La Suisse, un paradis fiscal? Les contribuables qui, ces jours, remplissent leur déclaration d’impôt trouvent ce cliché assez ridicule. Ils savent que la charge fiscale, chez nous comme ailleurs, n’est pas une bagatelle. Pour certains elle est moins pesante que chez nos voisins. Mais parfois plus lourde aussi.
Ainsi l’impôt sur le revenu est moins élevé en France pour les bas salaires et les retraités. Cela surprend. Mais cela commence de se savoir. Du coup les Suisses qui possèdent une résidence secondaire outre-Jura, ou envisagent d’en acquérir une, se demandent s’ils n’ont pas intérêt à y établir leur domicile fiscal.
L’attrait du soleil est pour beaucoup dans ces exils volontaires du côté de la Méditerranée. On sait moins que ces déménagements ont aussi un attrait économique.
Ils sont quelques milliers, ces Suisses qui fuient la rigueur des percepteurs helvétiques. De toutes conditions. Des plus modestes aux plus fortunés.
Un temps, ces derniers ont été nombreux à poser leurs pénates à Londres: mais ils tendent aujourd’hui à quitter une Grande-Bretagne qui devient moins généreuse avec les plus riches.
Monaco? Les quelque mille Suisses établis dans la principauté ne sont pas les émigrés les plus fauchés: tout y est hors de prix. Mais la cote de cette oasis minuscule est en baisse. Car il n’est pas sûr que la France tolérera longtemps encore les particularismes princiers. Et puis on s’y ennuie à mourir.
Les multimillionnaires à l’humeur vagabonde sont devenus très imaginatifs. Vous aurez peut-être la surprise d’en croiser dans des contrées inattendues. Jusqu’en Asie ou en Amérique latine. La destination idéale? Le Paraguay! On n’y paie tout simplement aucun impôt sur le revenu et sur la fortune. Son gouvernement tente de s’en sortir avec les seules taxes indirectes. Au grand dam de ses voisins qui font pression sur ce petit pays afin qu’il s’aligne sur les fiscalités brésilienne ou argentine.
Mais si le bord de mer vous manque à Asunción, il y a presque aussi bien du côté des belles plages de l’Uruguay. Depuis fort longtemps cette modeste république a accueilli de nombreuses banques… et leurs meilleurs clients, brésiliens et argentins pour la plupart, européens aussi. Les impôts y sont légers et les banquiers discrets.
Encore un tuyau pour les audacieux: la Colombie! On y trouve, mais oui, de beaux et tranquilles endroits où les percepteurs sont peu voraces.
Il suffit de passer quelques mois par année dans ces terres d’accueil pour n’avoir aucun compte à rendre au fisc suisse. Même si ces exilés bienheureux séjournent aussi fréquemment dans leurs chalets de Gstaad ou de Verbier ou dans leurs belles résidences secondaires des rivages lémaniques. Mais gare à eux: s’ils s’y attardent trop, les fins limiers de l’administration s’inquiéteront de leur véritable domicile et les poursuivront de leurs assiduités.
Quels étranges mouvements! De grandes fortunes étrangères recherchent la quiétude helvétique au bénéfice d’un arrangement forfaitaire. Tandis que des Suisses richissimes cherchent ailleurs des administrations moins exigeantes que les nôtres.
La richesse n’exclut pas la débrouillardise: cela ne surprend que les naïfs. Cette réalité n’a cependant pas de quoi nous bouleverser. Les évadés fiscaux privent certes l’Etat d’importantes recettes mais, au bout du compte, ils sont peu nombreux. Le gros des troupes, aisées ou non, passe à la caisse. Le plus choquant est ailleurs.
Que les plus bas revenus soient davantage imposés en Suisse que dans plusieurs pays proches est injustifiable. Les retraités qui vivotent avec l’AVS et une toute petite épargne sont taxés jusqu’au dernier franc. Tous n’ont pas les moyens d’aller se réchauffer au soleil tout en payant moins. Les Suisses s’inquiètent soudain des privilèges de la fortune – les Zurichois ont voté pour l’abolition des forfaits fiscaux et d’autres pourraient suivre – cela se comprend. Mais ils feraient aussi bien de s’intéresser de plus près au budget des familles modestes, de ces hommes et de ces femmes qui travaillent mais gagnent peu et ne s’en sortent pas, de ces vieux qui n’ont pas su ou pu profiter des années glorieuses pour se mettre à l’abri. Le bordereau de l’impôt est leur cauchemar.
Tags: Evadés fiscaux, Suisse, paradis fiscal, impôts,
|