Gianluca Di Feo, L'Espresso
Giulio Tremonti et ses alliés de la Ligue du Nord n’ont jamais fait grandchose pour attirer sur l’Italie la bienveillance de Pékin. Au contraire, ils sont affectés par le syndrome chinois. Tremonti se fiche de la Camorra napolitaine mais, après avoir lu Gomorra, il a été bouleversé par l’histoire de l’invasion chinoise à Naples. Lors de son unique rencontre avec Robert Saviano, il ne s’est inquiété que de la multitude de conteneurs made in China qui débarquaient en narguant la douane napolitaine.
Il ordonna alors à la Guardia di Finanza de reconquérir le port de Naples, de balayer les têtes de pont des marchandises venues de la mer Jaune. Priorité maximale aussi aux contrôles sur les ateliers qui fabriquent des copies de sacs, lunettes ou vêtements griffés et alimentent les étals clandestins.
C’est peut-être pure coïncidence si la première grande opération conduite en Italie contre la filière des contrefaçons fut dirigée, il y a quinze ans, par Marco Milanese, l’officier de la Garde des finances qui allait devenir le bras droit de Giulio Tremonti – avant d’être accusé de corruption.
Contingents. En 2006, dans un discours anticommuniste enflammé à l’occasion d’une réunion électorale, Silvio Berlusconi assurait que les Chinois dévoraient des «enfants bouillis». Et Tremonti, alors vice-premier ministre, résumait: «Le vrai problème avec la Chine est qu’ils nous bouffent tout crus. J’insiste: il faut des contingents et des droits de douane.
Ce qui est fou, c’est que les marchandises italiennes à des tination de la Chine paient des droits de douane, alors que l’inverse ne se produit pas.» Une vision souvent teintée d’accents apocalyptiques, comme dans l’introduction de son dernier essai, La paura e la speranza: «Quand ilse produit d’importants tournants dans l’histoire, nous sommes presque toujours confrontés à l’imprévisible, à l’irrationnel, à l’obscur, au violent, rarement au bien. On a vu par le passé que le monde pouvait être gouverné par des démons.»
Il y a deux ans, quand la crise a commencé à sucer la sève des entreprises les plus fragiles, la préoccupation du ministre fut d’élever une grande muraille contre l’irruption des capitaux asiatiques. Des Chinois avaient depuis longtemps identifié de petites sociétés actives dans les technologies avancées: l’idéal pour réaliser le saut qualitatif auquel aspire le colosse oriental.
De petites boîtes qui s’occupent aussi de systèmes à double usage, à des fins aussi bien civiles que militaires. Depuis près de vingt ans, un réseau souterrain a vu émerger dans les rangs de l’Armée populaire des clones de missiles testés en Sardaigne et de radars conçus à Milan.
Il suffit parfois d’un amortisseur produit par un modeste atelier de Gallarate ou d’un roulement à billes fabriqué à Pordenone pour résoudre des problèmes insurmontables pour des ingénieurs de Shanghai et faire décoller un nouvel hélicoptère de combat. C’est pourquoi Tremonti a porté sur les fonts baptismaux un nouveau département des services secrets chargé du renseignement économique.
Un secteur tout neuf du contreespionnage italien, formé d’anciens agents expérimentés de la Guardia di Finanza et chargé de contrôler l’hémorragie de technologies à double usage. Avec les Chinois dans le rôle des surveillés. Mais, qui sait, si Pékin devait désormais devenir le sauveur de la dette publique italienne, il faudrait revoir cette mesure. Ou s’inventer un nouvel ennemi.
TRADUCTION ET ADAPTATION GIAN POZZY
Tags: Chine, Giulio Tremonti,
|