Les Etats-Unis sont malades. Au cours des années Bush, ils ont dû faire face à des attentats terroristes, une guerre interminable, des ouragans dévastateurs et une crise économique sans précédent. Avec le plan de sauvetage massif des banques, la dette publique américaine va dépasser les 10000 milliards de dollars en 2009, soit plus des 70% du PIB. Affaiblie, la première puissance mondiale doit trouver les solutions pour redorer le blason étoilé et rétablir la confiance des citoyens en leur propre nation. Résumé de ses priorités.
01 Sortir de la récession au plus vite. Tous les jours, depuis juillet 2008, quelque 2700 Américains voient leur logement saisi, faute de pouvoir faire face aux mensualités de leur crédit hypothécaire. Près d’un quart des propriétaires ayant souscrit un prêt immobilier doivent rembourser davantage que la valeur de leur logement. C’est cela, dans la réalité quotidienne, la crise des subprimes. Fragilisées, les banques rendent l’accès au crédit toujours plus difficile. Du coup, les entreprises doivent réduire leurs activités, donc leurs effectifs. Le taux de chômage, actuellement de 6,1%, devrait grimper jusqu’à 7,5% au printemps 2009, selon un économiste de BNP Paribas à New York. Comment sortir de cet engrenage?
Une certitude: les 700 milliards de dollars financés par le Trésor et destinés à débarrasser les banques de leurs actifs toxiques agissent comme un ballon d’oxygène administré à un grand malade. Il évite le pire sans pour autant garantir la guérison. Dans ce contexte, l’idée d’un New Deal, à l’image de celui mis en œuvre par Franklin Roosevelt entre 1933 et 1938 pour sortir de la grande dépression, refait surface. Il s’agissait alors de soutenir les couches les plus déshéritées de la population, de réformer les marchés financiers et de dynamiser l’économie américaine. «Les pratiques de marchands du temple sans scrupules se trouvent incriminées devant le tribunal de l’opinion publique», dénonçait le président dans son discours du 4 mars 1933. Un joli programme dont pourrait en partie s’inspirer le nouveau locataire de la Maison-Blanche. 02 Combattre les inégalités sociales. L’eldorado américain n’est plus ce qu’il était. Selon un rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) datant d’octobre 2008, les années Bush ont vu s’accentuer fortement l’écart entre les ménages les plus riches et les plus pauvres. La classe moyenne, victime de la crise des subprimes et de l’inflation, a elle aussi de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Une situation que le futur président devra tenter de résoudre, avec, en première ligne, la réforme du système de santé. Medicare et Medicaid, mis en place dans les années 60, permettent aux plus pauvres et aux plus âgés de bénéficier gratuitement de soins médicaux. Les autres sont contraints de prendre une assurance privée. Mais, pour des raisons de coûts, 17% de la population des Etats-Unis y a renoncé. Aujourd’hui, 46 millions d’Américains n’ont aucune couverture sociale. Hillary Clinton avait tenté, en vain, de s’atteler au problème pendant la présidence de son mari. Cette fois, le futur président devra s’emparer du dossier et trouver les moyens de créer une assurance maladie universelle en commençant peut-être par le plus consensuel, à savoir la gratuité des soins pour tous les enfants.
Mais dans un contexte de crise économique, difficile de trouver les moyens nécessaires à l’élaboration d’un projet de cette envergure. Cela pourrait passer par une redistribution des richesses, en annulant par exemple les avantages fiscaux que George W. Bush a accordés aux plus fortunés (aux revenus supérieurs à 250 000 dollars par an). Leur taux d’imposition pourrait donc augmenter de 36% à 39,5%, pour revenir à son niveau de l’an 2000. Dans tous les cas, le nouveau président devra jouer sur la fiscalité pour permettre aux classes moyennes de continuer à consommer malgré l’augmentation des prix. Sous peine de voir le nombre de pauvres devenir alarmant.
03 Réduire la dépendance énergétique du pays. Ne plus importer de pétrole du Venezuela et des pays du Moyen-Orient d’ici à dix ans, c’était l’objectif déclaré des candidats Barack Obama et John McCain, au diapason sur ce thème. Pour y arriver, il faut passer par la levée du moratoire sur le développement de l’exploitation pétrolière au large des côtes américaines, la relance du nucléaire et le soutien de la production de charbon. Quant aux énergies renouvelables, elles feront sans doute l’objet d’investissements massifs (150 milliards de dollars) financés par une fiscalité portant sur les émissions de carbone ou frappant les compagnies pétrolières.
Modèle à suivre, la Californie a toujours été pionnière en matière de protection de l’environnement. Désengagés du Protocole de Kyoto depuis mars 2001, les Etats-Unis chercheront cependant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre à l’échelle fédérale. Plusieurs Etats, municipalités et entreprises ont d’ailleurs mis en œuvre de très nombreuses initiatives dans ce sens, en dépit des réserves de l’administration Bush.
04 Redorer l’image du pays. Fini le temps où les GI partaient fièrement au combat. La «doctrine Bush», qui prône la guerre préventive et le maintien de la suprématie militaire dans le monde, a discrédité le pays sur la scène internationale. Cinq ans de guerre en Irak ont sali le blason des Etats-Unis, fait 4189 morts et plus de 30000 blessés dans les rangs américains; de 90000 à 500000 victimes chez les civils irakiens. Le conflit mobilise 170000 hommes, et a coûté 570 milliards de dollars aux contribuables, qui sont désormais majoritairement opposés à la poursuite de cette guerre. Si un retrait total des troupes est quasiment impossible à envisager, le prochain président devra planifier un désengagement progressif des Etats-Unis. Et ce n’est pas le seul défi en matière de politique étrangère. En Afghanistan, les talibans gagnent du terrain, et le pays est gangrené par la culture du pavot. A partir du mois de janvier, le nouveau président pourrait envisager de soutenir plus massivement le régime de Hamid Karzaï, en y envoyant plus de soldats. Le général David Petraeus, récemment nommé à la tête du «commandement central» du Pentagone, sera l’acteur principal de ce réengagement.
Autre épine dans le pied des Etats-Unis: le camp de Guantanamo (Cuba), déclaré illégal par la Cour suprême américaine et connu pour ses conditions de détention dégradantes. A son ouverture, en 2001, 750 personnes y étaient enfermées. Aujourd’hui, il n’y en a plus que 275. Le prochain président continuera probablement dans ce sens. Durant son mandat, il devra aussi traiter la question du nucléaire iranien, relancer les accords de paix entre Israël et la Palestine et pacifier ses rapports avec la Russie, tout en soutenant la Géorgie et l’Ukraine. Pour cela, il aura besoin de l’aide de la communauté internationale, l’Union européenne en tête. D’où le besoin d’adopter une stratégie diplomatique basée sur le multilatéralisme.
05 Maîtriser l’immigration illégale. Le mur n’est pas réservé à Israël qui pense ainsi pouvoir se protéger des «terroristes palestiniens». Les Etats-Unis ont aussi le leur (1125 km), le long de la frontière mexicaine, contre les Mexicains «illégaux». L’immigration clandestine est pour toute l’administration américaine un véritable casse-tête. On estime entre 11 et 12 millions le nombre d’immigrés sans-papiers qui vivent et travaillent aux Etats-Unis. Cela représente environ un travailleur sur 20. Les 3200 kilomètres de frontière américano-mexicaine constituent la principale voie d’accès de l’immigration clandestine.
En 2007, la patrouille des frontières a arrêté 880000 personnes qui tentaient de passer en fraude aux Etats-Unis. La plupart d’entre elles provenaient du Mexique et d’Amérique centrale. Quelque 18300 gardes sont déployés le long des frontières avec le Mexique et le Canada. C’est deux fois plus qu’en 2001 quand George Bush a entamé son premier mandat. Quelle que soit l’efficacité d’un mur, ce dernier ne réglera rien. Reste à trouver un statut de citoyenneté à tous les sans-papiers actifs sur le sol américain.
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