L’héroïne de Tardi s’essaie au cinéma. Contre toute attente, l’exercice est réussi.
Astérix, Lucky Luke, Blueberry, Iznogoud… Trop souvent les personnages de bandes dessinées perdent leur âme en accédant au grand écran. Quand les admirateurs d’Adèle Blanc-Sec apprirent que Luc Besson allait lui consacrer un film, ils ont saisi leurs escopettes: que le french nabab ne s’avise pas de transformer en quelconque Nikita l’héroïne grincheuse créée par Tardi.
On redoutait une horreur façon Vidocq, une démonstration bruyante des possibilités de l’image de synthèse. Mais Besson ne fait pas le mariolle. Il place comme Tardi la ligne d’horizon à hauteur des yeux et soigne les personnages. Certains, dont Dieuleveut, le président Fallières ou l’inspecteur Caponi, ressemblent étrangement aux dessins. Quant à Adèle, elle est plus jeune et moins maussade qu’on ne l’aimait, mais Louise Bourgoin lui prête une pétulance irrésistible.
Malaxant principalement Adèle et la bête et Momies en folie, le scénario propose une intrigue aussi rocambolesque que celles de Tardi. Avec, en bonus, un voyage dans l’Egypte des pharaons à la Indiana Jones, un drame familial moins convaincant et de jolies images de Paris en 1911 (les moulins à vent de Montmartre). Quelques gags puérils (guano de ptérodactyle) auraient pu être évités, mais l’humour sarcastique de Tardi est reconduit. Et, surtout, Besson n’a pas oublié de filmer Adèle au bain, ce moment intime dont l’érotisme troublait tant les adolescents dans les années 70. Merci pour eux.