A la maternité de Dewsbury, ce jour de Noël 1969, Moira et Stephen sont heureux. La naissance de leur bébé, prénommé Stephen comme papa, conclut en beauté cette année de promesses: celle de leurs 20 ans, celle de leur mariage, celle de leur premier enfant.
De «Stickman» à «Lizard man». Une période heureuse, relatera le demi-frère de Moira avec laquelle il a grandi à Thornhill. C’est là, dans ce village minier du Yorkshire, que Moira et son mari Stephen, représentant en produits surgelés, décident de s’installer.
Mais deux Stephen à la maison, c’est finalement un peu compliqué. L’aîné – Phillip et Caroline sont nés depuis – répondra désormais au nom de Shaun, son second prénom. Puis bientôt, au vu de sa minceur, au surnom de «Stickman».
Shaun est un gamin tranquille. Presque trop calme et renfermé, «du genre solitaire», dira son oncle. Un impénétrable qui a l’air d’être «très intelligent». A la Queen Elizabeth Grammar School de Wakefield, où il poursuit son éducation contre un écolage annuel de 15 000 francs, le bon élève aux yeux marrons et aux lèvres pincées ne se serait pas fait de camarades.
L’ambiance n’est pas vraiment plus heureuse à la maison. Les parents de Shaun divorcent et Moira part vivre avec ses trois enfants à dix kilomètres de là. Si la trentenaire ne travaille pas, elle n’est pourtant, selon ses nouveaux voisins, «jamais à court d’argent». «Toujours habillée sexy», la jolie brunette apprécie les sorties. Elle s’éclipserait souvent vers minuit pour revenir accompagnée. «Des hommes différents qui vont et viennent à la maison», cancanet- on dans le quartier. Le père de Shaun? Il refera sa vie et aura deux autres enfants.
Famille, je vous fuis. Shaun, lui, n’est pas heureux. Il a 17 ans et vient de quitter son école privée. Il se sent «abandonné» par sa famille. Et ne veut plus avoir affaire à elle. Cette année-là, Stephen Shaun Griffiths «disparaît de la circulation».
Moira n’a semble-t-il plus jamais revu son fils depuis alors que son père l’aurait vu pour la dernière fois il y a dix ans.
Shaun ne vit pourtant alors qu’à une quarantaine de kilomètres de là. Ses études de psychologie à l’Université de Leeds terminées, il habite désormais Bradford, dans un studio miteux du quartier chaud de Red Light district. Là où «l’éventreur du Yorkshire» avait trucidé 13 femmes dans les années 70. Un hasard. Ou pas.
Le trentenaire, qui vit d’aides sociales et de bourses, vient de commencer des études de criminologie à l’Université de Bradford. Il n’y a toujours pas de camarades – en plus, Griffiths est deux fois plus âgé qu’eux – mais est au moins bien noté par ses professeurs et suit les cours avec assiduité.
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