 |
Vancouver version gore
Signé Elise Fontenaille, «Les disparues de Vancouver» raconte comment un tueur en série a œuvré vingt ans sans problème dans les bas-fonds de la ville des Jeux olympiques.
En 2002, les habitants de Port Coquitlam, dans la banlieue de Vancouver, découvrent que, depuis des années, ils mangent de la chair humaine mélangée à la viande de porc qu’ils achètent chez leur boucher, un fermier appelé Robert Pickton. Nausée, horreur. C’est que dans la cour de la maison du triste sire, on vient de découvrir les ossements de dizaines de jeunes femmes portées disparues depuis un, cinq ou quinze ans.
C’est le début d’un procès long et pénible, qui débouche en 2007 sur une condamnation de Pickton à 25 ans de prison pour une première série de meurtres, alors qu’un second procès est prévu dans les mois à venir. C’est la fin d’un scandale policier sans précédent, puisque durant deux décennies, ces jeunes femmes ont disparu du quartier de Downtown Eastside, des amis, des familles ayant signalé leur disparition sans que l’administration ne réagisse. Normal: ces femmes étaient prostituées ou junkies issues des réserves amérindiennes autour de la métropole.
Elise Fontenaille, écrivain et ethnologue qui travaillait au consulat de France à Vancouver dans les années 80, se prend en pleine figure l’arrestation de Pickton. Elle décide de raconter le destin de l’une de ces disparues, Sarah de Vries, dont seule l’opiniâtreté de sa sœur et d’un ami qui monte un site internet fera enfin prendre au sérieux la piste du tueur en série.
Placé sous le signe de Grisélidis Réal (Toutes les putains devraient avoir des funérailles de reine), Les disparues de Vancouver est le récit condensé, nerveux, brut et empathique d’une disparition et des ondes de choc provoquée par elle. Jamais graveleux, retenu mais terrifiant, réaliste mais impeccablement stylé, son livre est un tombeau pour Sarah de Vries et les 69 autres disparues de Vancouver.
Quant à la Municipalité, elle a avant les Jeux olympiques envoyé des spécialistes pour apprendre aux filles de Downtown Eastside à communiquer avec les journalistes qui s’intéresseraient plus à Pickton qu’au sport.
ISABELLE FALCONNIER
|
 |