Ah, la France! Son cinéma, sa littérature, ses chansons populaires, ses séries télé... Ah non, tiens, pas ses séries télé. Depuis une vingtaine d’années, le pays de Thierry la Fronde peine à rivaliser avec les productions anglo-saxonnes. La mamie Julie Lescaut ne fait pas le poids face aux Experts Gil Grissom et Horatio Caine, le Docteur Sylvestre fait pâle figure face à Dr. House et la Glenn Close de Damages ne ferait qu’une bouchée de la petite équipe d’Avocats et associés. Intrigues archiclassiques, personnages prisonniers du formol et rebondissements vus et revus plombent le petit écran hexagonal. Seule lumière dans cet obscurantisme de la fiction, les adaptations. De Un gars, une fille piqué au Québec à RIS Police scientifique importé d’Italie, les séries françaises maîtrisent plutôt bien l’art de la transposition. Dernière preuve, Les invincibles, diffusé en mars sur Arte et disponible aujourd’hui en DVD. Ou comment insuffler une french touch subtile à une mécanique québécoise bien huilée. Entre vraie vie et BD . Imaginée par François Létourneau et Jean-François Rivard, cette série qui a triomphé trois saisons durant dans la Belle Province met en scène quatre amis trentenaires, unis par un pacte. Le même soir, à la même heure, François-Xavier, Mano, Vincent et Hassan – les noms des personnages français – doivent larguer leurs compagnes respectives. Et à eux la vraie vie! Bien sûr, rien ne se passe comme prévu, du quitteur quitté à la rupture avortée. Surtout, la vraie vie n’est pas si facile. Rouillés pour la drague, perdus pour l’aventure, tournés en bourrique par les femmes et dépassés par des quinquas triomphants, les quatre «invincibles» ne peuvent que se réfugier dans un monde de bande dessinée, qui transpose leur scoumoune quotidienne en une épopée héroïque. Sous le crayon de Hassan, petite amie tyrannique et patriarche décomplexé prennent les traits d’une diablesse et d’un vieillard zen. Portrait d’une postgénération plutôt que d’une lost génération, Les invincibles colle aux errances de trentenaires mal à l’aise entre des modèles éculés et des rêves mal dégrossis. Le tout avec un sens aiguisé du ridicule comme de l’ironie et un malin plaisir à osciller entre profonde connerie et maladresse attachante. Mieux, la version française réussit à éviter tout excès franchouillard, refusant le Paris de carte postale pour un Strasbourg réaliste et s’entourant de guest stars raffinées, du toujours impeccable François Rollin (excellent en curé de province) à une Clémentine Célarié parfaite en figure de proue d’une génération de géniteurs à l’aise dans leurs pompes. Pour sa deuxième série «originale» – après Venus et Apollon – Arte réussit une jolie prouesse, conciliant humour décalé et souffle générationnel. Elle annonce déjà une deuxième saison pour début 2011. Les invincibles. Saison 1. Coffret 3 DVD. Arte Editions/Disques Office.
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