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LUGUBRE Le bloc P s'étend sur 200 mètres et abrite 1% de la population du Groenland
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Les exclus du monde

Par Clément Bürge - Mis en ligne le 17.08.2010 à 16:45

VESTIGE. Un bâtiment titanesque et délabré abrite 1% de la population du Groenland. Construit par les Danois, symbole d’un pays miné, l’édifice sera bientôt détruit.

 
Une envie de régurgiter son déjeuner saisit instantanément tout passant qui fait face au bloc P, un bâtiment public qui réunit, sous le même toit, 1% des 55 000 habitants du Groenland. L’originalité du nom est à l’image de l’édifice. Grise, laide et d’une monotonie sans fin, la plaie s’étend sur 200 mètres le long du corps de Nuuk, la capitale de la mal nommée «terre verte». Les tags et la moisissure rongent ce cadavre urbain qui essaie de résister aux impitoyables assauts du temps et des intempéries de ce pays au climat extrême. L’immeuble, autrefois symbole de l’occupation danoise, rappelle aujourd’hui l’incapacité du Groenland à s’intégrer au monde du XXIe siècle.

Le mirage du progrès. «Dans les années 60, les Danois ont commencé un vaste programme de modernisation de la société groenlandaise. C’est ainsi qu’ils ont regroupé la population des villages alentour dans des dortoirs industriels», explique Victor Kolakovic. Cet Anglais à l’allure déjantée est le directeur du Département de la planification urbaine de la Municipalité de Nuuk. En 1965, les Danois posent la première pierre de l’édification d’une nouvelle société avec la construction du bloc P. Ces politiques permettent aux Inuits de se loger dans des appartements qui, à l’époque, sont du dernier cri. «Dans le meilleur des cas, ces personnes habitaient dans des cabanes de bois. Soudainement, elles se sont installées dans des habitations avec l’électricité et l’eau courante. L’euphorie ne pouvait que les emporter», raconte Aviaaja Poulsen, une architecte qui, malgré son teint pâle et ses cheveux blonds, est originaire de l’île.

Néanmoins, cet enthousiasme s’est essoufflé avec le temps. «A cause de querelles politiques internes, le bâtiment n’a pas été rénové une seule fois en quarante-cinq ans», dit Victor.

En 1996, alors qu’une commission d’experts estime que l’espérance de vie de l’édifice ne peut excéder cinq ans, le débat sur la nécessité de sa restauration est reporté pour d’obscures raisons. Aujourd’hui, le bâtiment est délabré et dangereux. Aux nombreux murs fissurés et aux problèmes de moisissure, s’ajoute la découverte, le 10 juillet passé, d’éléments toxiques dans sa structure. La situation inquiète les occupants. «Les murs s’effondrent et j’ai peur pour ma santé, mais je dois rester, je n’ai pas d’autre endroit où aller», dit tristement Emma, une jeune mère qui habite le bloc.

Au fond du gouffre. De plus, le bâtiment est devenu un centre d’accueil pour les reclus sociaux en tous genres. Des alcooliques, des chômeurs, des personnes âgées et d’autres nécessiteux sont envoyés par l’Etat dans le bloc P. Abel Ostermann, un travailleur social, qui s’occupe spécifiquement des habitants de l’endroit, estime que «certaines zones sont vraiment dangereuses et désespérantes». L’an passé, un homme s’est fait tirer dessus. Les médias se délectent des tristes nouvelles qui concernent l’édifice et l’ont érigé en un symbole des problèmes sociaux de la nation inuit. Hans-Lars, un étudiant au style de rockeur, raconte: «J’évite toujours de passer dans le coin, il y a régulièrement des agressions.»

Aujourd’hui, l’Etat groenlandais et la Municipalité de Nuuk ont décidé conjointement de remédier à ces problèmes. Le Parlement a annoncé, en novembre 2009, la destruction de l’immeuble afin de bâtir une nouvelle zone d’habitation moins lugubre. Abel reste pessimiste: «La construction de nouveaux logements ne va rien changer, les problèmes sont ancrés trop profondément.» En ligne de mire, le taux de suicides le plus élevé du monde, les abus sexuels (25% des femmes en sont victimes), l’alcoolisme ravageur et la dépression endémique liée à l’ensoleillement.

Or, malgré ce sombre tableau, le projet suscite de l’espoir chez certains. Aviaaja, l’architecte, estime qu’«en surmontant, étape par étape, les difficultés auxquelles fait face notre pays, nous réussirons à guérir les maux qui nous affligent». Pour ces exclus de la modernité du bloc P, l’anéantissement de l’édifice marquera, pour le meilleur ou pour le pire, le début d’une nouvelle époque.


Les autres blogtrotters se racontent sur le blog


LIBAN. Mais où est passé le Hezbollah?

A Baalbek, Lionel souhaite comprendre le Hezbollah. Il rencontre une chiite qui parle français. Bien que partisane, elle ne veut pas en discuter. «Peu de gens veulent parler du Hezbollah avec les étrangers car il savent qu’en Occident, on le perçoit d’une manière très négative. Ici, la vision est différente. Surtout chez les chiites envers lesquels le mouvement oeuvre comme une réelle aide sociale», constate Lionel.

BULGARIE. Bizarreries à Sofia

Vincent se promène dans la capitale. Il est témoin de quelques extravagances qui caractérisent la ville. «En Bulgarie, par exemple, de nombreux kiosques sont au ras du sol avec une fenêtre donnant sur le trottoir. Les commerçants gèrent leurs stocks en souterrain et sortent la tête quand le client approche», décrit-il. Autre spécificité? Les pizzas ketchup ou mayonnaise? Ou les taxis s’octroyant directement leur pourboire?

CHINE. «Facebook, mais en mieux!»

A Shanghai, Céline assiste à une réunion dominicale étonnante. Une foule de parents se réunissent pour trouver une âme soeur à leur enfant. Ils rencontrent d’autres géniteurs et consultent les petites annonces pour trouver le parti idéal. Un père s’exclame: «Ici, c’est comme sur Facebook, mais en mieux, les parents contrôlent la situation et se rencontrent en face-à-face!» L’avenir de l’enfant unique est pris très au sérieux car la postérité de la famille en dépend.

TOGO. Marché ou commerce de médicaments?

A Lomé, Camille visite le marché de la ville, Adawoato. Sur 200 commerces, 30 sont destinés à la vente de médicaments. Mireille, qui travaille dans un de ces magasins, explique leur succès: «Il y a des pharmacies à Lomé, mais les médicaments y sont plus chers d’environ 500 francs CFA (1,2 franc suisse) la boîte.» Mireille se fournit aussi chez des Chinois expatriés pour leurs produits spécifiques tels que le viagra ou la Hip Up cream, une crème qui sert à faire gonfler les fesses.

Cinq jeunes reporters parcourent le monde durant six semaines. Le meilleur remportera un stage à L’Hebdo. Suivez-les sur la nouvelle adresse: www.hebdo.ch/blogtrotters




Tags: Groenland, blogtrotter,

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