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Les jeux vidéo, de la culture?

Par Isabelle Falconnier, Eric Felley - Mis en ligne le 21.08.2008 à 06:00

L’Allemagne a ouvert la porte de son Conseil culturel à la Fédération des développeurs de jeux vidéo, reconnaissant la dimension artistique de ce média et son droit aux subventions culturelles. Un débat qui occupe l’Europe depuis dix ans.

OUI
Isabelle Falconnier
Cheffe de la rubrique culture
Vous souvenez-vous seulement que les intellectuels de toute l’Europe se sont crêpé le chignon pour savoir si le cinéma méritait leur respect? Qu’en 1753, Diderot n’accordait le statut d’art qu’aux seules architecture, sculpture, peinture et gravure? Que Hegel, quel progrès, y ajouta la musique, la danse et la poésie?
Peu importe la forme, peu importe le support. Seul compte le fond, soit l’expression de l’art, son pouvoir évocateur et sa charge créative. Le débat est déjà obsolète: tout comme les plasticiens se sont emparés de la vidéo, les jeux vidéo font depuis longtemps partie du terrain d’expérimentation des artistes con-temporains. Lorsqu’on est un créateur visuel aujourd’hui, doué de style, d’imagination, sachant raconter une bonne histoire, avec une vision de la vie originale, onirique ou critique, sensibilisé de plus aux innovations technologiques qui ont révolutionné le monde du divertissement et de l’art, il y a de fortes chances qu’on se trouve aspiré par le monde du jeu vidéo. Qui n’est ni meilleur ni pire que les autres domaines artistiques: la musique produit de la soupe commerciale comme des créateurs d’avant-garde. La littérature produit des best-sellers qui n’ont pas besoin de Pro Helvetia et des traductions de Robert Walser qui ne verraient pas le jour sans du mécénat public ou privé. On colle parfois une étiquette de sous-culture à Marc Levy ou Madonna, mais sans leur enlever l’accès au nirvana.
Quant à la violence prétendument consubstantielle aux jeux vidéo, elle sera moins apparente quand les jeux qui n’en contiennent pas, à visée artistique justement, auront les moyens de se faire connaître, forts d’un statut culturel leur ouvrant les portes des soutiens institutionnels. D’ailleurs, aucun art, miroir de l’âme humaine, n’est exempt de violence et, si nous avons survécu à Guernica, Orange mécanique ou Baise-moi, nous saurons tirer un parti cathartique de l’interactivité de ce qui sera sans aucun doute considéré demain comme le dixième art. 
 
NON
Éric felley
Journaliste à L’Hebdo
Les jeux Tomb Raider ou Dragon Ball font partie de la «culture» contemporaine au même titre que McDonald fait partie de la «culture» culinaire et les Nike de la «culture» vestimentaire. Mais on ne sau rait les intégrer dans ce que l’on considère comme la culture au sens où celle-ci représente un pays, une région ou un lieu.
Le monde des jeux vidéo est essentiellement agressif, apatride, futuriste, basé sur une guerre perpétuelle, qui offre une palette d’expressions réduites, malgré la complexité des logiciels. La majorité des jeux (en tout cas ceux qui se vendent bien) sont basés sur la destruction virtuelle de l’autre. Parfois avec un cynisme incroyable lorsqu’il s’agit de marquer des points en massacrant des innocents ou en leur tirant plusieurs fois dans le visage pour encore plus de points. On peut tuer en jouant et jouer en tuant avec un réalisme de plus en plus effroyable. Orange mécanique, à côté, devient presque une gentille fable prémonitoire.
Les armées s’inspirent d’ailleurs des jeux pour des simulateurs qui doivent préparer à la guerre réelle. Dans le magazine Horizons et débats, l’officier américain Dave A. Grossman résume assez bien la situation: «Nous nous servons d’un matériel militaire d’entraînement au combat rapproché, nous le rendons plus brutal, plus destructeur et plus nuisible et le remettons sans réfléchir à nos enfants. Le fait que des jeux vidéo beaucoup plus violents soient mis à la disposition de nos enfants sans restrictions légales devrait nous inquiéter encore davantage.»
Ceux qui n’iront jamais sur le terrain de la guerre cultiveront leur autisme discret de voisinage et passeront peut-être à l’acte en effrayant tout le monde, comme lors des drames de Columbine ou d’Erfurt. On ne voit pas très bien où l’on peut glisser le mot «culture» dans tout ça, sinon en le galvaudant dans l’expression de la culture de la violence gratuite.




Tags: Jeux vidéos,

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Réaction de Mathias
le 23.09.2008 à 13:08
Ce débat est très intéressant car il relance la question...
 
Réaction de smilysg
le 22.08.2008 à 15:58
Je dois avouer que je pensais écrire quelque chose d'assez...
 
Réaction de Bob
le 22.08.2008 à 12:19
Les jeux vidéo sont une culture. La preuve : vous n'en...
 
Réaction de Bowling
le 21.08.2008 à 16:12
Cher Eric, Cher Isabelle, Avez-vous déjà tenu un pad entre vos...
 
Réaction de Mario
le 21.08.2008 à 15:15
"La majorité des jeux (en tout cas ceux qui se...
 



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