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Les banques centrales assoient leur pouvoir

Par Patrick Oberli - Mis en ligne le 24.06.2009 à 14:52

Les établissements centraux prennent le pas sur les organes de régulation. En Suisse, Philipp Hildebrand, futur patron de la BNS, n’a pas hésité à briser les tabous en matière bancaire. Excellent dans l’immédiat, mais, à terme, un conflit d’intérêt n’est pas exclu.

Qui paie, commande! Et, en temps de crise, ce ne sont plus les banques commerciales, si internationales soientelles, mais les banques centrales. S’il y avait encore un doute, celui-ci s’est estompé entre les 17 et 19 juin 2009. Aux-Etats-Unis, Barack Obama a dévoilé sa réforme en matière de supervision financière, «la plus importante depuis la crise de 1929», selon le président américain. Un changement qui accroît les pouvoirs de la Banque centrale américaine (Fed). Quasi simultanément, les chefs d’Etat de l’Union, réunis en sommet à Bruxelles ont adopté la création de trois nouvelles structures de contrôle des banques, des assurances et des marchés. Surprise: celles-ci disposeront de pouvoirs contraignants, qui leur permettront, si nécessaire, de contredire les régulateurs nationaux. Une structure dans laquelle le président de la Banque centrale européenne (BCE) devrait jouer un rôle déterminant. Entre ces deux «serrages de boulons», Philipp Hildebrand a parlé vrai, le 17 juin au matin à Berne, pour esquisser les contours des banques suisses de demain. Pour se justifier, le vice-président de la Banque nationale suisse (BNS) a affirmé que les banques suisses, en particulier les deux grandes que sont UBS et CS, sont toujours fragiles et à la merci d’une dégradation de la conjoncture. Et que, en conséquence, la Suisse se devait d’agir rapidement pour limiter les risques de sombrer dans le sillage de géants trop lourds.
Trois exemples, mais un constat: les banques centrales ont réellement pris le pouvoir. Avec, en toile de fond, la stabilité financière des territoires dont elles ont la charge. Pour arriver à leurs fins, les interdits sont tombés. En dix minutes, l’homme fort de la BNS, futur président dès le 1er janvier 2010, a brisé des tabous qu’on pensait inviolables en Suisse. Non, les grandes banques n’ont plus le droit de grandir sur du vent. «La Banque nationale est d’avis qu’un niveau d’endettement de plus de 20% est imprudent et, de fait, non souhaitable dans les périodes favorables.» Cela signifie que les fonds propres devraient s’élever à 5% au moins du total du bilan. UBS et CS ont jusqu’en 2013 pour remplir cette condition. Une tâche ardue au regard des manques actuels (voir graphique) et des perspectives de dégradation de la qualité des crédits que la BNS entrevoit dans le sillage de la crise économique. L’opération passera également par une poursuite de la cure d’amaigrissement du bilan entamé avec la crise financière.

Rendre les faillites possibles. Si la thématique du renforcement des fonds propres et du niveau de liquidités des banques est admis par tous – même les banques qui, pourtant, il y a une année à peine avaient hurlé à l’évocation d’une telle contrainte –, Philipp Hildebrand a également laissé entendre que ces mesures pourraient ne pas être suffisantes. Et qu’il est urgent de résoudre un autre problème: celui de la faillite. «L’absence d’une procédure de liquidation clairement prédéfinie et coordonnée sur le plan international fait en sorte qu’une obligation de soutien de l’Etat existe de facto en faveur de ces établissements. (...) La problématique du To big to fail incite tendanciellement les banques à prendre des risques excessifs.» «C’est un point central de la problématique bancaire. L’ère de la casco complète pour les banques doit définitivement être révolue», confirme Manuel Ammann, professeur à l’Université de Saint-Gall et directeur du Finance and Banking Institut. Très important peut-être, mais excessivement compliqué: «C’est un projet à très long terme, car il implique une coopération internationale intense», continue le professeur, âgé de 39 ans. Un défi que Philipp Hildebrand entend cependant relever, tout en profitant de ses entrées au plus haut niveau des institutions financières internationales (lire L’Hebdo No 21 du 20 mai).

Protection intérieure. Prévoyant, le futur patron de la BNS ne misera pas tout sur cet unique cheval. D’ailleurs, il a déjà imaginé des solutions de rechange inhérentes à la structure même des banques, pour éviter que celles-ci ne soient globales dans leur vie et nationales dans leur mort: «Il faut pouvoir, en cas de crise, détacher d’un établissement des domaines importants pour le fonctionnement de l’économie et liquider les autres.» Autrement dit: protéger la Suisse d’un scénario islandais, qui a vu le pays s’effondrer en même temps que ses banques. Si cela ne suffit pas, Philipp Hildebrand n’exclut pas de s’immiscer dans la stratégie des groupes bancaires en agissant sur les fonds propres pour limiter leur taille. Et les avantages de la banque universelle, souvent brandis pour justifier une croissance sans fin? «L’évidence empirique incite à penser que la taille des grandes banques actives sur le plan international excède depuis longtemps celle qui est nécessaire pour profiter de ces avantages.» Clair, net et sans bavure. Et surtout, admis sans discuter par les principales concernées qui n’ont toujours pas réagi à ces futures contraintes.
On peut toutefois se demander si cette montée en puissance des banques centrales dans la surveillance du secteur bancaire est légitime. Pour Manuel Ammann, «dans la situation actuelle, cela ne fait aucun doute. Les régulateurs ont failli, alors que les banques centrales sont les principaux acteurs du sauvetage actuel. Il est normal que leur rôle s’accroisse.» Du côté de la BNS, on se défend de marcher sur les platebandes de la Finma, «à qui incombe la surveillance des banques prises individuellement». Toutefois, la structure particulière du secteur en Suisse, dominée par deux mammouths, implique que l’œil de la BNS descende jusque vers des cas précis.

Conflit d’intérêts. Reste à savoir si cet élargissement du champ d’action de la BNS sera toujours adéquat. En la matière, Manuel Ammann a des doutes: «Il y a des risques de conflits d’intérêts. La mission première de la BNS est d’assurer la stabilité monétaire. Pour l’instant, le contrôle des banques participe à celle-ci. Mais il n’est pas sûr que ces deux objectifs restent toujours alignés. Le point peut devenir critique.» Un exemple? «Imaginez qu’il existe une menace d’inflation nécessitant une hausse des taux d’intérêt et que, dans le même temps, pour soutenir les banques, un taux d’intérêt bas soit vital. Que fera la BNS?» Un dilemme que les «maîtres du pays» devront trancher avec doigté. Mais qui risque bien d’allumer une polémique politique profonde. Au fait, le monde politique, tout occupé à comploter dans la succession de Pascal Couchepin, est-il conscient de la problématique? Manuel Ammann: «Honnêtement, je ne sais pas si celui-ci a déjà réalisé le danger.»





Tags: Economie, finances, banques centrales, BNS,

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Réaction de Charles
le 25.06.2009 à 21:31
"Qui paie, commande! Et, en temps de crise, ce ne sont...
 



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