Les chercheurs, ces drôles de bêtes
Zoologie. Dans un essai aussi irrévérencieux que plein d’humour, Edouard Launet relate des découvertes scientifiques récentes sur la vie des animaux.
Drôle de zoo. On y croise des éléphants ivres, qui se «pètent la tronche à la prune d’Afrique». Des ornithorynques qui, ne se contentant pas d’être très vilains avec leur bec de canard et leur queue de castor, piquent et provoquent des douleurs dévastatrices. Des iguanes atteints de priapisme et des coléoptères qui ont adopté une méthode de «drague par inondation». Autant dire que l’on ne s’ennuie pas en suivant les pérégrinations d’Edouard Launet lorsqu’il nous entraîne Au fond du zoo à droite. Depuis son premier livre, Au fond du labo à gauche, cet ancien ingénieur, aujourd’hui journaliste à Libération, nous avait déjà habitués à «regarder la science par le petit bout de la lorgnette». Poursuivant sa plongée dans la «science champagne», il a décidé cette fois de s’immerger dans les revues spécialisées de zoologie. Cela nous vaut des chroniques pétillantes aux bulles truculentes. On apprendra ainsi que M. Mante religieuse, dont on sait qu’il se fait dévorer par Madame après la copulation et parfois même pendant, n’est pas consentant. Bien au contraire, il fait tout pour échapper à son triste sort, en choisissant des femelles déjà repues (de nourriture et non de sexe). Pour le plus grand soulagement de l’auteur qui constate que «la lecture de cet article provoque chez le lecteur mâle un singulier soulagement, accompagné tout de même d’une chute drastique de la libido». On n’obtiendra pas – hélas ! – de réponse à cette question existentielle: pourquoi les zèbres ont-ils des rayures? On pourra toutefois méditer sur quelques hypothèses: ce serait un moyen de se reconnaître entre eux, d’échapper aux piqûres des mouches tsé-tsé ou encore de réguler leur température.
Chute de chats. Du libre arbitre des mouches à l’hypertension des girafes, en passant par la chasse au mille-pattes ayant le plus grand nombre de pattes, rien ne résiste à la curiosité des zoologistes. Lesquels, sous la plume d’Edouard Launet, se révèlent être parfois – eux aussi – de drôles de zèbres. Certains chercheurs n’hésitent pas à précipiter des chats du haut du quatrième étage à la seule fin d’étudier le «high-rise syndrome» – selon le terme utilisé dans la littérature spécialisée pour désigner les chutes d’animaux depuis des immeubles. D’autres soumettent de vieilles blattes à des exercices de gymnastique, tels que la marche forcée sur minitapis roulant ou démarrage à froid en situation d’urgence. D’autres encore passent leurs journées à découper des scarabées avec des ciseaux pour mesurer leur dureté et savoir si les chauves-souris les préfèrent durs ou mous. Tout cela pour découvrir que «au moment du repas, la chauve-souris croquait un peu tout ce qui se présentait, du moment que ça lui tenait en bouche». Conscient que son livre est «de toute manière destiné, in fine, à alimenter les larves de divers insectes papivores, auxquels nous souhaitons par avance bon appétit», Edouard Launet n’a d’autre prétention que de distraire ses lecteurs. Il le fait dans la légèreté, avec ce champagne à déguster à petites gorgées, et sans modération.
Au fond du zoo à droite. D’Edouard Launet, Seuil. 173p.
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