Ce XIIIe Sommet de la francophonie, vingt-quatre ans après le premier organisé à Versailles en 1986, est un défi.
Pour Montreux d’abord. La Ville prouve qu’elle peut mettre sur pied un événement d’une telle ampleur en dix mois à peine, en offrant en prime à cette manifestation une image «festive et populaire», qui faisait cruellement défaut aux éditions précédentes.
Un défi pour le canton de Vaud, qui joue une belle carte internationale et a entraîné dans le sillage du sommet une kyrielle de manifestations annexes.
Pour la Suisse romande, minorité linguistique dans son propre Etat, qui doit affirmer sa fierté de parler français et se poser en leader de la délicate question des langues à Berne.
Pour la Suisse, qui trouve au sein de la grande famille francophone des alliés hors Union européenne et un réseau international précieux.
Ce sommet, branle-bas de combat bisannuel de la francophonie, est là pour prouver que la francophonie n’est pas un concept linguistique en voie de déliquescence, mais une réalité sociolinguistique mondiale, vaste, solidaire, motivée et dynamique.
Essentiel au moment de marquer le 40e anniver-saire de la Francophonie, à l’origine l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), créée en mars 1970 à Niamey, au Niger, dix ans précisément après la naissance de la première institution intergouvernementale francophone, la Conférence des ministres de l’Education.
Car, derrière la Francophonie, ses 200 millions de locuteurs du français et ses 870 millions d’habitants, il y a une armée.
L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) bien sûr, structure institutionnelle sophistiquée, grande plateforme de coopération multilatérale, mais aussi l’Agence universitaire de la francophonie, l’Association des maires francophones (qui tiennent d’ailleurs leur assemblée générale les 20 et 21 octobre à Lausanne), la grande Assemblée parlementaire de la Francophonie, où la Suisse envoie une dizaine de délégués, dont Alain Berset et Didier Berberat, qui préside l’importante Commission de l’éducation, de la communication et des affaires culturelles.
La francophonie dispose d’une panoplie d’armes: la communication et les médias avec TV5 Monde, l’un des trois plus grands réseaux de télévision de la planète, poste avancé de l’information mondiale en français.
L’encouragement à l’immigration francophone, avec l’exemple du Canada qui s’est donné depuis dix ans le but officiel d’augmenter sa proportion de francophones hors Québec et encourage le bilinguisme jusque dans ses régions les plus reculées.
Le rayonnement et l’ambition culturelle, avec la création en 2001 d’un prix littéraire des Cinq continents porté haut par le Prix Nobel J.-M. G. Le Clézio.
Des armes dans quel but? Non pour jouer le français contre l’anglais, comme on l’imagine, mais pour défendre le plurilinguisme et la diversité.
Il ne s’agit pas de battre l’anglais mais de convaincre la planète que parler, apprendre, diffuser plusieurs langues est préférable au fait de se cantonner à une seule, si pratique que cela puisse sembler au premier abord.
Chacun des pays membres de la Francophonie a ses raisons d’y appartenir ou de vouloir y appartenir – cinq demandes d’adhésion seront traitées à Montreux, dont celles du Monténégro comme pays membre et de la Bosnie-Herzégovine, de l’Estonie ou de la République dominicaine comme Etats observateurs.
Leur intérêt pour l’OIF est significatif. Le français n’est langue majoritaire qu’en France: le vrai combat de la francophonie est celui de la diversité en général et des langues contre une langue unique, qui équivaudrait à une pensée tout aussi unique, en particulier.
A lire également :
L'arme média : TV5 Monde
L'arme migratoire : l'exemple du Canada
L'arme culturelle : J.-M.G. Le Clézio
XIIIe Sommet de la francophonie. Montreux, du 20 au 24 octobre
Plus de 3000 délégués, 600 journalistes, 70 chefs d’Etat ou membres de gouvernements sont attendus à Montreux entre le 20 et le 24 octobre à l’invitation d’Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie.
Le programme : Conférence ministérielle de la francophonie, les 20 et 21. Sommet de la francophonie, les 22, 23 et 24. Accueil des délégations d’Etat, le 22. La séance de clôture publique aura lieu le 24, et débouchera sur une déclaration finale.
Trois grands thèmes traités : La gouvernance, relations internationales et Etat de droit; sécurité alimentaire, diversité biologique et changement climatique; la langue française et l’éducation dans un monde globalisé.
Pour le public : Village de la francophonie à Montreux. Diffusion, le 20 octobre à 20 h sur TSR1, d’une soirée en direct de Montreux, «40 tubes de chansons francophones pour 40 ans de Francophonie».
www.francophoniemontreux2010.ch
OIF Monde d'emploi
Organisation internationale de la francophonie
Mission :
- Promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique
- Promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’homme
- Appuyer l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche
- Développer la coopération au service du développement durable
Secrétaire général :
Le Sénégalais Abdou Diouf, élu en 2002, réélu en 2006. En tant que plus haut responsable de l’OIF, il conduit l’action politique de la Francophonie dont il est le porteparole et le représentant officiel
4 opérateurs spécialisés :
- Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
- Chaîne internationale de télévision TV5
- Association des maires francophones (AIMF)
- Université Senghor d’Alexandrie
En chiffres
La francophonie dans tous ses Etats

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