La course au Conseil fédéral permet l’étalage des fantasmes en cours dans la sphère médiatico-économico-politique nationale. Arrêtons-nous sur deux d’entre eux.
PERSONNE NE RÉCLAME LA PRÉSENCE D’UN SYNDICALISTE.
Chaque succession à droite voit la ritournelle de «l’homme de l’économie» entonnée. Pour bien gouverner le pays, il faudrait un manager, une personnalité qui a l’habitude de décider et qui s’est frottée aux dures réalités de la loi de l’offre et de la demande.
Cette insistance des milieux économiques est unilatérale et suspecte. On ne les a jamais entendus réclamer la présence d’un syndicaliste au gouvernement sous le prétexte qu’il connaîtrait bien les problèmes salariaux des ouvriers. Ni d’un professeur pour saisir les enjeux de la formation…
L’argument sous-entend que l’économie aurait de bonnes leçons à donner à la politique. La récente crise financière a laminé ce mantra.
Le propre des bons politiciens est d’être des généralistes. Leur qualité ne se mesure pas au nombre d’emplois créés, mais à leur capacité à trouver des solutions pour l’ensemble de la société.
«Hommes de l’économie» en 2003, l’entrepreneur Christoph Blocher et le consultant Hans-Rudolf Merz, n’ont pas été de bons conseillers fédéraux.
Ils ont peiné à élaborer des réponses subtiles et praticables aux défis qui leur étaient posés, ils ont souvent péché par excès de simplisme.
C’est à se demander si les incantations sur la nécessité d’élire «un homme de l’économie» (notez que personne ne réclame «une femme de l’économie») n’est pas plutôt un argument marketing ciblé de la part de certains partis à l’égard de leurs bailleurs de fonds.
L’autre fantasme, plus troublant dans une démocratie qui accorde un large poids aux droits populaires, est l’invocation de l’homme (ou de la femme) providentiel(le) dont l’arrivée dans le collège sublimera l’esprit de corps et l’efficacité. Il ne s’agit plus d’élire un ministre, mais un superhéros.
Cette hyper-personnification délie les partis de leurs devoirs de loyauté envers l’élu, le soutien à l’action politique du nouveau ministre n’est plus automatique.
Alors que c’est bien de l’absence de majorités claires, fiables et prévisibles, au Parlement dont souffre actuellement le plus la politique suisse (voyez les chantiers des assurances sociales ou de la sécurité).
On observe toutefois, dans cette course 2010, une attention accrue aux compétences collégiales des candidats.
Dans la liste des critères à remplir, la nécessité de pouvoir tricoter des compromis avec les autres membres du gouvernement, naguère reléguée au rang de détail pilonné par la force électorale des partis, reprend des couleurs.
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