Les hautes écoles s’offrent quelques libertés
Pour faire face à une compétition de plus en plus rude en matière d’excellence et de visibilité, les hautes écoles exploitent un nouvel outil, la fondation.
On pourrait croire à un début d’épidémie, en tout cas le phénomène s’étend. Soucieuses de faire rayonner au mieux leur institution et confrontées à une concurrence toujours plus féroce en matière d’excellence, plusieurs hautes écoles suisses, s’inspirant du modèle anglo-saxon, possèdent aujourd’hui leur fondation. Cette structure juridique permet de faire un pont entre le public et le privé et d’ainsi faciliter la recherche de dons et de sponsors. Finalement pas si compliqué, ni très neuf, mais il fallait y penser.
Quand, en 2006, Pierre Keller reçoit un demi-million du fondateur d’Ikea Ingvar Kamprad pour équiper le grand auditorium de la future Ecole cantonale d’art de Lausanne (Ecal) à Renens, il est fou de joie mais perplexe. L’école ne dispose en effet d’aucune structure lui permettant de recevoir cet argent. Il crée donc une fondation baptisée Ecal + avec pour mission bien précise de trouver des fonds pour doter d’installations optimales les nouveaux locaux de l’Ecal. Au service du rayonnement de l’école, Ecal + – dont il est le président du conseil de fondation – permet aussi de solliciter des sponsors pour la formation continue, et notamment de financer son programme MAS-Luxe.
A Genève, la Haute Ecole d’art de design (HEAD) se lance à son tour dans l’aventure et crée, en 2009, la Fondation AHEAD. Son objectif: soutenir l’ensemble des projets de l’école dépassant le cadre pédagogique et favoriser sa notoriété publique, régionale, nationale et internationale. «Son propos n’est donc pas de pallier des moyens financiers insuffisants – suffisants, ils le sont – mais de développer des projets qui dépassent les missions pédagogiques», insiste le directeur Jean-Pierre Greff. Parmi ses buts prioritaires figurent la création d’une collection de monographies de jeunes artistes ou le développement de son espace d’exposition Live In Your HEAD. La Fondation devrait aussi avoir à disposition plus de moyens pour l’organisation des désormais très courus défilés de mode et créer des prix destinés aux diplômés.
Les écoles d’art ne sont pas seules à fonctionner ainsi. En 2003 déjà, l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich créait outre-Sarine son ETH Zürich Foundation. Totalement séparée de l’EPFZ (l’équipe s’autofinance), cette institution recherche des donateurs pour son fonds stratégique, pour des programmes de haute priorité (comme le renforcement du centre de compétence micro et nano) ou pour l’un ou l’autre de six projets concrets et définis. Les sponsors peuvent par exemple financer des bourses d’excellence ou soutenir la création de chaires dans différents domaines comme la gestion intégrée du risque. «Tout est transparent et ciblé», insiste Donald Tillman, managing director de l’ETH Zürich Foundation. Le donateur soutient l’école et permet d’accélérer certains processus, mais il n’intervient pas dans ses choix stratégiques et n’est présent que de façon minoritaire dans la nomination du professeur de la chaire. Chaque chaire est du reste financée au deux tiers par l’EPFZ.»
Tags: Fondations, Hautes écoles,
|
|