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Par Luc Debraine - Mis en ligne le 18.05.2011 à 13:49 |
Une Chine surpuissante, sûre de son bon fait économique, étanche aux pressions extérieures, animée désormais par une dynamique de repli plutôt que de faible ouverture. Tel est le constat surprenant livré au Forum des 100 par Uli Sigg, ancien ambassadeur de Suisse en Chine, inventeur de la formule de la joint venture dans le pays et grand collectionneur d’art contemporain chinois. Surprenant, oui: jusqu’ici Uli Sigg n’était pas homme à douter de la politique d’ouverture des autorités de Pékin. L’ancien diplomate, l’une des personnalités étrangères les plus connues en Chine, nous disait encore son optimisme en novembre dernier dans une interview. Cinq mois plus tard, désenchantement: pour Uli Sigg, il faudra attendre au moins dix ans pour assister à l’inversion de ce courant négatif, dû aux luttes intestines dans l’appareil du pouvoir, au prochain congrès du Parti communiste et au manque de courage politique. Un exemple frappant de cette intransigeance nouvelle est le sort de l’artiste Ai Weiwei, emprisonné depuis le début avril pour «crimes économiques». Proche ami de Weiwei, Uli Sigg ne croit pas une seconde à ce motif d’inculpation: «Chaque Chinois ou presque commet des crimes économiques tant les lois en vigueur sont floues, ou contradictoires.» Le collectionneur d’art s’étonne que les autorités judiciaires ne respectent pas leurs propres procédures pénales: celles-ci exigent qu’un procureur prononce une accusation après 30 jours d’emprisonnement. Et Uli Sigg de craindre que l’emprisonnement de l’artiste soit utilisé par les autorités pour démontrer que Ai Weiwei n’est pas un défenseur de la liberté d’expression, comme présenté en Occident, mais un criminel: «Rien ne pourra arrêter cette volonté», s’inquiète Uli Sigg. Faible lueur d’espoir depuis le Forum des 100: la femme de l’artiste a pu brièvement rencontrer celui-ci, s’assurant en particulier qu’il n’a pas été torturé en prison. Co-organisateur de l’exposition Shanshui qui ouvre le 20 mai au Kunstmuseum de Lucerne, Ai Weiwei sera représenté dans le musée par une chaise vide en marbre, l’une de ses œuvres. Uli Sigg, enfin, ne croit pas à un soulèvement populaire en Chine comme vu récemment dans les pays arabes, ou à la fin des années 80 dans les pays de l’Est. Depuis que la surveillance des mécontentements de la population a été déléguée aux autorités locales en Chine, les problèmes se règlent désormais davantage par de l’argent que par la force. Rien de mieux pour éteindre d’éventuels foyers révolutionnaires. |









