Le souffle droitier qui met l’Europe en émoi se nourrit des inquiétudes autour de l’immigration et de la sécurité, il tourne au vent chaud en abordant la question de la Nation. Mais ce tournant politique se double d’un autre courant: celui des discours vertueux.
Les Torquemada sanitaires se sont égosillés pour nous faire peur avec diverses grippes qui passèrent bien vite.
Ancrés à droite, mais aussi, souvent, du côté gauche et Vert. Il y a d’abord celui des grands prêtres de l’écologie. Alors qu’ils ont tant de bons arguments issus de la raison, certains font de nos choix de vie une question morale. Ceci est bien, ceci est mal.
Idem côté santé. Les mises en garde dépassent le rationnel. Les Torquemada sanitaires se sont égosillés pour nous faire peur avec diverses grippes qui passèrent bien vite. Rien de grave: la Suisse va simplement détruire pour 56 millions de vaccins inutilisés. Une paille.
Les mêmes vigiles fédéraux multiplient les affiches pour indiquer ce qu’il convient de manger, de faire et de ne pas faire. Les sots que nous sommes savent ainsi où est le bien, où est le mal. A l’heure où les sermons du dimanche s’essoufflent, les prêcheurs de la pureté physique prennent le relais.
Dans plusieurs pays, ceux-ci viennent de marquer un grand coup: les paquets de cigarettes ne sont plus seulement couverts d’alarmes écrites mais de photos horribles. Plaies, infections, mutilations… jusqu’à un bébé portant un masque à oxygène. Toujours la même recette: faire peur. Petit problème des catéchismes: ils poussent les rebelles à faire le contraire de ce qui est ordonné. L’infantilisation a des limites.
La France ne s’arrête pas là sur ce chemin pavé de bonnes intentions. Le Parlement envisage de pénaliser les clients des prostituées. Que l’Etat réprime les réseaux d’exploitation des femmes, fort bien. Mais jusqu’où doit-il plonger dans l’intimité des hommes et des femmes?
Celles-ci, au temps de leur prétendue libération, ne seraient-elles plus libres de faire ce qu’elles veulent de leur corps entre adultes consentants? Elisabeth Badinter s’insurge au nom même du féminisme. D’autres voix s’élèvent. Philippe Huneman, philosophe des sciences à Paris-Sorbonne, pose des questions dérangeantes: «Payer pour jouir, est-ce mal?
En quoi donc mon sexe serait-il plus “moi-même” que mon cerveau? Or, personne n’objecte à ce que je me fasse payer pour des prestations de mon cerveau.»
On pourrait en ajouter d’autres: en quoi les «femmesglycines» qui sont si belles, sentent si bon et grimpent si bien l’échelle sociale grâce à leurs charmes seraientelles plus vertueuses que les «nymphes de ruisseau, les Vénus de barrière» que chante Brassens?
L’idée de châtier tout ce petit monde progresse. Ce n’est pas une bizarrerie française: elle est partie de Suède où le paiement de prestations sexuelles est punissable. Ce qui n’empêche pas l’industrie pornographique d’y faire de gros chiffres.
Cette montée de l’ordre moral a une autre face, bien plus redoutable: elle se manifeste à grande échelle dans les territoires urbains où l’islam le plus rétrograde installe un schéma récurrent dans la tête des hommes: la femme est «pute ou soumise».
Dans les quartiers, être une «pute» s’apparente simplement à sortir avec un garçon. Et les familles, obsédées par leur «réputation», entrent dans cette posture imbécile.
La vague moralisatrice balaie large. On apercevait son écume dans la foule d’un million de fidèles venus célébrer la béatification de Jean-Paul II, pape admirable à certains égards mais aussi gardien archaïque et répressif des mœurs.
Le courant porte aussi plusieurs partis d’extrême droite. Le Fidesz au pouvoir en Hongrie veut pénaliser l’avortement, interdire l’information sexuelle à l’école, punir les journaux qui publient trop de photos suggestives…
Les «Vrais Finlandais» qui viennent d’emporter les élections militent pour l’interdiction de l’interruption de grossesse… et empêcher toute reconnaissance des couples homosexuels. Dans tout l’est européen, les extrémistes de droite pourchassent les «pédés» et les agressent souvent physiquement.
Curieuse époque: les truands de haut vol, les superbanquiers tricheurs se portent comme des charmes. Et certains tribuns, impuissants face à eux, se font les hérauts de la vertu, en petits Saint-Just d’arrière-cours populistes. Allez, on ne les laissera pas instaurer la terreur.
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