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Et force est de constater que les relations franco-suisses avant l’armistice franco-allemand du 22 juin sont loin d’être de simples conversations d’état-major ou les «études» décrites par la Conseil fédéral et le général Guisan après 1945. Soyons clair, la Suisse a joué à fond la carte de l’alliance avec la France au début du second conflit mondial, tout en ménageant le régime d’Hitler. Pour la forme, et au grand dam de Guisan. Le général ne glissait-il pas, en mai 1940, au colonel de La Forest-Divonne, l’attaché militaire de l’ambassade de France en Suisse, que sa tâche était compliquée par «la nécessité, au nom de la stricte neutralité devenue plus que jamais principe sacro-saint, de maintenir face à la France des troupes.» Des troupes qu’il aurait préféré envoyer ailleurs, admet-il dans un compte rendu au milieu de cet amas de liasses de papiers officiels dont l’histoire même ressemble à un roman d’aventures.
Un roman qui débute il y a 70 ans quasiment jour pour jour. Ce 17 juin 1940, au moment où le maréchal Pétain annonce à la radio française que les combats doivent cesser, des soldats nazis tombent sur un train abandonné dans la gare de La Charité-sur-Loire, à une centaine de kilomètres de Dijon. Une prise miraculeuse: à l’intérieur, ils trouvent des milliers de dossiers de l’étatmajor français bien serrés dans 1800 caisses, une mine de renseignements pour les nazis qui les expédient sur-le-champ à Berlin où ils seront passés au peigne fin.
Ça ne tarde pas. Dès juillet 1940, le chef de l’état-major général allemand Franz Halder note dans son journal: «Preuves documentaires de la collaboration entre la France et la Suisse.» Une aubaine pour les nazis qui tiennent un casus belli en or pour envahir la Suisse. Mais ils n’en feront rien dans les mois suivants. «Attaque-t-on un pays qui travaille pour vous?», souligne Alain-Jacques Tornare. Un pays dont le gouvernement finance les exportations en direction de l’Allemagne et de l’Italie grâce à des accords de clearing signés dès août 1940. «En outre, le Reich accorde une très grande importance aux multiples prestations de la place financière suisse, notamment au franc qui devient la monnaie internationale fort utile à l’Axe», complète l’historien Marc Perrenoud.
Promesse d’assistance. Or le voyage de ces documents ne s’arrête pas aux archives de l’armée allemande. En 1945, ils sont «empruntés» par les Soviétiques dans les ruines encore fumantes de la capitale du Reich. Comme les nazis, les généraux de Staline raffolent des archives des autres. «Alors qu’on les croyait détruites, les archives spoliées en France par les nazis entre 1940 et 1942 ont été redécouvertes en Russie en 1990 par une historienne américaine», raconte Bertrand Fonck, conservateur au SHD-DAT. Plus précisément dans les Archives spéciales d’Etat à Moscou où elles étaient conservées dans le plus grand secret. Et pour cause, elles ont été exploitées par les services secrets soviétiques qui, comme les nazis, avaient l’habitude de souligner les passages les plus croustillants. Les documents «suisses» ne feront pas exception.
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