L'Hebdo;
2008-07-03 Opinion Les dangers de l’été La chronique de Jacques Pilet
L’été commence si bien. Une grande fête s’achève, d’autres, plus familières, se préparent au jardin et à la plage... On en oublie même le prix de l’essence. Mais pour rester serein, il s’agit de ne pas mettre le nez dans le dédale des dépêches internationales. Surtout ne pas les mettre en relation les unes avec les autres, parce que là, les plus optimistes trouvent des raisons d’avoir peur. L’été de tous les dangers?
La déclaration d’un conseiller de John McCain, Charlie Black, est révélatrice. Le maladroit a lâché dans une interview qu’«une attaque terroriste renforcerait considérablement la position du candidat républicain». En clair: pour relancer la campagne, un choc émotionnel serait bienvenu afin de pousser les Américains vers une figure paternelle et héroïque.
Mais il y aurait un autre moyen d’y parvenir: une opération militaire. Frapper l’Iran. Ou appuyer Israël dans une mission contre les installations nucléaires des mollahs.
Le New York Times a révélé que, au début de juin, une centaine de chasseurs, d’hélicoptères et d’avions ravitailleurs israéliens ont mené un exercice en Crète («Glorious Spartan 08») qui ressemblait fort à une attaque des cibles potentielles d’Iran, situées à une distance comparable.
Depuis lors, c’est l’effervescence. George W. Bush paraît approuver le projet, en tout cas il dit «comprendre la nervosité des Israéliens». Les faucons relèvent la tête: ils estiment qu’il convient de frapper plutôt que de poursuivre les négociations. L’ex-chef du Mossad, Shavtai Shavit, confie au Sunday Telegraph que «Israël a un an pour détruire l’armement nucléaire iranien».
A Téhéran, les durs de durs s’échauffent aussi: ils annoncent qu’en tel cas, ils lanceront des missiles sur Israël et bloqueront le détroit d’Ormuz où transitent 40% du pétrole consommé dans le monde. Du coup, le commandant de la 5e Flotte américaine à Bahrein déclare que tout sera fait pour garder ouverte cette voie maritime au nom des intérêts des Etats-Unis. L’engrenage est dessiné.
Ce qui commence d’inquiéter les Américains les plus avertis. James Dobbins, directeur de l’International Security and Defense Policy Center, estime dans le Herald Tribune qu’«il est absurde de répéter et répéter encore les mêmes actes en attendant des conséquences différentes». Autrement dit, la leçon de l’Irak n’a pas été tirée. Cet ancien assistant de Secrétariat d’Etat rappelle posément que toute cette excitation autour de l’arme nucléaire en Iran n’a pas de fondements. Après tout, se souvient-il, pendant la guerre froide, les Etats-Unis n’ont pas bombardé l’URSS ou la Chine qui armaient pourtant le Vietnam du Nord en guerre contre eux. Penser qu’un raid contre l’Iran est une affaire comparable à l’invasion de Grenade ou du Panama est une aberration.
Les Européens ont autant de raisons de s’alarmer. La cascade des effets que pourrait entraîner une telle offensive est imprévisible. Mais il y a au moins un risque évident: le prix du pétrole s’emballerait follement. Deux cents, trois cents dollars le baril? Une vraie pénurie généralisée? A vos paris, à vos gamberges...
Qui peut empêcher ce dérapage fou? En Israël, la cause paraît entendue. Tsahal veut en découdre sans tarder. Le seul homme qui peut dire non s’appelle George W. Bush. Mais pour lui, la tentation est grande de se poser une fois encore en ami indéfectible de l’Etat juif, en justicier du monde. En prime, il met-trait ainsi dans l’embarras le candidat démocrate qui prône certes la fermeté avec Téhéran, mais dans la négociation.
Les Européens? Empêtrés dans leurs problèmes internes, ils paraissent de peu de poids. Nicolas Sarkozy dit «l’Américain» est capable de suivre le mouvement. Ce n’est pas le successeur affaibli de Blair qui bronchera. Seule Angela Merkel tentera d’exprimer avec force son désaccord: elle ne manquera pas de le faire lors de la prochaine visite de Barack Obama en Allemagne. Celui-ci se rendra aussi en Israël et en Jordanie. Mais on ne voit guère comment il pourrait déminer le chemin qui doit le conduire à la Maison-Blanche.
L’axe Washington-Jérusalem n’a pas fini de menacer la paix du monde. Au moins autant que les sinistres mollahs de Téhéran.v
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