C’est clair, la décision du Conseil fédéral de sortir du nucléaire en 2034 et celle du Gouvernement allemand de fermer la dernière centrale du pays en 2022 sont cruciales. Historiques. On peut ironiser sur la rapidité des autorités bernoises et berlinoises, parler même de précipitation et parier sur le retour, bientôt, au principe de réalité. On peut souligner que la Suisse et l’Allemagne jouent, pour l’heure, en duo et que les autres pays européens, à quelques exceptions près, ont tendance à temporiser. Le changement de cap est amorcé.
Pourquoi alors ce frisson d’appréhension? Et ce mélange d’ivresse et d’inquiétude? De fait, les défis lancés aux scientifiques, à l’intelligence des politiques et aux entrepreneurs sont immenses. Mais ils vont de pair avec des obstacles (et d’indispensables changements d’habitudes) qui ne le sont pas moins. Nous entrons dans des mers encore inexplorées.
L’alarmisme apocalyptique de certains barons de l’électricité? Il ne faut toutefois pas leur accorder beaucoup de crédit. Voilà une caste qui, après plusieurs décennies de profits faciles, voit son monde s’écrouler, son modèle d’affaires dynamité, sa religion blasphémée.
Ecoutons plutôt le patron de Siemens, l’un des plus gros constructeurs de centrales du monde, qui vient d’annoncer que son groupe, lui aussi, allait sortir du nucléaire. Pour ce capitaine de l’industrie allemande, l’avenir est ailleurs. Dans les technologies de l’environnement, dans les énergies renouvelables. La raison économique vient à l’appui de la politique.
Bien sûr, on ne trouvera pas d’emblée en quantités suffisantes les ingénieurs et les techniciens spécialistes de la géothermie, du solaire, de l’isolation des bâtiments et de la gestion des réseaux électriques – c’est bien beau de déclarer que les cleantechs sont créatrices d’emplois, encore faut-il disposer des personnes qualifiées pour les occuper. C’est pourquoi un effort de formation massif s’impose.
Pour dessiner l’avenir, on peut aussi s’inspirer des grandes villes suisses comme Zurich, Bâle et, surtout, Genève, où la sortie de l’atome est déjà en partie réalité. Grâce à leur stratégie d’économie, les Services industriels genevois (SIG) peuvent d’ailleurs se targuer d’avoir bridé l’augmentation de la consommation cantonale en électricité. Soit 1,5% en 2010 contre 4% en moyenne dans l’ensemble du pays. L’énergie économisée n’est plus à produire.
Mais le canton se profile surtout comme l’acteur le plus important de l’éolien. Il prévoit d’investir quelque 200 millions de francs sur six ans dans une trentaine de projets en Suisse. Un modèle à suivre? Il suffit en tout cas de parler au très pragmatique André Hurter, patron des SIG, pour comprendre que le scénario du Conseil fédéral n’a rien d’irréaliste. Bien au contraire, on peut se montrer plus ambitieux encore (lire l’article de Michel Guillaume en page 26).
Et aux jeunes qui, de Genève à Saint-Gall, s’interrogent sur leur carrière à venir, on peut affirmer, malgré les incertitudes, qu’il y aura, dans ces secteurs, une multitude de nouveaux métiers prometteurs. Nous les appellerons les cols verts.
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