LA CHRONIQUE DE JACQUES PILET
Les démons s’agitent à l’Est

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 26.07.2012 à 11:03

Le maelstrom monétaire cache d’autres fièvres européennes. Qui passent inaperçues dans l’indifférence estivale. La démocratie, ce fondement de l’UE, est bousculée dans plusieurs pays.La Roumanie vient de connaître un putsch institutionnel. Son président a été destitué par diverses manœuvres d’un premier ministre, Victor Ponta, qui tente d’éliminer ou de détourner tous les contre-pouvoirs. Ce quadragénaire aux dents longues est proche d’un ex-dirigeant du pays, Adrian Nastase, condamné en juin à deux ans de prison ferme pour corruption. Il a plagié sa thèse, exhibé des diplômes bidon, mais en virtuose de la triche, il se fiche pas mal de ces accusations. Son parti «socialiste» jouit de la protection d’un milliardaire, Dan Voiculescu, ex-ministre communiste enrichi à la chute du système, propriétaire de plusieurs journaux et télévisions. Les «putschistes» ont le vent en poupe: les coupes budgétaires imposées par le président Basescu lui valent une ravageuse impopularité.

L’Union européenne s’est fâchée. La commission a des mots très durs à l’égard de Ponta et des siens. Elle dénonce «le caractère systématique» de plusieurs atteintes au droit et à l’indépendance de la justice. Pire: ces dérives, dit-elle, jettent le doute sur «la compréhension même» par le gouvernement de «ce que signifie un Etat de droit dans un système démocratique pluraliste».A l’ouest, les rares Européens intéressés par le sujet répètent que, décidément, on a admis «trop vite» les pays de l’Est dans l’Union. Un peu court. Si la Roumanie et la Bulgarie étaient restées à l’écart, elles pataugeraient plus encore dans le marasme politique et la corruption mafieuse. Les règles qui leur ont été imposées sont trop souvent violées mais au moins elles existent. Elles permettent aux démocrates de s’appuyer sur elles, d’en appeler au soutien européen. Prochain test: le 29 juillet, un référendum devrait confirmer la destitution du président. A condition que les Roumains, désabusés, aillent voter: l’UE a exigé que la participation soit d’au moins 50% pour que le scrutin soit validé.Sombre tableau. La Bulgarie reste taraudée par la criminalité organisée: la justice y est corrompue jusqu’à l’os et le pouvoir placé entre les mains d’un personnage douteux, Boïko Borissov, ex-garde du corps du dictateur communiste Jivkov. 

Ajoutez à cela la Hongrie, hier encore si sage, aujourd’hui enflammée par le nationalisme. On y honore des écrivains pronazis. Des cimetières juifs sont profanés. Le pouvoir du parti de Victor Orban s’étend jour après jour dans toutes les institutions. Là aussi, seules les pressions de Bruxelles limitent les dégâts. Les clameurs chauvines éclipsent l’état lamentable de l’économie: Budapest réclame une aide de 15 milliards d’euros (la Hongrie emprunte à des taux de plus de 7%!). Cela n’empêche pas le gouvernement d’appliquer un modeste impôt unique de 16% quel que soit le revenu. Les riches rigolent. Les envoyés du FMI et de l’UE s’arrachent les cheveux.Si l’on songe qu’aux portes de l’Union, la Serbie vient d’élire un président nationaliste, allié aux ex-amis du sinistre Milosevic, on se dit que la sortie du communisme – et de la tradition balkanique – est diablement plus hasardeuse que nous ne l’avions cru.Et tout près de là, la Grèce. Son cauchemar économique fait les gros titres. Mais la gangrène politique progresse dans l’ombre. L’«Aube dorée», extrême droite néonazie, xénophobe et antisémite, siège au Parlement. Et tient le haut du pavé dans la ville. Les nazillons cassent la gueule des émigrés. Attisent la haine de l’Europe. Entretiennent l’illusion des Grecs: tout est de la faute des autres.Les Suisses? Ils se frottent le ventre en se félicitant de ne pas être membres de l’Union. Comme si les soubresauts du voisinage ne devaient jamais avoir aucune retombée sur eux. Ils pourraient cependant mettre un bref instant entre parenthèses leurs certitudes, retenir leurs réflexes antieuropéens. Et constater enfin que face aux menées antidémocratiques, le seul barrage possible, aussi insuffisant soit-il, c’est la construction communautaire qui pose le principe du droit. Martelé sans relâche. Petite question pour finir: qui, Ueli Maurer mis à part, peut penser que si l’Union européenne n’existait pas, la carte du continent serait plus rassurante ?

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