A Genève, la gare de Cornavin connaît actuellement une grande rénovation. L’actuel escalator de l’entrée principale va disparaître. Devraient y gagner non seulement les quadriceps des passagers mais également l’esthétique des lieux.
«Pour perdre du poids, pour conservez votre forme, pour prévenir le cancer, prenez l’escalier ordinaire plutôt que l’escalier roulant!» Encouragé par tous ceux (et ils sont de plus en plus nombreux) qui se soucient de notre santé, l’usage de l’escalier n’en est pas moins en chute libre. En témoigne, le scénario qui se produit chaque jour aux heures de pointe dans les grandes gares suisses.
L’homme du XXIe siècle préfère faire la queue pour accéder à l’escalator plutôt que de se mettre en jambes en empruntant l’escalier déserté qui le jouxte. Résultat, il lui faut davantage de temps pour parvenir à destination… Le visionnaire qu’était Ivan Illich avait raison, lui qui prédisait que la quête effrénée de vitesse allait conduire à un ralentissement. C’est exactement ce que l’on peut en observer.
A Paris, le plus rapide des tapis roulants reliant des lignes de métro à la gare de Montparnasse a été supprimé. Ce tapis pouvant atteindre une vitesse de 11 km/h était censé faire gagner 15 minutes par semaine à l’usager quotidien. Sept ans après son lancement, la RATP annonce sa suppression. En réalité, ce tapis fonctionnait la plupart du temps en vitesse réduite ou était tout simplement à l’arrêt car propice à des chutes!
Bien que les escalators soient souvent encombrés et pas vraiment conviviaux, cela n’est pas suffisamment dissuasif pour les abandonner. L’homme du XXIe siècle préfère payer l’abonnement d’un fitness pour faire du step plutôt que d’utiliser les maintes occasions qui se présentent sur son parcours quotidien pour gravir gratuitement des marches d’escaliers.
Escalier-piano. Pour motiver les fainéants à utiliser leur force musculaire, pour mettre sur la touche l’escalator au profit de l’escalier traditionnel, à Stockholm, un groupe de suédois (www.rolighetsteorin.se) a transformé un escalier du métro en piano géant grâce à un système permettant à chaque passant de produire des sons ou, mieux encore, une mélodie, en se déplaçant d’une «marche-touche» à l’autre. Résultat, la fréquentation de l’escalier a progressé de 66%. La «Rolighetsteorin» ou «théorie du bonheur» a opéré. Son principe: réenchanter le quotidien en rendant joyeux et ludiques des gestes écocitoyens.
On n’est pas à un paradoxe près. C’est une campagne web de Volkswagen qui a lancé l’opération pour «inciter les gens à utiliser quotidiennement les marches plutôt que d’opter pour la solution de facilité des escalators». Une marque de voitures qui finance un message écolo, pourquoi pas? Reste à savoir si l’énergie utilisée par l’escalier-piano est réellement inférieure à celle de l’escalator! Mais qu’importe si c’est le prix à payer pour renoncer à la solution de facilité.
«Urban training». Dans d’autres métropoles, des citoyens modernes n’ont pas attendu l’exemple suédois pour bouder les escalators et intégrer les escaliers dans leur entraînement. L’urban training, ou comment faire du sport en ville, devient tendance. L’Equipe magazine consacrait récemment une pleine page aux escaliers. Fentes, sauts de grenouille et poussées sur une jambe sont autant d’exercices mettant à profit les escaliers qui «permettent de s’entraîner en ville pour les courses à pied en montagne».
Cela passe tellement mieux quand on n’a plus l’impression d’obéir aux injonctions des milieux de la santé publique en changeant son comportement... D’ailleurs, dans la ville de Toulouse, qui souffre de pannes d’escalators à répétition dans son métro, même l’opérateur tente de relativiser leurs inconvénients en rappelant que, «après tout, un peu d’exercice ne fait pas de mal».
| Dossier 'Canton de Genève' | | |
Tags: Escalator, escalier, forme, santé,
|