En tant que bassin de vie, l’«agglo» est une évidence. Mais, du point de vue institutionnel, elle doit gagner en cohérence. Il faut apprendre à la piloter. Alors que des chantiers majeurs vont bientôt entrer dans leur phase de réalisation, la question de la gouvernance est dans tous les esprits. Avec le risque que les disputes de clocher s’exacerbent à nouveau.
Il y a trois ans déjà, Daniel Brélaz, syndic de Lausanne, a proposé de créer une instance supracommunale. Mais la plupart des autres syndics du Palm ont craint pour leur petit pré carré et ont rejeté cette réforme. Le canton n’a eu d’autre choix que de s’ériger en pilote: «Cela a été une bonne chose», souligne Ariane Widmer, cheffe de projet du Schéma directeur de l’Ouest lausannois (SDOL).
Mais l’autorité cantonale ne peut se substituer indéfiniment aux communes. Qui devront s’entendre sur le mode de gouvernance de l’agglomération. La tâche est épineuse et explosive. Pour la mener à bien, il faudra au moins une législature, voire sans doute deux. Soit une dizaine d’années. D’ici là, le rôle du président du Palm pourrait gagner en visibilité. Car, pour susciter de la ferveur autour de ses projets, l’«agglo» aura besoin qu’ils soient incarnés par une personnalité, voire quelques-unes. Le libéral-radical Gustave Muheim est l’actuel président du Palm. Mais la position périphérique et le faible poids de la commune dont il est le syndic, Belmont, ne le prédestinent pas à un rôle de locomotive.
Si le syndic de Lausanne parvient à faire passer dans sa commune le plan Métamorphose et s’il est réélu en 2011, il exercera une influence prédominante. Dès lors, il pourrait paraître logique qu’il prenne la tête d’une instance d’agglomération. Mais un trop grand poids de la Ville de Lausanne pourrait compliquer les relations avec les cinq autres ensembles régionaux qui composent l’agglomération.
Femmes de fer. Déjà présidente du Schéma directeur de l’Ouest lausannois, la popiste Marianne Huguenin, syndique de Renens, est l’autre grande figure de l’agglomération. L’Ouest qu’elle a su fédérer offre le plus grand potentiel de croissance et de transformation sur le plan de l’«agglo». Majeur par sa force structurante en termes d’urbanisme, le chantier de la 4e voie ferroviaire entre les gares de Lausanne et de Renens est d’ailleurs déjà ouvert. La syndique de Renens est donc en mesure de faire contrepoids au syndic de Lausanne. Ce rapport de force faciliterait peut-être le règlement de certaines divergences, comme à propos de l’avenir du centre de foires et de congrès du Palais de Beaulieu et des contributions financières que la ville centre escompte du reste de l’agglomération, par exemple.
Encore plus à l’ouest, une autre femme pourrait gagner en influence. Syndique de Morges depuis avril 2008, la socialiste Nuria Gorrite le reconnaît elle-même: «Je débarque dans le Palm». Mais le pas est fait. Après s’en être sentie éloignée, la région morgienne se ressent comme constitutive de cet espace urbain. Evidemment, la syndique de Renens n’a pas exactement le même point de vue sur l’«agglo» que les autorités lausannoises, comme le laisse entendre sa récente volonté d’accueillir le futur Musée cantonal des beaux-arts. «Tout ne peut être concentré dans la commune centre», argumente Nuria Gorrite. Qui tend à démontrer ainsi qu’elle a l’étoffe nécessaire pour faire valoir une forte réflexion d’agglomération. L’avenir du Palm est à l’Ouest, et il se décline au féminin.
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