C’est une image qui étonne tous les visiteurs du Palais fédéral, quand elle ne les choque pas franchement. En pleine session parlementaire, la salle du Conseil national est souvent plus qu’à moitié vide. Mais que font donc les élus?
«JE N’AI PAS ENCORE DÉCIDÉ DE BRIGUER UN NOUVEAU MANDAT À BERNE L’AN PROCHAIN.» Daniel Brélaz, syndic de Lausanne et conseiller national
Depuis que le Conseil national a introduit le vote électronique, le monde entier peut savoir ce qu’ont voté le Valaisan Paul-André Roux, le Jurassien Dominique Baettig ou encore la Vaudoise Josiane Aubert sur la libéralisation du marché de la Poste. Il suffit de surfer sur le site «parlement.ch».
L’Hebdo en a profité pour mesurer l’assiduité des députés romands au travail. Car la liste de présence que tiennent les services du Parlement ne dit pas tout. Certains viennent la signer à 8 h 15 le matin, puis repartent peu après pour honorer d’autres rendez-vous.
Pour savoir quels sont les «cancres» qui s’égarent trop souvent à la buvette du Café Vallotton ou au restaurant de la Galerie des Alpes, nous avons passé à la loupe le travail des députés romands du Conseil national.
Nous avons calculé leur taux d’absence lors des sessions d’été et d’automne de la chambre basse 2010, soit sur un total de 555 votes.
Précisons qu’un tel décompte n’est pas possible pour les sénateurs, le Conseil des Etats n’étant pas équipé d’un système de vote électronique.
Soyons clair d’emblée: ce classement ne reflète pas la qualité ni l’influence d’un parlementaire. Littéralement écartelés par les sollicitations affluant de toutes parts, les deux présidents des partis gouvernementaux que sont Christian Levrat et Christophe Darbellay occupent, par exemple, des fonctions qui les attirent constamment hors de l’hémicycle.
Prévenus par un pager. Cette précision faite, ce classement reste instructif. Il témoigne tout de même d’un certain respect du mandat face à ses électeurs.
Lorsqu’un parlementaire qui a signé la feuille de présence rate plus de 20% des votes, il perd en crédibilité, ce d’autant plus que chaque député est équipé d’un «pager» l’avertissant d’une votation imminente, et que par souci d’efficacité les votes groupés sur plusieurs points de l’ordre du jour se sont multipliés.
Le voilà qui touche ses 400 francs de jetons de présence par jour, mais vaque à mille occupations visiblement plus importantes que le mandat pour lequel il a été élu.
Dans l’ensemble, les Romands sont de bons élèves. Seuls huit conseillers nationaux sur 52 ratent 20% ou plus de votes.
La situation est particulièrement problématique pour les deux Vaudois Claude Ruey (PLR) et Daniel Brélaz (Les Verts), «absents» lors de respectivement 37% et 30% des votes. Le président de l’association des caisses maladie Santésuisse donne rarement l’impression de suivre les débats en cours, toujours affairé qu’il est devant son ordinateur portable dans la salle des pas perdus.
Autocritique, il reconnaît être «suroccupé» par ses diverses fonctions qui l’absorbent à raison de 75 à 80 heures par semaine. «C’est vrai que je rate beaucoup de votes, mais rarement les plus importants, ceux qui sont serrés et nécessitent une majorité pour mon groupe.» Claude Ruey a tiré les conséquences de ses nombreuses casquettes. Il ne se représentera pas en 2011.
Voix verte manquante. Quant à Daniel Brélaz, dont la charge de travail tourne aussi autour des 80 heures hebdomadaires, il semble complètement dépassé par son double mandat de syndic de Lausanne (près de 60 heures) et de conseiller national (20 heures).
A Berne, personne ne comprend pourquoi le «géant vert» n’est plus que l’ombre de lui-même sous la Coupole fédérale, alors qu’il y a déjà siégé dix ans entre 1979 et 1989.
Son absence lors de plus de 30% des votes étonne. Il ne rate pas seulement des votes lorsqu’il est retenu à Lausanne, mais aussi parce qu’il reste affairé dans l’antichambre du Conseil national alors qu’il faudrait aller appuyer sur le bouton dans l’hémicycle.
Lors de la session d’été, Daniel Brélaz a certes été présent lors de la révision de la loi sur le CO2.
En revanche, durant la session d’automne, il a manqué plusieurs votes relatifs à des interventions touchant l’écologie, comme le mécanisme de plafonnement des immatriculations de 4x4, la Convention alpine, ou encore l’accès aux rives des lacs.
Il a aussi raté deux motions de l’UDC touchant à la libéralisation du marché de l’électricité.
Interpellé par L’Hebdo, il défend ardemment son double mandat. «Je suis presque toujours à Berne en session ou en commission, sauf le mercredi après-midi, lorsque se tient la réunion du Conseil municipal.
La Ville de Lausanne ne souffre donc pas de mon double mandat», affirme-t- il. Daniel Brélaz se justifie aussi par son réseau à travers l’Union des villes suisse et par un important travail en commission, mais c’est loin d’être confirmé par ceux qui l’y côtoient. «ll ne prend quasiment jamais la parole», témoigne un député.
Sauf tremblement de terre, son plan est le suivant: se représenter à la syndicature en mars prochain et au Conseil national en octobre 2011, puis lâcher Lausanne en 2013 pour se consacrer à son mandat à Berne.
Mais il n’est plus si sûr que les électeurs lui en laissent le loisir. Un brin déstabilisé par les critiques qui fusent à son endroit, Daniel Brélaz lâche: «Je n’ai pas encore décidé de briguer un nouveau mandat à Berne l’an prochain.»
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