Penchée sur un ordinateur, Naomé s’affaire à débrancher un disque dur. L’image de la petite tête blonde est surprenante: pour la plupart, un informaticien ressemble souvent à un homme à lunettes... Mais, en ce jeudi 13 novembre, il n’y a pas de cliché qui tienne. Pour la première fois en Suisse romande a eu lieu la Journée des filles et de l’informatique. En tout, 36 entreprises ont accueilli 250 adolescentes durant une matinée, avec l’aide du Groupement romand de l’informatique (GRI), association patronale qui a organisé l’événement.
Dans les locaux de 3T Technology, situés à Signy (près de Nyon), quatre demoiselles travaillent en silence. Aux côtés de Naomé on trouve Julia, Roxane et Sarah, âgées de 10 à 13 ans. Elles viennent toutes d’écoles différentes, mais ont en commun l’envie de découvrir ce qu’est un ordinateur. «Dans la vie de tous les jours, on se sert forcément de l’internet par exemple, raconte Sarah, la plus coquette. Moi, je suis là pour mieux savoir comment ça marche.» «Ici, c’est mieux. Parce que, en classe, ce sont les garçons qui font tout!» dit Naomé en souriant.
Ce matin-là, les écolières ne sont pas dérangées par leurs camarades masculins. Elles peuvent apprendre dans le calme comment fonctionne une mémoire vive, une carte son ou encore un lecteur DVD. «C’est comme du Lego, leur explique Dominique Aboudaram, directrice technique de l’entreprise et maman de Julia. Il faut appuyer jusqu’à ce que ça fasse clic. Et, pour réussir, pas besoin d’être un garçon!» ajoute-t-elle pour séduire son public aux lacets roses et vernis à paillettes.
La Suisse compte à peine plus de 10% de femmes dans l’ensemble des professions liées à l’informatique – techniciens de maintenance, vendeurs, programmateurs... Un chiffre largement insuffisant, alors même que les entreprises manquent de main-d’œuvre qualifiée. Mark Russell, directeur associé de 3T Technology depuis 1994, le confirme: «Quand je mets une annonce pour recruter un employé, je reçois environ 1% de candidatures féminines. C’est dommage, car une entreprise a besoin de diversité au sein du personnel.»
Facebook et webcam. Sarah, Naomé, Julia et Roxane sont pourtant loin d’être étrangères aux nouvelles technologies. Deux d’entre elles ont un blog personnel et sont inscrites sur Facebook. Elles savent discuter avec leurs amies sur MSN, parfois même avec une webcam. Mais, quand on leur demande quel métier les attire, elles répondent invariablement «vétérinaire» ou «professeur de patin».
Cela ne les empêche pas d’être séduites par la programmation. Grâce à un logiciel ludique appelé Scratch, les adolescentes apprennent à créer un personnage virtuel, à le faire marcher, à le faire chanter. Les filles s’amusent en riant, parviennent à enregistrer des sons. Visiblement, l’activité a du succès. Et Dominique Aboudaram est ravie. «Il y a dix ans, je travaillais sur l’intranet d’une grande firme. Lorsqu’il y avait un problème, on me disait: “Surtout, tu ne touches à rien et tu appelles quelqu’un.” Depuis, les choses ont évolué, mais il reste encore beaucoup à faire.» Sarah ne sera peut-être pas informaticienne. Mais, à la fin de la matinée, elle se tourne vers sa mère et s’écrie: «Quand je rentre à la maison, j’allume l’ordinateur. La programmation, c’est trop cool!» •
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