Proies faciles, les apprentis pourraient constituer les victimes privilégiées de la crise. Cette crainte anime les cantons depuis 2009, qui ont répliqué préventivement avec des mesures ciblées sur la création et la préservation des postes de formation professionnelle. Résultat, plusieurs centaines de places ont été créées l’an dernier en Suisse romande, malgré la hausse du chômage. Aujourd’hui, au moment où les adolescents se confrontent à la recherche d’un poste de CFC, les cantons renouvellent leurs efforts. Pour certaines actions, il s’agira de la dernière fois.
Primes ou arguments? Pour pousser les entreprises à devenir formatrices, deux écoles s’affrontent: convaincre à coups d’arguments ou d’incitations financières. Comme l’an dernier, Vaud pousse à son paroxysme la rétribution. Les employeurs qui s’engagent pour la première fois dans la formation d’un apprenti touchent 5000 francs. Et comme il ne faut pas froisser ceux qui œuvrent de longue date, a souligné la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon, les places d’apprentissage repourvues sont récompensées de 500 francs. Le canton a débloqué 7,5 millions de francs.
Le Jura suit une logique similaire. Les nouvelles entreprises formatrices reçoivent 3000 francs pour une place d’apprentissage, 2000 pour une attestation fédérale (AFP) de deux ans et 1000 pour un pré-apprentissage. Par ailleurs, le canton a mis sur pied un fonds de soutien, qui allège les entreprises des charges de cours de l’apprenti et du formateur.
Si Genève consent également à une démarche financière, sa portée est davantage symbolique, à 500 francs. Mais c’est le formateur lui-même et non l’entreprise qui l’empoche. L’essentiel des efforts genevois se situe à un autre niveau. Avec l’aide de la Confédération, Genève propose des coachs aux nouvelles entreprises formatrices, qui se déchargent ainsi des tâches dites administratives et des évaluations au travail.
Secteur public visé. En parallèle, Genève a mis sur pied en 2008 une cité des métiers permanente. Employeurs et jeunes s’y rencontrent sans rendez-vous et peuvent tenter le recrutement en direct. «C’est basé sur le modèle du speed-dating, avec des entretiens de dix minutes, explique Grégoire Evéquoz, directeur de l’Office pour la formation professionnelle. Le but est aussi éducatif, afin que les jeunes comprennent comment fonctionne l’embauche.» L’apprentissage ne touche pas que le privé. Dans les cantons de Neuchâtel, de Fribourg et du Valais, les administrations se retrouvent au centre du viseur. «Beaucoup de communes ne pensent qu’aux employés de commerce, explique le Valaisan Claude Pottier, chef de service de la formation professionnelle. Mais elles pourraient offrir bien d’autres postes d’apprentissage, comme nettoyeur en bâtiments, agent d’exploitation ou employé de crèches.» Actuellement, seuls 35% des communes valaisannes de plus de 1000 habitants forment des jeunes: c’est 80%, voire 90%, que le canton souhaite atteindre.
De son côté, Neuchâtel songe à son administration cantonale, où la part des apprentis parmi les salariés n’est que de 1,8%. Le canton désire faire passer ce taux à 4%. L’enjeu pour les Neuchâtelois consiste aussi à diminuer la part de cursus en école professionnelle, au profit de la formation en entreprise.
Quant à Fribourg, il a trouvé en ses préfets une arme secrète. Ceux-là ont été désignés ambassadeurs de la relève et usent de leur réseau pour convaincre les entreprises. Le prestige de leur fonction permet de franchir le premier pas, après quoi l’office cantonal s’engouffre pour réaliser la création de postes.
Bien qu’elles démontrent une vraie prise en main, ces actions ne pourront pas résorber la pénurie chronique. Mais les jeunes sont de moins en moins démunis dans leurs recherches, notamment grâce aux plateformes d’informations (voir cidessous). D’ailleurs, certains domaines, comme l’industrie des machines, se plaignent de manquer de candidats.
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