Un nouveau CEO, Sergio Ermotti, au regard droit et à la raie de côté impeccable. Un nouveau président, l’ancien banquier central allemand Axel Weber, qui remplace Kaspar Villiger et qui a d’emblée pris position pour des réglementations plus strictes de la banque d’affaires. Cette semaine, les dirigeants d’UBS cherchent à tourner la page de la finance casino et des folies ospelo-grübeliennes. Peut-on les croire?
La place financière helvétique, de toute évidence, change d’époque. On sait depuis 2008 combien la banque d’affaires peut être délétère. On réalise enfin aujourd’hui qu’elle n’a été, au final, bonne pour personne. Sauf pour les cadres et les dirigeants qui ont profité de leur position pour s’enrichir. Au sommet, le cynisme déployé pour s’assurer les bons postes et capter les bonus obscènes qui vont de pair s’est souvent révélé sans limites. Comme l’indifférence au bien commun et l’insensibilité politique.
L’économie n’a en rien bénéficié du développement de l’investment banking. Au contraire. En termes de rentrées fiscales, le bilan est négatif. Les établissements bancaires eux-mêmes n’ont aucune raison de se féliciter. Sur la durée, ces activités se soldent par des pertes énormes. Et des dégâts d’image, injustes pour l’ensemble de la profession. Avec le recul, on peine d’ailleurs à comprendre ce qui a poussé le législateur à autoriser les opérations hors bilan et autres jongleries financières à haut risque.
Dans la gestion de fortune privée aussi, les anciennes certitudes valdinguent. Des emplois sont supprimés. Avec l’érosion du secret bancaire, les marges (et donc les rémunérations) rétrécissent. On gagnera peut-être un peu de temps avec le fameux projet Rubik d’impôt à la source. Mais, à terme, l’échange automatique d’informations risque fort de s’imposer. Il serait en tout cas très imprévoyant de ne pas s’y préparer immédiatement (lire le dossier de Cyril Jost en page 56).
Le redimensionnement de la place financière n’a certes pas que des aspects négatifs. Il force la Suisse à réfléchir à un nouvel équilibre entre les diverses branches de son économie. Il n’est pas mauvais non plus que les ingénieurs et les mathématiciens sitôt formés ne soient plus autant que par le passé happés par les banques pour inventer des algorithmes et des produits financiers qu’ils étaient au final les seuls à comprendre. L’industrie et la recherche ont besoin d’eux.
La Suisse ne peut cependant pas se passer d’un secteur bancaire prospère. Au service de l’économie. Mais pour le réformer et sortir des années folles de la finance casino, il faudra plus qu’une campagne de relations publiques et les déclarations d’intention de quelques dirigeants: un véritable effort de remoralisation qui vienne de l’intérieur.
Forcément. Car le changement des lois et des règles du jeu ne suffira pas. Pour tous les banquiers indignés et de bonne volonté, et ils existent par milliers, ce n’est qu’un début. Le combat continue.
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