Les fortes variations affectant les marchés financiers depuis l’été mettent à rude épreuve les nerfs des investisseurs à moyen et long terme. Signe de ces temps agités: les constructeurs d’indices créent de nouveaux produits sur actions proposant soit une volatilité contrôlée, soit misant sur des sociétés distribuant de généreux dividendes. Ce, pour répondre à la demande de clients souhaitant rester investis en actions tout en limitant les risques de pertes.
Dow Jones Indexes vient ainsi de lancer plusieurs indices à volatilité contrôlée, ainsi qu’une série de Select Dividend. Surtout connue pour son indice vedette – le Dow Jones Industrial Average, référence de Wall Street – l’entreprise gère aujourd’hui plus de 130 000 indices sur actions, obligations et placements alternatifs dont les hedge funds, les matières premières et l’immobilier.
Depuis que le CME Group est devenu son actionnaire prépondérant, au début de 2010, Dow Jones Indexes réalise le gros de ses affaires avec des clients américains puisqu’elle est désormais en concurrence en Europe avec ses anciens partenaires: les Bourses suisse et allemande qui possèdent en commun Stoxx, leader des indices européens. Récemment de passage à Genève, Deborah Ciervo, responsable des marchés et produits internationaux, analyse les évolutions récentes de la demande en matière d’indices. Les produits misant sur la finance islamique ont notamment la cote.
Avez-vous constaté une évolution de la demande pour les indices actions depuis le début de la crise financière?
Nous discutons régulièrement avec nos clients et lançons de nouveaux indices en fonction des besoins. Une forte demande pour les indices à basse volatilité s’est manifestée, particulièrement ces derniers mois avec la montée de la volatilité sur les marchés.
Nous venons ainsi de lancer Dow Jones Europe Titans 80 Volatility Risk Control, Dow Jones Eurozone Titans 80 Volatility Risk Control et Dow Jones BRIC 50 Volatility Risk Control. La volatilité maximale sur l’indice sousjacent est limitée à 5, 10, 15 ou 20% au choix. La méthodologie nous permettrait tout aussi bien de construire à la demande des indices avec un autre niveau de volatilité contrôlée: de 12%, 17% ou 21%. Nous le faisons d’ailleurs quand un établissement financier veut créer un produit de placement spécifique.
Comment garantissez-vous l’amplitude maximale des variations de cours du panier d’actions sous-jacent?
Chaque indice à basse volatilité est géré un peu comme un portefeuille comportant les titres inclus dans l’indice sous-jacent – par exemple le DJ Europe Titans – et lorsque la variation maximale est atteinte – par exemple 5% – nous passons en cash.
En quoi de tels indices sont-ils utiles?
Cette sécurité offerte aux détenteurs d’actions est très recherchée: elle permet de rester exposé aux marchés boursiers en limitant automatiquement le risque de perte. Ces indices sont demandés par les banques de détail qui s’en servent pour lancer de nouveaux fonds de placement à risque limité destinés au grand public.
Ils peuvent également être utilisés pour construire des portefeuilles sécurisés en gestion de fortune privée ou institutionnelle ou comme sous-jacents à des ETF ou produits structurés.
Avec de tels produits, l’investisseur prend le risque de ne pas profiter de la totalité de la hausse de l’indice sous-jacent en cas de rebond?
De tels indices limitent effectivement les variations à la hausse comme à la baisse. L’objectif est de définir une perte maximale. Si les marchés remontent, on ne bénéficie pas, en contrepartie, de la totalité de la hausse. Avec des marchés qui peuvent perdre 4 à 5% en une seule journée, les gens cherchent des produits transparents à risque limité.
Vos nouveaux indices retenant des actions d’entreprises distribuant un dividende généreux répondent-ils aussi à une demande accrue de sécurité?
En partie, les investisseurs souhaitent conserver des actions tout en limitant les risques. Nous avons donc lancé fin septembre six nouveaux indices Select Dividend basés sur des entreprises distribuant un bon dividende mais répondant également à d’autres critères qualitatifs comme la progression de la valeur de leur titre ces dernières années.
Avec la baisse violente des marchés actions, le rendement du dividende augmente mécaniquement pour nombre d’entreprises: vos indices sont-ils régulièrement réajustés?
Nos indices ont été composés à partir d’une sélection retenant différents critères de solidité des entreprises et ne sont modifiés qu’une fois par an, sauf fusion ou IPO sur une des sociétés incluses dans le panier.
Quelles sont les autres évolutions marquantes de la demande en matière d’indices?
Nous constatons un intérêt marqué pour des indices stratégiques ou thématiques. Les produits suivant l’évolution de la finance islamique sont également recherchés, notamment en Asie. Raison pour laquelle notre série axée sur les dividendes comporte le Dow Jones Islamic Market Global Select Dividend.
L’univers des entreprises pouvant potentiellement être retenues dans cet indice islamique était-il suffisamment large?
De plus en plus d’entreprises au Moyen-Orient et en Asie respectent les principes de la finance islamique. Nous avions donc un large choix de sociétés relevant de cet univers et distribuant de bons dividendes pour nous permettre de construire un indice. En ce qui concerne la finance islamique, tant le nombre de sociétés en respectant les principes de gestion que le nombre de clients demandant des produits de placement islamiques sont en augmentation.
Quels sont les indices thématiques ayant la cote en ce moment?
Les indices immobiliers sont recherchés: nous avons donc lancé une série Select Real Estate couvrant différentes régions: l’Amérique, l’Europe et l’Asie Pacifique.
PROFIL
DEBORAH CIERVO
Senior Director of International Markets and Products chez Dow Jones Indexes qu’elle a rejoint en 2005. Responsable du développement de produits en dehors des Etats-Unis, elle supervise les équipes commerciales en Europe, en Asie et au Moyen-Orient. Elle a développé depuis 2007 une expertise sur les indices relatifs à la finance islamique. A obtenu le CFA en 2004, ainsi qu’un bachelor en finance de la Rider University.
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