est souvent problématique et comme le note Vincent Champain : « Si le système de santé réduit de 50 % la mortalité d'un cancer pour 5 % de coûts en plus, les statistiques n'enregistrent que la hausse des coûts. »[2] Pour autant et in fine, la charge des personnels reste la grande question.

Ainsi, on compte, par exemple aux Etats-Unis, pour chaque médecin, environ 16 professionnels qui vont accomplir des tâches liées à son action. Même si le système américain est de loin le plus onéreux et le moins productif au monde, il reste aujourd'hui le système de référence. Très souvent même, il est précurseur et montre le chemin que les autres systèmes nationaux seront amené à suivre. Si chaque pays a développé son propre système de soins, il n’en reste pas moins que la tendance suit toujours l’influence américaine.

La Mayo Clinic, la Cleveland Clinic et le Massachusetts General Hospital, entre autres, sont de véritables marqueurs pour le domaine. Ce sont ces institutions qui dictent le tempo du progrès. Les professionnels de santé scrutent en permanence leurs percées et leurs résultats. Et l'on peut dire que l'ensemble du système mondial converge vers la tendance de fond qui se définit outre atlantique, que ce soit en terme de pratique médicale ou d'organisation des parties prenantes du système. On peut donc s’attendre qu’il en sera encore ainsi avec la révolution numérique, d’autant plus qu’elle est dominée, là encore, par les Etats-Unis et en particulier par la Silicon Valley.

En conséquence, l’observation du système américain donne de bonnes indications sur l'évolution de nos propres systèmes.

C’est pourquoi les faits et les chiffres du système américain serviront de référence à l’argumentation développée. Nous maintiendrons évidemment tout au long de ce travail notre liberté d'interprétation. Cependant, nous allons relater en grande partie ces découvertes et discussions propres au système américain car la révolution numérique a pris beaucoup d'essor aux Etats-Unis où l'on trouve de nombreux foyers insurrectionnels notamment dans l'environnement High Tech de la Silicon Valley, de New-York, ou encore de Boston.

Elias Zerhouni, ancien directeur du NIH américain (National Institute of Health) et Directeur de la Recherche et Développement de Sanofi a développé de façon très aboutie et convaincante les quatre axes majeurs de déploiement de la médecine en proie à la révolution numérique[3] : prédiction, personnalisation, préemption, participation.

En effet, la médecine personnalisée (ADN et Digital), la médecine prédictive (Big Data, Algorithmes et Intelligence Artificielle), les médecines de préemption et de prévention, la médecine participative (dans laquelle il faut réinsérer le phénomène des réseaux sociaux) apporteront une telle quantité d'innovations au système de soins actuel que cette convergence débouchera inévitablement sur un saut qualitatif et quantitatif important, qui permettra pour la première fois d'envisager une inversion de la courbe des coûts et même une diminution réel des budgets santé.

Lorsque l'on parle de Révolution alors il faut d’abord s’intéresser aux Révolutionnaires, c’est-à-dire à des gens qui ont décidé de transgresser lois et coutumes... et qui portent des visions alternatives qui vont transformer en profondeur les états de fait et les allant-de-soi.

Aujourd'hui tout particulièrement dans le domaine de l'innovation-santé, si l’on continue de faire l'éloge des acteurs majeurs de l'ancien monde institutionnalisé, à savoir les centres hospitaliers, les universités ou les grandes entreprises de la pharma, c’est vers monde nouveau qui émerge qu’il faut se tourner. Dans la population, dont les usages sociaux changent radicalement avec le quantified self, les réseaux sociaux de soins, l’émergence du consom'acteur, etc.), et bien sûr, dans les entreprises nouvelles : les géants de la Net-économie.

Actuellement, en Europe les tenants de la médecine classique sont encore peu challengés par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ou les innombrables petites start-ups souvent pilotées par des médecins et des chercheurs issus des sciences du vivant, car la maîtrise des Big Data semble encore être réservée à IBM (Watson), Google (moteur de recherche), Amazon (Echo) et Apple (montre connectée) et quelques rares autres groupes asiatiques comme Samsung ou Huawei.

Ce double mouvement issu de l'empowerment des individus et de l'offensive des entreprises du Net, jusqu'à récemment peu impliquées dans le domaine de la santé, va profondément affecter le système de santé. Tel un double tsunami, ces deux vagues vont déferler sur le monde de la santé en renversant à peu près tout sur leur passage. En effet, le système actuel avec son organisation et les marges bénéficiaires qu'il offre aux tenants des institutions en place, laisse dans le même temps une grande place aux nouveaux entrants dont les avancées sont orthogonales aux modes opératoires des organisations en place entraînant un appel d'air important. Certes, des organisations, telles que la Food and Drug Administration, ne manqueront pas d’exercer de fortes régulations qui ralentiront les deux vagues… mais sans jamais les arrêter.

Ainsi, l’organisation officielle de la santé se trouvera contournée, dépassée et apparaîtra rapidement comme désuète face aux pratiques de ces nouveaux acteurs. Les Etats qui s'impliquent rarement dans la mutation en cours, notamment de type numérique, vont devoir rapidement affronter ces problèmes de dépassement de régulation comme ils doivent le faire aujourd’hui avec Uber ou AirBnB.

Mais s’agissant de santé publique cette fois-ci, le facteur d'urgence qui s’attache au fait que des vies pourraient être mises en jeu appelle à des régulations de tout autre nature. Les pouvoirs publics devront au plus vite fixer les futures règles du jeu sans vraiment en connaître pleinement les enjeux. De sorte qu’un travail prospectif et pédagogique s’impose, particulièrement auprès des politiques et des responsables du système de santé.

Trop souvent le discours des politiciens et des décideurs sur la question de la santé se limite aux risques de dérapage incontrôlé des coûts dans le système de soins de santé institutionnalisé. Certes, on peut s’accorder sur l’idée que la recherche de gain en productivité est au point mort et que les améliorations apportées, souvent de pur type incrémental, le sont à un coût trop élevé pour les bénéfices qui en sont tirés. Mais on oublie trop volontiers de regarder ce qui se trame en coulisse, tout simplement parce que les changements disruptifs ont lieu hors des murs bien délimités du champ officiel du domaine de la santé : hôpitaux et centres universitaires en tête.

Aussi, tel qu’il est, le système de santé a atteint ses limites.

Les améliorations ne semblent pas se faire là où on les attend, à savoir : centrées sur les patient et sur l'amélioration de leur santé par l'optimisation, la performance et la productivité de l'ensemble du système de soin.

On a trop souvent l'impression aujourd'hui que les transformations s’effectuent pour satisfaire à l’organisation propre du système, favorisant davantage sa préservation et sa pérennisation,  notamment par la défense des positions acquises, que pour le mettre en position de se transformer, voire de se réinventer.

Et pourtant… Il faudra bien faire face aux mutations qu’entraînent dans un même mouvement les changements de comportements sociaux et la transformation numérique. Il est urgent de voir et de comprendre les formidables poussées qui proviennent de forces exogènes, situées en dehors du système et de ses régulations.

Ces forces ouvrent de tout nouveaux chemins de rupture avec de nouveaux acteurs venus de l'informatique, des Big Data, de l'intelligence artificielle, des algorithmes, du Deep Learning, etc.

Dans l’univers de la santé, le disruptif viendra donc bien des données et des protocoles algorithmiques peut-être bien davantage que des molécules ou des cellules du vivant.

De sorte que demain, c'est l'information donc le code qui dictera sa loi comme l’avait écrit Lawrence Lessig en 2000 dans un article devenu célèbre de la revue Harvard Magazine : Code is Law[4]. Transposé au champ de la santé, la maxime « Code is law » nous indique que la régulation de la Santé demain sera issue du code informatique, des algorithmes et des assistants personnels comme Watson davantage que de la Food and Drug Administration ou de tout autre organisme de régulation.

Il faut le rappeler, une Révolution est conduite par des Révolutionnaire et non pas par des législateurs. Par suite, s'il y a bien une révolution, ce n’est pas du côté de l'establishment qu’il faut  regarder pour saisir le changement mais dans les zones obscures où agissent des innovateurs hors la loi. Les ruptures doivent se chercher dans les failles du système actuel.

L’observation et l’analyse de Uber, AirBnB, Oscar, Watson, du Digital Health, des FinTech, etc., nous en apprendront bien davantage sur ce qui va transformer notre avenir (et comment...) que n'importe quelle étude qui prétendra décrire la transition économique et sociale en cours.

Il s'agit pour l'heure de comprendre l'ensemble de ces multiples mouvements tous issus de la révolution digitale, puis de voir comment ils affecteront le système de santé et tout particulièrement le système de soins.

Certains s’en souviennent, les années 1950 et 1960 ont vu longuement débattu la Révolution Informatique. C'était le temps de l'introduction des premiers ordinateurs dans les entreprises, les universités et les centres hospitaliers. On parlait de calcul automatisé.

Les machines étaient lentes, la saisie des informations laborieuses et tout se faisait en batch, en temps différé. Les décennies qui ont suivi ont été marquées de progrès constants. Et, soudain, en à peine quelques années, le développement s'est accéléré résultant de la simultanéité de l'innovation technologique avec les micro-chips massivement parallèles (dédiées d'abord aux jeux vidéo puis à l'intelligence artificielle) et l'arrivée d’innovations dans les modèles économiques dont témoignent sans ambiguïté aujourd’hui Uber, AiBnb, Watson, Oscar, etc. Accélération de l'histoire.

Big Data, Data Mining, Cloud Computing, Deep Learning, Blockchain, etc. autant d'inventions récentes sont en train de totalement changer la donne. Les algorithmes neuronales ou auto-apprenants ont fait lors de ces deux dernières années de tels progrès conceptuels qu’on s’interroge sur la mesure de ce bond en avant. Fini l'intelligence artificielle des systèmes experts qui cherchaient à calquer naïvement le raisonnement humain. Nous voyons l'émergence de programmes informatiques réellement intelligents puisqu'ils sont capables de s'améliorer tout seuls. Certains diront : « Enfin l'informatique va cesser de plagier les activités humaines pour inventer son propre champ d'activité ».

A cet égard il faut se souvenir de la plupart des conquêtes de l'homme. Elles ont toujours un caractère de dépassements par le détournement. On se souvient que l’aviation n’a commencé ses progrès que lorsque les avions ont cessé de battre des ailes pour copier les oiseaux, et qu’elle ne prit son envol stupéfiant qu’en s'appuyant sur une loi physique différente, celle de la portance.

Dans le domaine des soins de santé, on est peut être bien à la veille d'une telle révolution. Le numérique est en passe d'inventer son propre destin et peut-être le nôtre.

Le numérique est potentiellement en train de revisiter toutes les activités humaines. Laisser piloter sa voiture par algorithmes interposés, fabriquer des objets avec des imprimantes 3D, visualiser l'invisible (réalité virtuelle), prendre des rendez-vous automatiquement (assistant personnel), payer sans contact humain (disparition des caissières), filmer des activités humaines comme par exemple, celles liés aux sports (drones et caméras GoPro), demander son chemin à Google, commander sa maison avec Echo d'Amazon, se faire conseiller par Siri (Apple), écrire des blogs avec des Bots, etc., voilà en quelque sorte, le monde nouveau en marche.

Peut-on seulement imaginer que le domaine de la santé et le système de soins puissent échapper échapper à cette déferlante ?

Croire que le domaine de la santé du fait de son mode de fortes relations humaines va pouvoir échapper à ce phénomène, c'est occulter les changements en marche : le profond renouvellement d’attitude des bénéficiaires du système de soins et les nouveaux outils et modèles qui viennent d'outre atlantique. Là-bas non seulement, la machine de l'innovation disruptive a démarré mais plus encore la discussion publique est déjà vive, ce qui signifie que le processus révolutionnaire a bel et bien commencé.

Il est même raisonnable de penser que c’est dans le domaine de la santé que la révolution numérique exprimera au mieux ses multiples dimensions : alors qu’initialement les Big Data, le Deep Learning ou les Blockchains n'ont pas été spécifiquement designés pour la santé, on constate pourtant qu'ils vont apporter des déploiements majeurs au domaine.

Les ignorer et croire que le système santé pourra échapper à cette révolution est vraiment une posture dangereuse.



[1] Perfoming Arts : The Economic Dilemma, William Baumol et William Bowen (Fondation Ford, 1966).

[2] La productivité de la santé est meilleure que vous ne croyez, Vincent Champain, Journal Les Echos, 4 mars 2013.

[3] Les grandes tendances de l’innovation médicale au XXIème siècle, Elias Zerhouni, Leçon inaugurale au Collège de France. 18 mai 2011. http ://books.openedition.org/cdf/434

[4] Code is law, Lawrence Lessig, Harvard Magazine, http://harvardmagazine.com/2000/01/code-is-law-html. Traduction en français : https://framablog.org/2010/05/22/code-is-law-lessig/

 


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