POLITIQUE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

CLANDESTINS 2000 réfugiés érythréens ont déjà rejoint l’île de Lampedusa.
Ettore Ferrari / EPA

HOME > POLITIQUE >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Migration
Les Erythréens fuyant la Libye gagnent la Suisse

Par Julie Zaugg - Mis en ligne le 13.04.2011 à 13:46

L’afflux de réfugiés à Lampedusa produit ses premiers effets en Suisse. Plus que des Tunisiens, ce sont des Erythréens qui arrivent, attirés par leur diaspora.

Mercredi 6 avril, une frêle embarcation surchargée chavire à 70 kilomètres de l’île italienne de Lampedusa. Partie de la ville de Zuwarah, en Libye, elle transportait 300 réfugiés érythréens. Seuls 50 ont pu être sauvés.

«CERTAINS ÉRYTHRÉENS ONT ÉTÉ PRIS POUR CIBLE PAR LES INSURGÉS LIBYENS.» Merachew Berhe, de l’Association des Erythréens pour la paix et la démocratie

Ces infortunés voyageurs cherchaient à rejoindre leurs 2000 compatriotes arrivés à Lampedusa ces dernières semaines depuis la Libye, en même temps que 25 000 Tunisiens. Les seconds tentent de gagner la France, où vit la plus large diaspora tunisienne d’Europe. Les premiers ont commencé à arriver en Suisse.

En mars, 268 nouvelles demandes d’asile ont ainsi été déposées par des Erythréens, ce qui place ce pays en tête de la statistique. En février, il y en avait déjà eu 266. L’augmentation est massive: en 2010, il n’y avait eu que 150 requêtes en moyenne par mois.

A titre de comparaison, 159 Tunisiens sont arrivés en mars, contre 48 en février. Le nombre d’Egyptiens (15) et de Libyens (8) est, lui, resté à peu près stable, loin des craintes exprimées en Suisse depuis le début de l’année.

La plupart des réfugiés érythréens obtiennent l’asile. «En 2010, le taux de reconnaissance s’est élevé à 63%, indique Marie Avet, porte-parole de l’Office fédéral des migrations. La majorité des autres ont reçu une admission provisoire.»

La Suisse considère que l’Erythrée n’est pas un pays sûr; elle est liée par une jurisprudence de la Commission suisse de recours en matière d’asile de décembre 2005 qui reconnaît le fait de déserter l’armée comme un motif d’asile. Un cas de figure fréquent dans cet Etat extrêmement militarisé qui oblige tous ses citoyens à accomplir plusieurs années de service militaire, sans salaire.

Deux vagues. Cette décision est à l’origine d’un afflux de réfugiés érythréens à partir de 2006. En 2008, année record, ils étaient 237 à se présenter chaque mois. «Une première vague de 1000 à 1500 personnes était arrivée à la fin des années 80, explique Senay*, un membre de la communauté qui travaille comme interprète pour l’ODM. Il s’agissait surtout de combattants ayant pris part à la guerre de libération contre l’Ethiopie qui s’est terminée en 1993.

Une seconde vague, beaucoup plus massive, se manifeste à partir du milieu des années 2000.» Les nouveaux réfugiés fuient la dictature d’Issayas Afewerki instaurée après l’indépendance et le service militaire obligatoire.

Entre 10 000 et 15 000 Erythréens vivent actuellement en Suisse, contre 1730 en 2005. La France en abriterait entre 2000 et 6000 et l’Allemagne entre 8000 et 10 000, selon les estimations de l’ODM datant de 2008.

Cette importante diaspora explique que la Suisse apparaisse comme une destination de choix pour les Erythréens fuyant aujourd’hui la Libye. La plupart ont un frère, un cousin ou une connaissance ici.

La route habituelle passe par le Soudan, la Libye et Lampedusa ou Malte. Un accord conclu en 2008 entre l’Italie et la Libye a pourtant mis fin temporairement à cette voie méditerranéenne. «Quelques milliers d’Erythréens sont alors restés coincés en Libye», note Merachew Berhe, le responsable de l’Association des Erythréens pour la paix et la démocratie, basée à Genève.

Ces clandestins ont été parqués dans des camps en plein désert ou ont dû vivre cachés dans des conditions d’extrême précarité. Leur situation a empiré avec le début des violences. «Certains ont été pris pour cible par les insurgés qui les ont confondus avec les mercenaires engagés par Kadhafi; au moins deux personnes ont été tuées», note cet activiste des droits de l’homme.

Fin mars, il a coorganisé une manifestation qui a réuni plus de 200 Erythréens sur la place des Nations à Genève pour dénoncer le silence des autorités de son pays: «Les ressortissants étrangers en Libye ont en général été secourus par leurs pays respectifs, à l’exception du Gouvernement érythréen qui n’a même pas émis un communiqué de presse pour montrer un minimum d’intérêt pour ses citoyens.»

Venus d’un pays en guerre, les Erythréens arrivés ces jours-ci à Lampedusa paraissent assurés d’obtenir l’asile en Suisse. La ministre de Justice et Police Simonetta Sommaruga a d’ailleurs évoqué lundi au Luxembourg avec ses homologues européens la possibilité de répartir des contingents de réfugiés d’Afrique du Nord dans les différents Etats membres de l’accord de Dublin.

En revanche, le vent risque de tourner pour les autres Erythréens. Le Parlement planche actuellement sur une révision de la loi sur l’asile, qui prévoit d’en exclure les déserteurs.


Pawlos, 36 ans, arrivé à Vallorbe le week-end dernier

"A Tripoli, nous vivions à 8 dans une pièce louée"

Assis dans l’austère bureau du centre d’enregistrement de Vallorbe, le jeune homme aux traits fins a l’air un peu perdu. Pawlos est arrivé en Suisse il y a trois jours, au terme d’un long périple qui l’a mené d’Erythrée en Europe via la Libye.

«J’effectuais mon service militaire, comme tous mes concitoyens, lorsque j’ai eu un accident de la circulation, raconte l’homme de 36 ans. On m’a mis en prison sans procès ni explication.» Après 19 mois de détention, il parvient à s’enfuir. «J’ai marché pendant toute une nuit, jusqu’à la ville de Kassala, au Soudan. Des militaires m’ont pris et m’ont amené dans un centre pour requérants d’asile.»

Il lui faudra s’acquitter d’un bakchich et trouver des passeurs pour poursuivre sa route. «J’ai payé 700 dollars pour qu’ils m’amènent en Libye à travers le désert du Sahara. Nous étions 35 entassés dans un 4x4 avec très peu d’eau.» A l’arrivée, Pawlos doit déchanter: en ce mois d’août 2008, Kadhafi vient de verrouiller la voie maritime vers l’Europe, sur demande de l’Italie.

«J’ai tenté la traversée en bateau à deux reprises, mais à chaque fois la police nous en a empêchés à la dernière minute.» Comme les bateaux se font rares, que la «saison des vagues» approche et que le coût de la traversée a explosé – passant de 2300 à 3000 dollars – il se terre à Tripoli.

«Nous vivions à 8 dans une pièce louée; nous ne pouvions que très rarement sortir, uniquement pour acheter à manger, et nous avions constamment peur», se souvient-il. La menace vient de la police, mais aussi de la population «qui nous rackettait à la moindre occasion». Cela dure deux ans et demi.

Tout bascule à la fin février 2011, lorsque la Libye s’enfonce subitement dans la violence. «C’est devenu encore pire: nous devions prendre garde à ne jamais nous déplacer en groupe et à ne pas nous éloigner de plus de quelques centaines de mètres de chez nous.»

N’y tenant plus, Pawlos fuit en Tunisie le 22 mars. Sa soeur, qui vit à Zurich, a entrepris une démarche de regroupement familial dès le début des violences. Le 9 avril, il prend l’avion à destination de Genève. Si pour l’heure sa route s’arrête à Vallorbe, il envisage l’avenir avec sérénité. «J’ai une femme et des enfants en Erythrée que j’aimerais faire venir en Suisse. Mais d’abord je veux expérimenter la liberté», sourit-il en jetant un regard sur les collines du Nord vaudois.




Tags: migration, Erythréen, Libye, Suisse, réfugiés,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


POLITIQUE
Près de 2000 protestants à la loi spéciale à Montréal
Les manifestants protestent contre une nouvelle loi liberticide notamment (archives) Keystone
Une pluie battante n'a pas réfréné la motivation des opposants à la hausse des frais de scolarité et à la...
POLITIQUE
L'opposition syrienne en appelle à l'ONU après le massacre de Houla
Le Conseil National Syrien (CNS), principale coalition de l'opposition syrienne, a demandé samedi au Conseil de sécurité des Nations unies...
POLITIQUE
Avions militaires: Pilatus signe avec l'Arabie Saoudite
Des Pilatus PC-7 en démonstration (archives) Keystone
Pilatus va fournir 55 avions d'entraînements à l'Arabie Saoudite. La firme a signé vendredi un contrat avec le groupe de...
POLITIQUE
Les otages libanais en Syrie ont été libérés
Des femmes avaient déjà été libérées mercredi (archives). Keystone
Treize pèlerins chiites libanais capturés en Syrie mardi par des rebelles ont été libérés vendredi et sont en route pour...
POLITIQUE
Hollande promet un retrait "ordonné" d'Afghanistan
Françaois Hollande arrive sur la base de Nijrab, en Afghanistan. Keystone
François Hollande a effectué vendredi une visite surprise en Afghanistan. Le président français est venu expliquer aux soldats français les...


POLITIQUE
 Ecologie industrielle: Le Parlement aveugle
La Suisse romande est pionnière en matière d’écologie industrielle. Audelà des idéologies, cette discipline à la fois scientifique et pragmatique,...
POLITIQUE
 André Blattman : "La guerre en Europe est possible"
 Béatrice Devènes
«Il faut enfin cesser de croire que nous pouvons prédire l’avenir.» Tel est le credo d’André Blattmann, chef de l’armée...
POLITIQUE
 Zurich se rêve Silicon Valley
QUARTIER D’INNOVATION C’est au Technopark, dans l’ouest de la ville, qu’on trouve une multitude de start-up. Via sa fondation, le Technopark soutient leur lancement et la transition de l’EPFZ au marché. Il compte 270 entreprises, dont pas plus de deux échoueraient par année. Gian Vaitl
Zurich regarde son nombril. Tiens, il est au milieu de l’Europe. En plus, il recèle un quart des entreprises de...
POLITIQUE
 Moubarak veut s’exiler en Suisse
Hosni Moubarak cherche-t-il à trouver refuge en Suisse? Selon des sources diplomatiques, le président déchu de l’Egypte veut quitter sa...
POLITIQUE
 La Chine ne connaîtra pas de révolution
En Chine, quand les hommes disparaissent, les femmes acquièrent de la visibilité. Ainsi en va-t-il de l’épouse de Liu Xiaobo,...
POLITIQUE
 La chronique de Jacques Pilet: Un trouble sous-jacent
La déroute de deux partis (PLR et PDC), est-ce si grave? Après tout, que de vieux appareils perdent des plumes,...
POLITIQUE
 La prévention, notion controversée
Le Conseil national a adopté mardi la loi sur la prévention, par 97 voix contre 71. Très générale, celle-ci a...
POLITIQUE
 L’audace des pionniers
ARC JURASSIEN.L’arc lémanique souffre de problèmes d’indigestion (voir L’Hebdo du 7 avril), l’arc jurassien, lui, va de l’avant. Les conseillers...
POLITIQUE
 Grâce et disgrâce : Derrière la débâcle
Depuis dimanche, on ne parle plus que de défaite, de débâcle. Carrément la retraite de Russie: les troupes libérales-radicales et...
POLITIQUE
 La lettre ouverte de Peter Bodenmann à Christoph Blocher
Cher Monsieur, Ces derniers temps, ça n’a pas trop bien marché pour votre parti. A Genève, à l’aile droite xénophobe,...