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LES ACCESSOIRES DE LA VICTOIRE

Mis en ligne le 07.08.2008 à 00:00

PÉKIN 2008. Pour grappiller les derniers centièmes de seconde qui feront la différence, les ingénieurs des équipementiers transpirent autant que les athlètes.

L'Hebdo; 2008-08-07

Technologies olympiques LES ACCESSOIRES DE LA VICTOIRE

TEXTEPAUL HOCHMANPHOTO!STEVE PIKE

PÉKIN 2008.

Pour grappiller les derniers centièmes de seconde qui feront la différence, les ingénieurs des équipementiers transpirent autant que les athlètes.

La scène se passe sur une piste d'athlétisme de l'Oregon, en 2005. Le coureur américain du 400 mètres Michael Johnson teste le nouveau prototype de chaussures créé par Nike: la Flywire. Il les pousse dans leurs dernières limites, ce qui les fait littéralement tomber en pièces. « Les chaussures ont explosé sur leur devant, comme un ballon, raconte Sean McDowell, directeur du secteur de fournitures olympiques de Nike. Mais Michael a parlé des plus incroyables 300 mètres qu'il avait jamais courus, comme si des crampons lui avaient naturellement poussés sous les pieds.» Les chaussures étaient en miettes, et McDowell aux anges, car ce test a permis aux chercheurs de Nike de trouver une échappatoire aux lois universelles de la technologie sportive. Celles qui disent qu'on peut concevoir un équipement infiniment léger ou infiniment résistant, mais jamais les deux. Il y a l'acier et les plumes, mais on ne peut pas construire l'un à partir de l'autre. Sauf dans ce cas.

Chaussure digitales. Jusqu'à ce jour, la paire de chaussures de course la plus légère jamais fabriquée - des Nike à crampons dorés conçues pour Michael Johnson - pesait 112 grammes. Aujourd'hui encore, ce modèle est considéré comme une petite merveille technologique, juste assez résistante pour permettre à l'athlète de terminer sa course. La Flywire (lire en page 14), le prototype qui s'est désintégré sur la piste en Oregon, ne pèse, elle, que 67 grammes, 41% de moins! Ce modèle, qui fera ses débuts à l'occasion des Jeux de Pékin, utilise un exosquelette de filaments high-tech - près de 2 mètres, fixés à du tissu hyper-fin - pour créer la forme et la structure de la chaussure (imaginez une sandale romaine de l'ère spatiale). Plus qu'un poids plume, la Flywire est également simple, rapide et peu chère à produire. Surtout, sa conception est totalement nouvelle: le designer n'est pas parti d'un pied mais d'une idée, modélisée ensuite dans les circuits d'un ordinateur avant de prendre forme en trois dimensions. «De nouvelles frontières s'ouvrent à nous, note Jay Meschter, responsable du développement de la Flywire. Les coutures analogiques ont disparu. Voici les chaussures fabriquées de manière digitale.»

Nike n'est pas le seul à scander cet «eurêka!» olympique. Adidas, Mizuno, Speedo et beaucoup d'autres ont travaillé frénétiquement à la récriture des lois de la technologie sportive. Et ce mois d'août, outre le fait d'avoir gagné quelques centièmes de seconde, tous auront accompli un autre exploit incroyable: raccourcir de manière radicale le délai entre la réalisation d'un nouveau concept olympique et sa commercialisation. En effet, bon nombre de ces équipements révolutionnaires seront en vente quelques semaines à peine après la cérémonie d'ouverture.

Ne vous y trompez pas, ce n'est pas que du marketing: chacun des chefs-d'Å“uvre technologiques présentés dans ces pages est une prouesse technique, qui va donner à son possesseur un réel avantage durant la compétition. Des améliorations qui demandent des années de travail, d'énormes investissements, qui se chiffrent parfois en millions de francs.

Adidas tente l'asymétrie. Prenons Adidas. Dès 2006, le géant allemand était au travail pour créer un nouveau type de crampons destinés à sa star texane, le médaillé d'or sur 400 mètres Jeremy Wariner. Après avoir visionné plusieurs heures de mouvements exécutés au ralenti, l'équipementier a décidé de remplacer ses crampons Pookie, ceux-là mêmes qui avaient permis à Wariner de s'imposer à Athènes deux ans plus tôt et dans presque toutes les courses disputées depuis.

Sa nouvelle chaussure (voir ci-dessus) présente une caractéristique peu orthodoxe: elle gîte vers bâbord. «La plupart des courses de mi-distance se jouent dans les tournants», observe Mic Lussier, le Franco-Canadien responsable de l'équipe d'innovation chez Adidas (aIT) qui a développé ce nouveau modèle. Et les coureurs ne tournent jamais, absolument jamais à droite. Les cinquante ingénieurs en biomécanique, designers industriels et experts en électromécanique de l'équipe de Lussier ont donc choisi de concevoir des crampons asymétriques pour Wariner. Ces chaussures biaisées s'appuient sur des plaques de carbone ultraléger, faites de microscopiques nanotubes vingt fois plus résistants que l'acier. Ainsi, elles peuvent «rediriger la ligne de force générée par l'extérieur de son pied droit, comme l'explique Lussier. En d'autres termes, la nouvelle chaussure droite de Wariner le fera accélérer sur sa gauche.» Une idée inspirée des suspensions asymétriques développées pour les voitures des courses de Nascar.

Speedo aligne les records. L'image de marque de Speedo émerge véritablement en 1972, lorsque le moustachu Mark Spitz remporte sept médailles d'or dans son slip de nylonélasthanne orné du drapeau américain. La marque anglaise refait aujourd'hui la une des médias, grâce à son nouveau modèle LZR - prononcez «laser» - (voir en page 12).. Un maillot recouvrant l'entier du corps du nageur, bien éloigné des slips de bain qui ont longtemps allié la marque à l'image d'Allemands dodus et pâlichons bronzant sur les plages de la Côte d'Azur. Lancé en février, ce nouveau maillot permet un tel gain de rapidité qu'il a donné lieu à des examens minutieux de la part des instances de contrôle, à une controverse internationale et même à la défection de certains sponsors.

La controverse tient à la manière dont Speedo a contourné la FINA, la fédération internationale régissant les équipements des nageurs. Celle-ci défend en effet les costumes créant la flottabilité. Aucun ne doit soulever un nageur ou lui offrir une bulle d'air. Mais, avec le LZR, le nageur ne se soulève pas. Il s'appuie. Quand le règlement insiste sur le fait de devoir choisir entre un maillot rendant plus fort ou plus léger, Speedo offre les deux, en rendant les nageurs plus «légers» grâce à un costume plus «fort». Une prouesse rendue possible grâce à une gaine noire inspirée des travaux de la NASA, qui comprime le corps septante fois plus que le nylon-élasthanne standard. Le maillot ne rend pas seulement le nageur plus petit, mais également plus lisse. Speedo a donc trouvé un matériau permettant de remodeler les athlètes, afin de leur donner la forme hydrodynamique idéale.

Quand le LZR a fait son apparition, lors des championnats du monde de Manchester en avril, le monde des nageurs a changé. L'équipement proposé par Speedo s'est clairement imposé comme plus rapide que celui de ses concurrents, tels TYR, Adidas, Mizuno ou Nike. Des rumeurs font alors état d'athlètes rompant avec leur sponsor au bord du bassin pour se glisser dans un LZR. L'entraîneur italien Alberto Castagnetti estime que l'utilisation équivaut à un «dopage technologique». Le nageur allemand Thomas Rupprath va jusqu'à suggérer l'apostasie: que sa fédération troque Adidas contre Speedo. «Autrement, nous coulerons complètement dans la médiocrité.» Le succès est là pour Speedo, dans les bassins comme dans les esprits.

Nike et la révolution. Mais nulle part la précision technique extrême et le désir de publicité olympique ne coexistent plus naturellement que chez Nike. Et, cette année, la marque américaine se lance dans le cirque des Jeux à une échelle plus grande que jamais. Elle présentera, par exemple, 68 chaussures spécifiques pour les 28 sports présents à Pékin et leurs diverses disciplines (11 de plus qu'à Athènes).

Son directeur pour Pékin, Kris Aman, est chargé de préparer l'entreprise pour les JO et, surtout, pour après les Jeux. En effet, Nike offrira presque toutes ses innovations olympiques aux consommateurs dès septembre (son principal concurrent, Adidas, lancera quant à lui certains de ses modèles en août). Il compte beaucoup sur le potentiel de la Flywire (voir en page 14), et pas seulement parce que tous les gamins en voudront, mais parce que le concept est vraiment révolutionnaire. L'inspiration est venue aux designers en observant les ponts suspendus. Mais, à la place des câbles, Flywire utilise de minces fils de Vectran, aussi résistants que de l'acier. Des bouquets d'une vingtaine de fils sont placés aux points stratégiques de la chaussure, comme le talon ou le coude-pied. Seules les extrémités de ces fils sont accrochés à la semelle. Le tissu ne sert qu'à protéger le pied des cailloux et des débris, il perd son rôle traditionnel de support structurel. Sans surprise, une chaussure faite uniquement de fils et de tissus fins comme un voile est incroyablement légère. «Quand je l'ai lancée en l'air, je n'étais pas sûr qu'elle redescende», raconte la star de la NBA Kobe Bryant. Mais la vraie surprise tient à la façon dont la Flywire pourrait changer Nike et peut-être l'industrie de la chaussure tout entière, tant son processus de fabrication est simple: la chaussure n'est plus pensée comme un assemblage de différentes pièces, mais comme un modèle, pour faire très simple, imprimé en trois dimensions (une imprimante qui remplacerait l'encre par des fils). «Avec cette méthode, explique Jay Meschter, designer de la Flywire, la plupart des étapes de la conception peuvent avoir lieu dans un ordinateur; vous prenez des décisions sur écran, vous placez les renforts et, ensuite, vous créez la chaussure en lançant l'impression.» Fini les prototypes laborieusement réalisés à la main. Fini le tissu minutieusement sélectionné pour son équilibre entre poids et force. Si une chaussure a besoin d'une modification, il suffit aujourd'hui à un designer d'ajouter un filament à sa conception et de cliquer sur la touche print! L'impact de ce procédé pourrait être énorme: selon certaines rumeurs, il est si peu coûteux qu'il pourrait permettre à Nike de rapatrier certains de ses ateliers de fabrication de la Chine vers les Etats-Unis.

Un tour en cuisine. Véritable miracle de conception, la Flywire ne vient pas de nulle part, mais d'un minuscule bâtiment sur le campus Nike baptisé Innovation Kitchen («la cuisine de l'innovation»). Quand ses portes s'ouvrent, on découvre un monde rouge sang. La peinture, bien sûr, mais l'entrée cramoisie aussi rappelle qu'environ 90% des idées conçues ici sont impitoyablement rejetées. A l'intérieur, Innovation Kitchen évoque une zone sinistrée: un enchevêtrement de crampons d'essai, une paire d'Hypertrempe Bryant abandonnée, des billets pour un concert d'Eric Clapton, une affiche de René Magritte. C'est pourtant ce petit labyrinthe de bureaux miteux qui est la source de certains des plus grands succès de Nike ces dernières années: les crampons dorés de Michael Johnson, la combinaison de Cathy Freeman ou encore chaque nouvelle paire d'Air Jordan depuis 2001.

On raconte que des dizaines de millions de dollars ont été dépensés pour la «cuisine» depuis sa création. Et pas mal de gens, à l'intérieur même de la compagnie se posent encore la question de son utilité. En fait, sa création avait comme premier but de contrecarrer les effets négatifs de l'énorme expansion qu'a connue Nike à la fin des années 90. La société a en effet été divisée en six unités (du basket-ball à la course à pied), responsables de leurs résultats commerciaux. «Une conséquence naturelle fut la diminution des ressources dévolues à la conception de nouveaux produits», explique Tinker Hatfield, chef des projets spéciaux d'Innovation Kitchen. «Car, à court terme, la réduction des investissements pour l'innovation technique est une des voies simples pour qu'une division atteigne ses objectifs budgétaires.» La «cuisine» a donc été conçue comme un antidote à cette dérive. «Aujourd'hui, nous sommes stratégiquement placés dans une certaine orbite autour de la planète Nike, ajoute Hatfield, mais sans en être trop éloignés. Car, au final, toute innovation n'est utile que si elle est en lien avec une entreprise qui pourra la pousser plus loin.»

Dans l'immédiat, ce «plus loin» s'appelle Pékin. Les athlètes y voleront citius, altius, fortius. Ces performances remueront nos âmes de simples mortels. Mais la vérité est moins romantique. Les ingénieurs qui ont rendu ces exploits possibles auront déjà passé à autre chose à ce moment-là: aux innovations technologiques qui vont nous ébahir lors des prochains Jeux olympiques, en 2012, à Londres. © FAST COMPANY

TRADUCTIONCHRISTOPHE SCHENK

UN DOS DE CHAMPIONNE

Katie Hoff avait 15 ans lors de ses premiers Jeux olympiques, à Athènes. Aujourd'hui, à 19 ans, elle pourrait décrocher plusieurs médailles. Grâce, en partie du moins, à son nouveau maillot de bain, le fameaux Speedo LZR Racer (prononcez «laser»). Il compresse fortement son corps à des endroits stratégiques, pour réduire sa surface, et donc le frottement, lui permettant ainsi d'aller plus vite dans l'eau. Le tissu employé «repousse» également l'eau, donnant la possibilité au nageur de glisser plus vite.

PHOTOSSTEVE PYKE FAST COMPANY

TECHNOLOGIE SUISSE

Le pistolet à air comprimé Morini CM162 E1 est utilisé pour le pentathlon moderne et pour les tirs à 10 mètres. Sa gâchette est contrôlée par une puce, pour éviter tout à-coup lors du tir.

PIEDS NUS

Puma a enlevé toute une couche de semelle dans sa Usan Metallic Croc, afin d'éliminer du poids. Pour regagner de la rigidité après cette transformation, le cuir est cousu différemment autour de la semelle (le X noir sous l'arc du pied). Les ingénieurs ont ensuite rendu la semelle transparente, juste pour qu'elle soit... plus cool.

L'AVENIR DE LA CHAUSSURE

Les créateurs de la Flywire sont partis d'une idée, pas d'un pied. Ils ont décidé de remplacer toute la structure classique de la chaussure, solide mais lourde, par un réseau de fils qui tient la chaussure, un peu comme des câbles d'acier tiennent un pont suspendu. On n'avait jamais fabriqué de baskets aussi légères (67 grammes). Le procédé est tellement efficace et bon marché que Nike pense relocaliser une partie de ses usines chinoises, pour les rapatrier aux Etats-Unis.

VIRAGE À GAUCHE

Adidas a créé une chaussure spéciale pour le médaillé d'or américain Jeremy Wariner. La structure des crampons pousse naturellement Le coureur vers la gauche. Pourquoi? Parce que, sur une piste de course, il n'y a pas de virages à droite. Cette nouveauté devrait lui faire gagner quelques centièmes de seconde. La semelle, en nanotubes de carbone, est vingt fois plus solide que l'acier.

AIR CONDITIONNÉ

Nike est le fournisseur officiel des maillots de l'équipe de basket américaine. Des vêtements qui utilisent une nouvelle technique, Aerographics, pour éliminer la transpiration et augmenter la ventilation. Elle renforce les courants d'air sur la peau. Nike dissout le tissu sur les endroits clés du maillot, ce qui permet de le trouer pour une meilleure ventilation, mais aussi de le décorer.

COW-BOY MODERNE

Pendant des années, les cavaliers enfilaient leur botte, chaque matin, comme n'importe quel pékin, en tortillant les pieds pour les rentrer dans un espace trop petit, rigide, en cuir. C'est fini: avec la botte Ipea, Nike a ajouté une fermeture éclair asymétrique, qui permet de l'enfiler plus facilement et des éperons ajustables qui peuvent être rehaussés ou rabaissés selon l'humeur du cheval. Résultat: plusieurs centaines de grammes en moins, tout l'appareillage qui servait jadis à fixer les éperons à la botte.

SUR L'EAU

Même les chaussures d'aviron connaissent leur révolution technologique. Adidas produit des chaussures Adistar Rowing où les fixations sont directement intégrées dans la semelle. Elles accrochent la chaussure à la quille du bateau. La coque de néoprène vert protège la chaussure de l'eau pendant les entraînements. Adidas a même réussi à intégrer ses fameuses trois bandes, sous forme de fermeture velcro, qui permettent au rameur de se déchausser rapidement si le bateau chavire.

ARMES DE COMBAT

Le japonais Mizuno, un des plus gros fabricants d'articles de sport du pays, emploie le même carbone pour ses battes de softball (à droite) que celui utilisé par Boeing pour le 787. Quant au nouveau javelot, le OTE Composite FX, il utilise un alliage complexe de fibres de carbone tressées autour d'un cÅ“ur d'aluminium qui permet de réduire le temps de vibration de 10%, et donc de diminuer l'impact du lancer sur les articulations du bras de l'athlète.

BONHOMME DE NEIGE

Le nouveau gilet PreCool de Nike a été dessiné dans ses laboratoires de recherche, à la suite d'une constatation simple: la performance chute de manière radicale quand la température du corps dépasse un certain niveau. Le gilet, un mélange de plastique, de caoutchouc et de peinture métallique, est rempli d'eau glacée. Les athlètes vont le porter environ une heure avant chaque compétition, ce qui devrait permettre de ralentir la hausse de leur température corporelle.




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