Michael Jackson
Les images du monde perdu du roi de la pop
Avec «Neverland Lost», Henry Leutwyler, photographe suisse établi à New York, signe un bouleversant portrait en creux du chanteur mort l’été dernier.
«Les objets parlent.» C’est ce que vous dit Henry Leutwyler, au téléphone, de New York. Il ne le dit pas comme une posture, il le suggère comme une vérité, en quoi il croit depuis longtemps. Alors on regarde ses photographies d’objets ayant appartenu à Michael Jackson avec l’intention de les écouter. Une drôle de musique éteinte, assourdie mais présente, mélancolie en mode mineur. Il y a le petit angelot qui fait la culbute. La chemise où demeure une trace de maquillage ou de sueur. Une clé dorée. Une chaussette décorée. Les soldats de plomb. Des costumes de scène. De petites statuettes de Mickey ou du capitaine Crochet. Les gants brodés, évidemment, de toutes les couleurs. Les icônes du mythe, faussement heureuses, sur fond noir.
Un gant de Michael Jackson, le début de l’histoire étonnante de ces images. «Cela fait des années que je m’intéresse aux objets ayant appartenu à des gens que j’admire, explique Henry Leutwyler. «En 2004, j’ai réalisé un travail à Graceland, l’ancienne résidence du King, pour le livre Elvis by the Presleys. Les objets s’expriment parfois mieux que les gens que l’on aime.» Le photographe a déjà en tête un projet ambitieux, toujours en cours: «Un livre regroupant des photos d’objets de mes idoles.» Sur son site (www. henryleutwyler.com) on peut voir des lunettes de Lennon, les clés d’Elvis, un pinceau d’Andy Warhol. Un magazine voulait ainsi un cliché d’un gant de Michael Jackson, et cela pouvait s’inscrire dans ce travail. A l’époque, en 2008, le chanteur est donné pour ruiné, il n’habite plus son palais californien de Neverland depuis des années.
Euphorie puis tristesse. Si Neverland est vide, objets et meubles sont consignés dans des caisses pour une mise aux enchères destinée à rembourser quelques dettes de la star. Tout cela végète dans des entrepôts de Los Angeles. En février 2009, Leutwyler obtient l’autorisation de s’y rendre pour faire une image d’un gant de Jackson. «On n’a jamais beaucoup de temps. On vous laisse une heure, au mieux une demi-journée.» Ce qu’il trouve dans ces hangars le stupéfie. Un bricà- brac, un empilement étrangement sobre quand on imagine l’excentricité du chanteur. On permet finalement au Suisse et à son équipe de rester trois jours, puis encore une journée deux mois plus tard.
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