Selon l’UDC, le peuple a toujours raison. Sauf quand il donne tort à l’UDC. On en veut pour preuve la nouvelle initiative contre l’immigration de nos invétérés populistes de droite contre la libre circulation des personnes.
En mai 2000, le souverain a accepté le principe même des accords bilatéraux avec l’Union européenne par une large majorité de 67,2%. En septembre 2005, il a étendu la libre circulation aux nouveaux pays membres de l’UE à hauteur de 56%.
LUCIDITÉ BIENVENUE DES CHEFS D’ENTREPRISE À L’ÉGARD DE L’UDC QUOIQU’UN BRIN TARDIVE.
En février 2009, le peuple s’est encore prononcé pour la reconduction de la libre circulation avec l’UE et son extension à deux nouveaux pays. Verdict: oui à 59,6%.
La constance du vote populaire interpelle. Si, en 2000, une majorité de citoyens s’est entichée de la voie bilatérale, c’est bien parce que, en 1992, l’entrée dans l’Espace économique européen avait été refusée (de justesse). Après une courte décennie de stagnation économique, les accords bilatéraux ont été perçus comme une solution pragmatique, surmesure, pour régler nos relations avec nos voisins.
A l’usage, la majorité des Suisses a trouvé ce modus vivendi profitable. La voie des négociations bilatérales – il n’a pas l’air de s’en souvenir – avait été désignée par Christoph Blocher luimême au soir du refus de l’EEE.
Ce n’est pas la moindre de ses incohérences. Le tribun clame qu’il faudrait «mieux négocier avec Bruxelles». Belle injonction. On ne se souvient pas pourtant que, lorsqu’il avait l’honneur de défendre les intérêts suisses auprès de l’UE, il ait obtenu de grandioses concessions supplémentaires.
Le petit jeu illogique du septuagénaire a fini par superbement agacer les milieux patronaux, qui tiennent aux accords bilatéraux comme aux pour cent d’augmentation du PIB qu’ils génèrent. Plus de 140 chefs d’entreprise manifestent désormais leur hostilité à l’UDC par de gros encarts publicitaires. Lucidité bienvenue quoiqu’un brin tardive. Les milieux économiques ont longtemps éprouvé pour l’entrepreneur une fascination peu critique.
Ils ont beaucoup moqué en revanche ceux qui, depuis 1992, ont émis l’idée d’un cordon républicain contre le blochérisme. Ceux-ci exagéraient le danger, disaient-ils. On aurait mieux fait de les écouter. Car, quelle est la finalité de la politique blochérienne? A part l’autocélébration, nous n’en distinguons pas vraiment.
Blocher dit lutter pour le maintien d’une Suisse indépendante. Noble mission. Mais qu’est-ce que signifie l’indépendance dans un monde interdépendant? Dans un monde où la plus grande puissance, les Etats-Unis, dépend de l’épargne chinoise? Et où les puissances émergentes, telle la Chine, dépendent, pas moins que nous, de l’accès aux marchés d’exportation?
Les proeuropéens pensent que notre précieuse souveraineté serait mieux défendue en étant présents là où les décisions se prennent. Blocher pense le contraire. En fait, il doute de la capacité de la Suisse à rester elle-même au contact des autres.
Ce manque de confiance dans nos valeurs et dans la force de notre identité est sa plus grande erreur. S’il parvient, à coup de millions de francs de propagande, à faire tomber les accords bilatéraux, il se piégera fatalement. La voie bilatérale enterrée, la voie solitaire menant à l’appauvrissement général, l’adhésion sera la seule option pour la Confédération. Restera alors à le faire comprendre aux Suisses qu’on aura tant bercés d’illusions et de contre-vérités.
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