|
Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 19.09.2012 à 13:54 |
Le 23 septembre, le canton de Neuchâtel a rendez-vous avec l’Histoire. Il doit se prononcer sur le RER-Transrun, ce nouveau réseau de transports publics devant enfin adapter les infrastructures aux besoins du XXIe siècle. Pour les montagnards du Haut, vallonniers du centre et «lacustres» du Littoral, c’est l’heure de se serrer les coudes et de retrouver la formidable cohésion dont le souverain neuchâtelois avait fait preuve en juin 1981, lorsqu’il avait plébiscité une révision de la loi sur la promotion économique, à une majorité de 77%! Pourquoi Neuchâtel hésite-t-il tant à oser l’avenir alors qu’il avait si bien su faire face à l’adversité dans les années 80? Pourquoi son conseil d’Etat s’est-il complètement disloqué au fil des années? Pourquoi a-t-il laissé mourir son club phare, ce Xamax qui lui avait offert tant de nuits magiques lors de son épopée européenne, même en pleine crise économique? Retour sur les 30 ans qui ont changé ce canton. Parmigiani à contre-courant. Davantage encore que ses villes Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds, le Val-de-Travers témoigne de la mue du canton. Ici, on se sent vite hors du monde, loin de sa fureur et de ses tressaillements. C’est une une sorte de sublime paradis quand il fait beau et de prison déprimante quand la pluie bouche tout horizon. Ce vallon aurait pu devenir un désert industriel lorsque ses fabriques – notamment Dubied – ont fermé les unes après les autres voici un quart de siècle. Mais il a su rebondir. Une génération plus tard, tout a changé: les hommes, la mentalité, les structures politiques. La vallée est devenue un atelier de production du luxe, mais aussi d’innovation et de créativité. Un homme symbolise ce renouveau: Michel Parmigiani, un patron qui ne tient pas en place – il préfère être debout durant l’entretien. Toute sa vie, il n’a cessé d’aller à contrecourant. En pleine crise, il se met à son compte et ouvre son propre atelier à Couvet en 1976, ce qui le fait passer pour un «cinglé». Et il snobe le quartz, alors que tout le monde ne jure que par lui. Michel Parmigiani avoue avoir souffert durant ces années où les mauvaises nouvelles se succédaient à un rythme presque quotidien. Les gens n’ont alors plus de ressort: ils accusent le coup lorsqu’on leur dit que le canton va certes pouvoir profiter de l’arrêté Bonny en faveur des régions de montagne, mais que ce coup de pouce fédéral n’est surtout pas destiné à «ces pestiférés de l’horlogerie»! Qu’importe. Ce fils d’immigrés italiens s’est plongé très jeune dans l’histoire industrielle de son vallon qui lui a appris qu’il y avait déjà 600 horlogers en 1860 à Fleurier. Alors il se met en tête de perpétuer cette vocation centenaire, à condition de miser sur l’excellence: «L’horlogerie industrielle, qui cédait à la facilité, ne m’intéressait pas. J’ai toujours voulu faire de l’art horloger en mariant qualité, innovation et esthétique.» Michel Parmigiani pousse l’exigence de qualité jusqu’à créer avec trois partenaires la certification «qualité Fleurier», la plus stricte du monde, réclamant notamment le 100% «Swiss made» pour l’entier des composants. Détenue par la Fondation Sandoz, l’entreprise qui porte son nom occupe 500 employés sur six sites et symbolise la renaissance de l’horlogerie. Mais elle n’est qu’un des fleurons du vallon, qui accueille aussi d’autres marques prestigieuses comme Chopard, Piaget ou Bovet, sans parler des fabricants de composants (ValFleurier, Vaucher, Cartier). L’horlogerie offre désormais 40% des emplois du vallon, dont l’économie s’est aussi diversifiée dans la microélectronique (Etel) et la pharma (Bioren). A toute chose malheur est bon. Audelà de l’économie, la crise a définitivement cimenté la vallée, y développant un véritable esprit de solidarité et faisant émerger une nouvelle génération de politiciens comme Jean-Nath Karakash, Baptiste Hurni, Christian Mermet, Nicolas Stauffer, Thierry Michel ou Sven Schwab. Un mouvement de jeunesse naît, des activités culturelles s’organisent, un bus gratuit sillonne le vallon la nuit. «Tout cela a créé une nouvelle dynamique. Plutôt que de pleurnicher sur notre sort, nous avons décidé de prendre notre destin en main», raconte le conseiller communal de Val-de-Travers, Jean-Nath Karakash. Un sursaut salutaire qui débouche sur la naissance de cette nouvelle commune de 11 000 habitants en 2009, issue de la fusion de neuf villages, à l’époque la plus grande de Suisse. Même si le taux de chômage – que le statut du saisonnier permet encore d’exporter – n’est pas spectaculaire dans les années 80, il n’en reste pas moins que le canton de Neuchâtel a perdu 15 000 emplois et 15 000 habitants à la suite des crises pétrolière et horlogère. Au plus bas de la courbe démographique en 1984, il ne compte plus que 155 000 habitants, contre 169 000 en 1974 et 173 000 aujourd’hui. «Les gens ont été si choqués qu’ils ont développé une mentalité de solidarité et de combat», se souvient l’ancien conseiller d’Etat Pierre Dubois. En juin 1981, le souverain adopte à une majorité de 77% une loi sur la promotion économique qui donne de nouveaux outils à l’Etat pour relancer l’économie. Un score canon pour une politique qui aurait dû faire tiquer la droite tant cette loi était peu libérale, mais aussi une gauche souvent encline à considérer l’économie comme un repaire de méchants patrons exploitant le monde ouvrier. Le grand artisan de cette nouvelle politique s’appelle Karl Dobler, un flamboyant Appenzellois dont les services étaient aussi courtisés par le richissime prince Aga Khan. En 1978, le magistrat socialiste René Meylan a le fin nez en le convainquant de venir se frotter à la rude réalité neuchâteloise plutôt que d’aller se pavaner dans des palaces. Certes, on lui verse un salaire (estimé à plus de 300 000 francs par an) largement supérieur à celui d’un conseiller d’Etat (d’environ 200 000 francs à l’époque), mais inférieur aux ponts d’or qu’aurait pu lui faire l’économie privée. «C’était la sinistrose, mais un défi passionnant à relever dans un canton que je ne connaissais pas», raconte Karl Dobler avec le même enthousiasme que voici trente ans. Pour cet ancien conseiller juridique en chef chez Landis et Gyr, la promotion économique s’apparente à une bataille militaire. Pour vaincre, il faut élaborer un plan, puis se déployer sur le terrain. «Nous, les promoteurs, étions les grenadiers au front. Mais derrière, nous avions besoin de l’artillerie lourde, soit d’un gouvernement capable d’offrir un paquet complet de services à l’entreprise désireuse de s’implanter chez nous.» Indéfectible soutien. Ce «package», ce sont des conditions fiscales alléchantes, mais aussi une aide au recrutement du personnel et un soutien politique constant. Au début des années 80, le patron allemand Bertold Weinig cherche un site en Suisse pour la fabrication de ses produits d’usinage destinés à l’industrie du bois. Lorsqu’il survole La Chauxde-Fonds en hélicoptère, il confie à Karl Dobler que le canton de Zoug lui propose de meilleures conditions, mais qu’il préférerait s’établir dans un canton industriel. Alors surgit toujours la même question, cruciale et décisive: «Quels sont les politiciens qui s’engageront pour moi si j’ai des problèmes?» C’est dans ces moments-là que Karl Dobler peut abattre sa carte maîtresse, à savoir un soutien politique qui ne se dément jamais. Et pour cause: chaque année, l’un des membres du gouvernement, que ce soit Pierre Dubois, Francis Matthey ou encore Jean Guinand, l’accompagnent lors d’une mission outre-Atlantique. Le Conseil d’Etat sait donc ce qu’il doit faire pour emporter la mise: il reçoit presque systématiquement les entrepreneurs en voyage de prospection et leur garantit son aide. Dans la phase cruciale des négociations avec Johnson & Johnson au Locle, il a fallu dézoner un terrain agricole en quatrième vitesse. «Nous sommes allés tirer les sonnettes des huit voisins pour les supplier de ne pas faire opposition. La raison d’Etat primait», témoigne encore Pierre Dubois. Cette politique très offensive finit par porter ses fruits. Jalousé puis copié dans toute la Suisse, Neuchâtel le pionnier réussit quelques belles prises. Pour épauler une horlogerie redynamisée grâce au futur groupe Swatch dont l’un des sièges est à Neuchâtel, le canton attire des leaders comme Stryker dans le secteur technico-médical, Celgene et Baxter dans la biopharmaceutique ou encore Autodesk dans l’informatique. Il y a aussi des échecs, comme Silicon Graphics, qui quitte la Suisse en 2001. Un échec tout relatif, selon Karl Dobler. «Cette entreprise et l’avenir qu’elle symbolisait nous ont longtemps servi d’excellente carte de visite.» Furgler supporter. Certes, le canton souffre en cette fin des années 80, mais ne perd jamais espoir. C’est un club de foot qui lui redonne le moral, et même plus que cela, une fierté: le Neuchâtel Xamax de Gilbert Facchinetti. Aujourd’hui, l’ancien président reçoit au sous-sol de sa villa de Saint-Blaise, un véritable musée du club. Dans une vaste pièce boisée, des dizaines de fanions et photos, ainsi que d’immenses volumes reliés égrènent les deux titres nationaux de 1987 et 1988, mais surtout les glorieuses soirées de l’épopée européenne, qui a duré plus de vingt ans. Des clubs aussi prestigieux que le Real de Madrid, Hambourg, Celtic Glasgow et Galatasaray ont mordu la poussière à la Maladière, qui accueille 25000 spectateurs dans les grandes occasions. Xamax fidélise un nombreux public, il cimente aussi tout un canton. Il peut compter sur le soutien d’un Club des 200 (jusqu’à 1600 membres), d’un Club des amis (jusqu’à 300 membres) versant 10000 francs par saison, ainsi que quelques mécènes à la contribution de 40000 francs. Mais Xamax séduit au-delà des frontières cantonales, créant des sympathies qui peuvent s’avérer utiles. Le conseiller fédéral Kurt Furgler assiste non seulement à toutes les inaugurations d’entreprises nouvelles, mais il vient aussi applaudir aux exploits des Don Givens, Uli Stielike, Heinz Hermann, Philippe Perret et Robert Lüthi, sous la régie de l’entraîneur Gilbert Gress. Manque d’unité. Rappeler cette cohésion dopée par le sport, se remémorer la mobilisation générale décrétée par le Conseil d’Etat pour redresser l’économie, c’est aussi mesurer à quel point cette unité fait cruellement défaut aujourd’hui. «Dans le contexte de crise des années 80, on ne pouvait pas se payer le luxe de faire de la politique politicienne», observe Jean-Philippe Kernen, avocat-notaire et ex-directeur de l’Association industrielle et patronale durant trente-cinq ans. Le tissu économique a beau se diversifier de manière réjouissante, certains signaux ne manquent pas d’inquiéter. Le canton a perdu ces vingt dernières années de nombreux centres de décision, à l’image d’Ebel, un des fleurons de l’horlogerie chaux-de-fonnière dans les années 80. Rachetée par le groupe américain Movado, Ebel regroupera toutes ses activités à Bienne en 2013. Une triste nouvelle pour les Montagnes, car dans les années 80, Ebel avait justement illustré le redressement de l’horlogerie. Son patron d’alors, Pierre-Alain Blum, humaniste et généreux mais aussi flambeur, donne un surplus d’âme à sa marque en développant le concept des «Architectes du Temps». Pour mieux l’incarner, il rachète en 1986 la Villa turque construite par Le Corbusier en 1917, dont s’occupera Janine Perret Sgualdo avant de reprendre la direction du Centre Dürrenmatt. Celleci se rappelle de ces années folles où tout était possible, comme dans une fiction. Ebel engage des ambassadrices de charme comme Barbara Hendricks et Sharon Stone, offre une fête foraine à ses collaborateurs à l’occasion d’un anniversaire et consacre chaque année plusieurs centaines de milliers de francs au sponsoring culturel. «C’était l’époque où les patrons d’entreprise en étaient aussi les propriétaires. Très attachés à leur région, ils décidaient rapidement et s’engageaient généreusement en faveur de la culture et du sport. Aujourd’hui, on a perdu dans ce canton le lien entre la responsabilité d’entrepreneur et la responsabilité sociale», souligne Janine Perret Sgualdo. L’âge d’or du parrainage culturel, initié dès l’après-guerre par la famille Braunschweig (Portescap) avec la création du Club 44 à La Chauxde-Fonds, touche en effet à sa fin dans les années 90. Bénéfices exportés. Economiquement, le canton va bien. Il affiche en 2011 le deuxième PIB de Suisse romande par tête d’habitant, lequel atteint 60 000 francs. C’est loin derrière Genève (89 000 francs), mais largement devant Vaud (54 000 francs) et Fribourg (44 000 francs). «Notre canton est devenu une sorte de territoire colonisé dont on exploite le savoir-faire de notre maind’œuvre, alors qu’il en laisse échapper les profits. Or, la proximité d’un centre de décision est importante pour pérenniser les emplois», constate Jean Studer, exconseiller d’Etat et désormais président du conseil de la BNS. Cette lacune est aujourd’hui aggravée par une autre tendance lourde, franchement alarmante quant à elle: la faiblesse des élites politiques en charge dans le canton. Un entrepreneur chevronné s’est livré à un cruel exercice. Il a passé en revue la composition du Conseil d’Etat durant les huit dernières législatures. Durant les trois premières, le gouvernement comptait toujours au minimum trois fortes personnalités, jouant souvent aussi les ténors sur la scène fédérale (les Cavadini, Felber, Brandt, Dubois et Matthey). Durant la dernière décennie, il n’en note plus qu’une: Jean Studer. Le Conseil d’Etat n’est pas seulement faible: il est surtout désuni, incapable de prendre de la hauteur et d’arbitrer les conflits régionaux, ainsi que le montre la gestion calamiteuse du dossier hospitalier. «Voici trente ans, les membres du gouvernement défendaient l’ensemble du canton, et non seulement leur district. Aujourd’hui, ils se livrent à des querelles de cour d’école, du genre “Mon Haut est plus beau que ton Bas”», se désespère l’historien Jean-Pierre Jelmini. Crise de confiance. Cela a débouché sur une crise de confiance du souverain à l’égard de ses autorités, que l’on ressent très fort dans la campagne de votation relative au RER-Transrun. Quel paradoxe! Voici un canton qui pourrait être fier d’avoir offert à la Suisse moderne 9 conseillers fédéraux sur 115, un record national en comparaison de la force démographique et économique du canton. Il est présent au Conseil fédéral et à la tête du conseil de la BNS, mais n’a plus personne capable d’esquisser de nouvelles visions pour le canton. Neuchâtel décroche certes la timbale de l’Exposition nationale qui s’avère un immense succès populaire avec ses 10 millions de visiteurs en 2002. Mais aucun politicien – au niveau cantonal comme communal – ne parvient à faire fructifier cet élan de créativité noté sur l’arteplage cantonal. «D’un point de vue urbanistique, il ne s’est rien passé sur les rives du lac de Neuchâtel», déplore l’architecte Laurent Geninasca, qui avait été en 1994 l’un des concepteurs du projet de la région des Trois-Lacs choisi par le Conseil fédéral. Comme si cela ne suffisait pas, le canton a perdu l’icône sportive qui l’avait tant fait rêver tout éveillé: son Xamax, qui s’est effondré en six mois l’an dernier et a été relégué en deuxième ligue. Gilbert Facchinetti en a toujours le cœur brisé. En octobre dernier, l’investisseur tchétchène Bulat Chagaev l’invite dans sa loge lors du match contre Lausanne. Il voulait faire de lui son vice-président pour regagner la confiance des supporters. «Facchi» refuse: s’il remet le pied à l’étrier, ce sera la présidence, et rien d’autre. Furieux, Chagaev quitte le stade à la mi-temps, expulse peu après tout le monde des loges avant de faire faillite. «Il faudra entre dix et douze ans pour que le club remonte en Super League», analyse tristement Gilbert Facchinetti. Comme si tout cela ne suffisait pas, la promotion économique, jadis si vantée, cale et fait apparaître des effets collatéraux inattendus. «On s’est aperçu que pour faire oublier l’enfer fiscal ambiant, on avait créé un paradis fiscal artificiel et provisoire uniquement pour les nouvelles entreprises, exonérées d’impôt durant cinq à dix ans», résume Jean-Philippe Kernen. Le sursaut. Arrivé en 2005 au Conseil d’Etat où il reprend les Finances, le socialiste Jean Studer s’aperçoit vite que le canton, dont la dette culmine à 1,7 milliard de francs, vit largement audessus de ses moyens. Et en Européen convaincu, il n’ignore évidemment rien des pressions de la Commission de l’Union européenne sur certains cantons accusés de faire de la «distorsion de concurrence» par le biais des privilèges fiscaux accordés aux holdings étrangères. Tout en assainissant les Finances, Jean Studer trouve la parade par une astucieuse réforme, allégeant le fardeau des entreprises tout en les mettant toutes – celles d’ici comme d’ailleurs – sur un pied d’égalité. Même l’association faîtière Economiesuisse salue cette réforme, aussi «exemplaire qu’eurocompatible». Une trentaine de petites holdings étrangères, appâtées par une fiscalité hyperbasse à leur égard, se sont établies depuis dans le canton. «Mais il faudrait qu’un gros poisson comme LVMH y implante son siège suisse pour que la réforme atteigne vraiment son but», confie Jean Studer. C’est cela, le sursaut neuchâtelois. Alors que le canton avait pris 10, voire 15 ans de retard pour adapter des structures obsolètes, il a désormais réagi. Il a unifié ses caisses de pension, ses compagnies de transport, ses soins à domicile, ses polices. Il a poussé à la fusion de ses communes, réduisant leur nombre de 62 à 37 depuis 2008. Il lui aura fallu plus d’une génération pour retrouver la démographie d’avant la crise des années 70, mais il y est parvenu. Avec le projet du RER-Transrun qui prévoit un nouveau tracé entre les deux villes phares du canton, c’est un retard de plus d’un siècle qu’il s’agit de combler, le tracé actuel datant du milieu du XIXe siècle. Si le patient neuchâtelois sait oser l’avenir le 23 septembre prochain, il sera en bonne voie de rétablissement complet. Sinon, la rechute est programmée.
1978 - Karl Dobler Alors que le canton de Neuchâtel a perdu 15 000 emplois et 15 000 habitants suite à la crise pétrolière mais surtout horlogère, Karl Dobler fait des miracles à la tête de la promotion économique. Très bien épaulé par Francis Sermet, Karl Dobler diversifie le tissu économique, mais précise que rien n’aurait été possible sans l’appui d’un Conseil d’Etat uni.
1985 - Tunnel sous Neuchâtel Attendue avec impatience par tous les habitants, mais aussi par tous les automobilistes en transit sur la N5, cette traversée a désengorgé le centre-ville. Pour une génération seulement: aujourd’hui, celui-ci a retrouvé les flux de trafic d’avant le tunnel.
1986 - Ebel au sommet Au sommet de sa gloire, Ebel présente son concept des Architectes du Temps et rachète la Villa turque construite par Le Corbusier à La Chaux-de-Fonds. Trop gourmand et trop flambeur, son patron Pierre-Alain Blum doit pourtant s’effacer en 1996. Ebel appartient désormais au groupe américain Movado, qui en regroupera toutes les activités à Bienne en 2013.
1987 - Dubied ferme Dubied cesse la production de ses célèbres machines à tricoter et met à la rue 700 personnes. L’entreprise a compté jusqu’à 2300 collaborateurs en Suisse, des succursales de Milan à New York, un tennis et un club de foot. Mais tout le vallon se serre les coudes et le scénario catastrophe d’une désertification industrielle ne se produira pas.
1987 - Xamax triomphe Le Neuchâtel Xamax de Gilbert Facchinetti glane deux titres nationaux et embrase la Maladière en Coupe d’Europe. Le club cimente tout un canton, mais séduit aussi au-delà, par exemple le conseiller fédéral Kurt Furgler. C’était bien avant l’arrivée du sulfureux investisseur tchétchène Bulat Chagaev, qui brisera le rêve rouge et noir en 2011.
1992 - Ouverture du Bikini Test Haut lieu de la culture dite alternative, le Bikini Test démarre dans les anciens moulins de La Joux-Perret, à La Chaux-de-Fonds. Grâce au flair de ses programmateurs, il a invité Ben Harper, Noir Désir et Aston Villa bien avant leur consécration. Il attire un public accourant de France voisine, de l’arc lémanique et même de la région bernoise.
1994 - Vue-des-Alpes Enfin fini, le cauchemar des automobilistes de franchir ce col – culminant à 1300 mètres d’altitude – durant les longs mois d’hiver. Neuchâtel n’est plus qu’à 15 minutes de La Chaux-de-Fonds. Ce tunnel rapproche le Littoral des Montagnes, mais il n’empêchera pas la rivalité Haut-Bas de s’exacerber à l’heure des choix.
1994 - Tour Espace Cité C’est désormais l’un des emblèmes les plus marquants de La Chaux-de-Fonds. Réalisée en deux ans par l’architecte Jacques Richter, cette tour en métal rouge domine le Pod du haut de ses 60 mètres. Elle y accueille notamment des services de l’administration et l’Office du tourisme.
1995 - Parmigiani Fleurier Création de la marque Parmigiani Fleurier, dont plusieurs pièces deviennent célèbres: La Fleur d’Orient, qui nécessite 20 000 heures de travail, ou encore la mythique Bugatti Type 370, qui coûte la bagatelle de 269 000 francs.
2000 - Centre Dürrenmatt C’est le lieu par excellence qui donne de la visibilité au canton de Neuchâtel en Suisse alémanique. Deux tiers de ses 13 000 visiteurs annuels viennent d’outre-Sarine. Consacré au célèbre écrivain bernois dont il met en valeur l’esprit universel, ce centre cultive le bilinguisme et la pluridisciplinarité. Sa directrice Janine Perret Sgualdo s’efforce de marier les sensibilités artistiques, ainsi qu’en témoignera une prochaine exposition, intitulée Labyrinthe.
2000 - Théâtre du Passage Ouvert en 2000, le Théâtre du Passage tourne à plein régime, offrant quelque 220 représentations par année. Dirigé par le comédien et metteur en scène Robert Bouvier, un enfant de Neuchâtel qui y revient à l’aube de la quarantaine, il n’a cessé d’augmenter le nombre de ses abonnés: 800 lors de sa première saison, 2000 aujourd’hui.
2002 - Gil Baillod et Fabien Wolfrath Le Français Philippe Hersant prend le contrôle de la Société neuchâteloise de presse (SNP), qui édite L’Express de Neuchâtel et L’Impartial de La Chaux-de-Fonds. Auparavant, les deux titres, qui subsistent toujours, avaient fusionné en deux temps: un mariage de raison, pas d’amour, contracté sous la pression économique.
2002 - Expo.02 Neuchâtel accueille un des quatre sites de l’exposition nationale, un indéniable succès populaire avec 10 millions de visiteurs. Avec son Palais de l’Equilibre, son club Cargo et son exposition de robots, Expo.02 laisse des souvenirs impérissables à la population, qui l’envahit chaque soir. Hélas, il ne reste rien, ni des icônes de l’arteplage, ni de son esprit.
2005 - Pourtalès Sur le site de Pourtalès, Neuchâtel se dote d’un hôpital flambant neuf pour 175 millions plutôt que de rafistoler ses deux établissements existants pour 120 millions. Reste à savoir qui accueillera le futur site unique de lits A. Aujourd’hui, la guerre fait rage entre le Haut et le Bas dans ce dossier très émotionnel.
2007 - L’EPFL à Neuchâtel L’Institut de microtechnique (IMT) de Neuchâtel est rattaché à l’EPFL. Le nouveau projet Microcity ambitionne de faire de Neuchâtel «un pôle mondial des microtechnologies». L’idée est d’y implanter douze chaires. A terme, 700 personnes travailleront sur ce site, qui sera achevé à l’été 2013.
2008 - Val-de-Travers Neuf communes du vallon concentrent leurs forces et décident de fusionner pour fonder Val-de-Travers, forte de 11000 habitants. Ce qui a permis une baisse fiscale de 7% des impôts locaux en moyenne. Ces pionniers ont fait des émules. Quinze communes du Val-de-Ruz, comptant ensemble 15000 habitants, uniront leur destin en 2013.
2009 - Burkhalter Didier Burkhalter entre au Conseil fédéral où il est le neuvième Neuchâtelois à siéger, ce qui fait du canton le mieux représenté au gouvernement par rapport à sa force démographique. Il est aussi le cinquième à diriger la diplomatie helvétique depuis l’après-guerre.
2009 - UNESCO On l’imaginait pour La Tchaux, moins pour Le Locle. Et pourtant, les deux villes entrent au Patrimoine mondial de l’Unesco, qui reconnaît ainsi leur qualité urbanistique et architecturale exceptionnelle.
2010 - Banque Bonhôte Dans un secteur tertiaire sous-développé, la banque Bonhôte croît dans la discrétion. Elle emploie quelque 70 personnes et a ouvert des agences à Genève, à Berne et à Bienne. Alors directeur général, Jean Berthoud reprend la présidence du conseil d’administration en 2010.
2012 - RER-Transrun Pour un total de 920 millions de francs, un projet de RER-Transrun doit non seulement adapter l’infrastructure ferroviaire aux besoins du XXIe siècle grâce à un temps de parcours réduit à 14 minutes entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds et à des fréquences au quart d’heure. Symboliquement, il doit aussi rapprocher les Montagnes du Littoral et faire du canton une grande agglomération. |









