1 La Suisse n’a pas de vraie politique étrangère
«Ce n’est pas la Suisse qui a obtenu la libération de Göldi, mais plutôt l’Union européenne», explique le conseiller national socialiste zurichois, Andreas Gross. Il apparaît aujourd’hui que, sans les appuis allemand, espagnol et italien (lire en page 18) notamment, la Suisse n’en serait pas là. Au départ, la crise vient aussi du respect du fédéralisme: à la mi-juillet 2008, le canton de Genève informe Berne qu’il va être procédé à l’arrestation du fils du colonel Kadhafi, suspecté, avec sa femme, de maltraiter ses domestiques. La Mission suisse confirme que Hannibal ne bénéficie pas de protection diplomatique, se contentant d’émettre un avis concernant les «précautions» à prendre en raison des «répercussions politiques». On s’interroge, au Palais fédéral, sur la méthode, pas sur l’opportunité de l’intervention elle-même: la politique étrangère est absente du débat.
Après l’arrestation du couple, les réactions sont même favorables. L’idée de traiter Kadhafi junior, qui n’a pas la réputation d’un petit chanteur à la croix de bois, comme un «citoyen ordinaire», passe bien et il n’y a, dans les premières heures, guère que le conseiller national UDC genevois Yves Nidegger (qui, depuis, passe son temps à le rappeler) pour dire que les autorités cantonales ont mal agi. Le 17 juillet, les Kadhafi sont libérés sous caution (500 000 francs), et quittent Genève.
Patatras: deux jours plus tard, Rachid Hamdani et Max Göldi sont faits prisonniers par les Libyens. Micheline Calmy-Rey pense régler seule l’affaire en quelques heures. Mais tout s’enlise durant des mois, dans une totale indifférence internationale.
Hans-Rudolf Merz réagit à son tour non pas en termes politiques, mais comme petit télégraphiste des milieux économiques. Sans prévenir personne, il s’essaie au numéro solo à Tripoli. Triple échec: des excuses pour rien, l’avion du Conseil fédéral qui traîne trois jours sur le tarmac local avant de revenir sans les otages et, enfin, la démonstration de l’incurie de la communication entre membres du gouvernement. A ce stade, ce n’est même plus de la politique étrangère, juste un épisode des Pieds Nickelés dans le sable.
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