L'Hebdo;
2006-03-02 Les emplois de demain (1) Episode 1.Les emplois de demain Les jobs du futur se dessinent dès aujourd'hui
Suis-je situé dans un métier qui a encore de l'avenir? Vers quelles professions dois-je orienter mes enfants? Quelle filière universitaire ou apprentissage ai-je intérêt à suivre? Ces questions, nous nous les posons tous. Les réponses ne sont pas claires.
Décrit il y a vingt ans comme le job du futur, celui d'informaticien a aujourd'hui le blues. Selon une enquête du seco (Secrétariat d'Etat à l'économie) publiée par l'hebdomadaire alémanique HandelsZeitung, le nombre de professionnels des métiers de l'informatique a régressé de près de 10% entre 2001 et 2005. Les prévisions sont donc parfois hasardeuses.
Autre exemple: inversement, il y a vingt ans, qui croyait à l'avenir de l'horlogerie? L'effectif de cette branche était passé de 90 000 en 1970 à 30 000 en 1984. L'arc jurassien était exsangue. Le canton de Neuchâtel perdait ses habitants. Aujourd'hui, l'embellie de cette industrie fait plaisir à voir. Plus de 40 000 personnes s'activent dans l'horlogerie de Schaffhouse à Genève, voire en Valais, une région sans forte tradition dans ce domaine. Les ténors de la branche ne cessent d'investir et d'ouvrir des boutiques aux quatre coins de la planète.
Les retombées des exportations Autant de baume au coeur d'une conjoncture qui reste maussade sur le front de l'emploi. Le chômage reste présent: 3,9% ou 154 000 inscrits en janvier 2006, en légère augmentation par rapport à décembre 2005. De conjoncturel, le chômage est devenu structurel. Un socle de sans emplois semble inamovible.
Mais l'horizon pourrait bientôt s'éclaircir. Les cohortes de professionnels issus du baby-boom des Trente Glorieuses, nés dans les années 50 et 60, ont aujourd'hui les tempes grisonnantes. Leurs rangs vont s'éclaircir. Certains d'entre eux vont bientôt opter pour une préretraite. Les babies sont devenus des papies et des mamies: ils vont peu à peu céder leur précieuse place de travail.
Comme nous ne serons pas tous des bioinformaticiens, des généticiens, des stylistes haut de gamme, des experts en multimédias ou des nanotechnologues, il est important d'identifier les débouchés et les perspectives dans les grands secteurs économiques, comme celui de la santé ou du commerce.
Mais ce qui fait encore aujourd'hui la richesse de la Suisse, ce qui tire en avant le pays, ce sont ses branches exportatrices. Si une entreprise classique comme Vetropack parvient à investir à Saint-Prex, c'est aussi parce que ses affaires en Slovaquie sont florissantes. Si la firme Kuk, spécialisée dans les composants électroniques, emploie 70 personnes et achève la construction d'une nouvelle usine à Appenzell, c'est aussi grâce à sa percée du marché chinois. Sans parler des grandes entreprises ou des géants de la banque.
Selon une étude du Credit Suisse (janvier 2006), ce sont les industries pharmaceutiques, chimiques et celles liées aux instruments de précision (technologies médicales et horlo-gerie, notamment) qui connaîtront une croissance nettement supérieure à la moyenne à moyen terme.
Ces branches étant largement internationalisées, les emplois qui y sont liés se créeront beaucoup à l'étranger, et en premier lieu sur les nouveaux marchés (Chine, Inde, Asie du Sud-Est). Les entreprises phare de ces secteurs sont aussi généralement cotées en Bourse. Confrontées à la concurrence et à la dictature des marchés financiers, qui exigent de fortes rentabilités, elles sont aussi enclines à se restructurer à l'infini. La compression des charges salariales reste un leitmotiv. En revanche, comme leurs affaires se déroulent bien, elles engendrent autour d'elles de véritables pépinières de PME ou d'indépendants: nettoyage industriel, sécurité, services juridiques (cabinets d'avocats spécialisés dans la propriété intellectuelle, par exemple), formateurs et consultants en tous genres, etc. Le fournisseur de service qui est prêt à accompagner ces multinationales dans le monde entier, en créant par exemple un réseau de consultants capables de rendre le même service (en termes de qualité-prix) à Zurich comme à São Paulo ou Shanghai, peut épouser la même courbe de croissance. Et, donc, créer aussi des emplois en Suisse pour soutenir cette expansion.
Autre exemple: le site de Monthey. Outre la «Ciba», ce complexe abrite aujourd'hui de nombreuses autres entreprises. Mais il génère aussi des retombées insoupçonnées en matière de formation: le «concierge» des lieux, la Cimo (Compagnie industrielle de Monthey SA) s'est acquis une forte réputation en ma- tière de gestion de sites industriels. La seule Cimo emploie directement 450 collaborateurs et forme 150 apprentis pour le compte de ses entreprises partenaires.
Quatre qualités helvétiques De la banque à l'industrie en passant par l'hôtellerie, pour réussir, durablement dans sa profession, il faut posséder un solide bagage théorique irrigué par une bonne formation continue. Mais quatre qualités sont pratiquement communes à tous les métiers, qu'ils soient publics comme privés.
D'abord l'ouver-ture d'esprit. Construite à partir de quatre cultures, la Suisse a ici une jolie carte à jouer. A condition de multiplier les voyages et les stages à l'étranger. Et de maîtriser les langues. Pour le Romand: être fluide en anglais (ou en allemand), posséder de solides connaissances d'allemand (ou d'anglais) et des rudiments d'une quatrième langue (espagnol, italien, chinois, arabe, russe). Des notions de chinois seront très utiles dans le tourisme, l'espagnol est important pour prospecter les marchés latino-américains, l'arabe est un plus dans la finance pour capter les pétrodollars.
Ensuite, le sens de la précision, important pour l'horloger et le juriste (la Suisse est par exemple une place de premier niveau dans l'arbitrage). En troisième lieu, la bienfacture liée aux métiers de l'industrie et de la construction (les entreprises cherchent par exemple des Supply Chain Managers, en français des gestionnaires en logistique). Enfin, l'accueil et la discrétion, qualités incontournables de l'hôtelier et du banquier.
Ces qualités typiquement helvétiques ne suffisent plus. Dans les branches d'exportation, l'innovation et la veille technologique sont indispensables, tout comme un sens aigu du marketing. Pour le marché intérieur, ce sont les relations humaines, la souplesse et le service (commerce de détail, soins personnels, santé, formation et enseignement, loisirs) qui font la différence. Ces qualités professionnelles s'apprennent rarement à l'école. Mais elles permettent de s'assurer un avenir dans pratiquement tous les métiers. | RR
Dans les branches d'exportation, l'innovation et la veille technologique sont indispensables, tout comme un sens aigu du marketing.
Horlogerie
De l'ingénieur mécanicien au juriste
MONTRES Engouement pour le luxe, ouverture de nouveaux marchés, opportunités professionnelles inattendues: la branche ne s'est jamais si bien portée.
La branche horlogère jouit d'une excellente santé: en 2005, ses ventes ont connu une époustouflante hausse de 23,1% par rapport à l'année antérieure. 2006 se présente également sous de bons auspices. Très internationales, les grandes marques ouvrent à tour de bras de luxueuses boutiques dans les quatre coins de la planète. Récemment, Audemars Piguet en a inauguré une à Milan, Vacheron Constantin a choisi Moscou et le groupe schaff- housois IWC, après avoir ouvert des magasins à Dubaï, Las Vegas, Singapour et Hong Kong, vient de planter son fanion à... Zurich!
Dans les années 70, la branche regroupait, 90 000 personnes. La brutale crise horlogère a saigné les troupes. En 1984, l'effectif s'est stabilisé à 30 000, «17 000 en ne prenant que les emplois directement liés à l'horlogerie». Aujourd'hui, cette industrie embauche à nouveau. En Suisse, elle compte près de 40 000 professionnels, dont près de 11 000 à Neuchâtel, plus de 8000 à Berne et 6700 à Ge-nève, un canton où ce secteur connaît un spectaculaire renouveau, grâce au regain des montres de luxe.
Quel sera le profil de l'horloger de 2010? Question posée à François Matile, secrétaire général de la Convention patronale de l'industrie horlogère suisse. Pour le Chaux- de-Fonnier, «ce n'est pas en quatre ans que le métier va être bouleversé. La demande accrue et le positionnement dans le haut de gamme ne changent rien à cette évidence: le métier n'a en effet pas con-nu de modifications fondamentales depuis l'arrivée du quartz.» Depuis lors, la formation ne fait plus l'objet que de réglages fins.
Hausse des besoins Pour François Matile, «le vrai problème n'est pas qualitatif - encore que les entreprises se plaignent que les horlogers accomplissent trop peu de pratique en école et ont besoin de quelques années de "planche" avant d'être pleinement opérationnels - mais quantitatif. Mais depuis dix ans la Convention patronale, par des enquêtes régulières, s'est dotée des moyens de "piloter" les effectifs de manière à éviter la pléthore comme la pénurie de personnel qualifié. La dernière enquête sera d'ailleurs bientôt publiée: sans surprise, elle prévoit une hausse des besoins en horlogers.»
Ce besoin accru s'explique notamment par le regain d'intérêt du luxe. Mais le Neuchâtelois préfère parler «d'élargissement de la clien-tèle»: «Que l'on pense à la Chine ou à la Russie par exemple. Le luxe est à double tranchant: la valeur augmente, mais les quantités diminuent. Or, personne ne conteste la nécessité de garder une base de produits la plus large possible. Faire du bas de gamme en Suisse est sans doute désormais exclu: mais faire de la montre suisse un produit exclusivement de luxe n'irait pas sans désavantage. Heureusement, les statistiques montrent que le milieu de gamme suisse connaît aussi de belles envolées.»
Les horlogers créent désormais aussi des emplois en multipliant l'ouverture de boutiques sous leur propre nom, voire de véritables petits musées. A l'heure du tout à l'électronique, l'engouement pour des garde-temps classiques les oblige à rechercher activement des ingénieurs mécaniciens. Et des as du marketing et des juristes pour lutter contre la contre-façon.
Porte-parole de la Fédération horlogère, qui emploie directement 43 personnes, Jean-Daniel Pasche précise: «Nous avons même créé une cellule internet, notamment avec une juriste.» Pour défendre leur marque, les horlogers traquent désormais les faussaires sur la toile. Ils rivalisent aussi d'imagination pour réaliser des sites web très innovants, alliant ancrage dans l'histoire et projection dans le futur grâce à des animations visuelles. Animateur de sites horlogers? C'est aussi un métier. | RR
«Nous avons même créé une cellule internet, notamment avec une juriste.»
Jean-Daniel Pasche, porte-parole de la Fédération horlogère
GARDE-TEMPS Les ingénieurs mécaniciens à nouveau recherchés.
évolution de l'emploi dans l'horlogerie
Banques
Le service à la clientèle reste toujours roi
Embellie La forte progression des bénéfices bancaires se traduira en futures embauches si les marchés financiers restent cléments.
Les banques établies en Suisse comptaient 115 628 postes à plein temps à fin 2004, soit 2,4% de plus qu'une année auparavant, relevait en juin dernier la Banque nationale suisse, en précisant que la création d'emplois a surtout bénéficié aux succursales à l'étranger. En Suisse, l'effectif a stagné, s'inscrivant à 99 547 personnes.
Cette stagnation constatée fin 2004 - après une réduction de 10 000 postes de travail depuis fin 2000 - se transforme lentement en progression des effectifs. D'une part, parce que les employeurs prévoyaient pendant les années noires sur les marchés boursiers de réduire encore d'ici à 2010 les sureffectifs de personnel constitués avant le krach; d'autre part, parce que les bénéfices bancaires étant fortement dépendants de l'évolution des marchés, les dirigeants gardent le pied sur la pédale du frein en matière d'embauches.
Les statistiques n'étant guère bavardes sur les emplois sauvés pour cause d'envolée des résultats, la détente sur le marché de l'emploi bancaire s'inscrit plus dans la diminution du nombre de chômeurs de ce secteur que dans la création nette de postes.
Genève, et plus largement la Suisse romande, constituent une heureuse exception; en raison de l'importance de la gestion de fortune privée dans l'activité bancaire de la région. Une spécialité gourmande en personnel: une bonne part de la satisfaction du client passant par la qualité du conseil reçu. Présentée en octobre 2005, la dernière enquête conjoncturelle de la Fondation Genève Place Financière prévoyait une augmentation du nombre d'emplois offerts par les banques de la place.
Acquisition de clientèle Concurrence oblige, «les personnes orientées vers l'acquisition et le développement de clientèle sont très recherchées», indique Pascal Barraudy, responsable du recrutement en Suisse romande pour le Credit Suisse. De même que «celles formées en compliance». Par ailleurs, «les banques auront toujours besoin de spécialistes des différents métiers de contact avec la clientèle: spécialiste crédits; portfolio manager, qui gère un portefeuille; investment consultant, spécialiste d'un marché ou d'un type de produit; financial planer, qui propose une analyse patrimoniale globale, ou fiscaliste. Ainsi que des emplois de back office associés, comme les assistantes de gestion.»
Les métiers pour lesquels la Banque cantonale vaudoise (BCV) prévoit d'embaucher le plus grand nombre de personnes ces prochaines années sont également liés au conseil: tant pour la gestion de fortune privée, que pour les entreprises ou le grand public. L'établissement vaudois estime aussi qu'il aura de plus en plus besoin de compétences dans le management et le leadership et de profils orientés vers les sciences exactes. Les nouveaux métiers qui se développent relevant, notamment, de la finance et du contrôle, ainsi que de la création de nouveaux produits.
La Banque Syz à Genève mentionne également dans les nouveaux métiers en développement, ceux liés à la conception de produits structurés. «Notre banque commande ces produits à des groupes bancaires qui se sont spécialisés dans leur construction - comme JP Morgan ou Société Générale», indique Ricardo Payro, directeur de la communication. Et de préciser: «Pour ce faire, nous devons avoir au sein de notre personnel des spécialistes capables de concevoir le produit qui corresponde le mieux aux besoins des clients, de trouver la banque qui va le structurer aux meilleures conditions, puis d'en expliquer les avantages et les risques.»
Autre métier rela-tivement neuf: analyste de hedge funds. Outre ses «capacités à faire preuve de jugement et de rigueur dans un processus d'analyse quantitative et qualitative, au moment de la sélection du fonds»; l'analyste doit aimer voyager: «Nos analystes effectuent en moyenne 250 à 260 visites de gérants par an.» | GB
«Nous avons toujours besoin de gestionnaires de talent, avec un style de gestion dynamique.»
Ricardo Payro, directeur de la communication de la banque Syz
Capital-risque trés créateur
Un gisement d'emplois peu exploité existe aussi dans la finance, à travers le capital-risque. Selon une étude publiée en décembre 2005 par une université allemande sous mandat de l'EVCA (European Private Equity and Venture Capital Association), un million de nouveaux emplois ont été créés en Europe grâce au capital-risque. Au cours de la période sous revue, de 2000 à 2004, 630 000 jobs auraient ainsi vu le jour grâce à des firmes financées par du pur capital-risque, qui recherche du rendement à court terme, alors que 420 000 autres emplois ont été créés par des entreprises soutenues par du capital-investissement, davantage soucieux de rendements à moyen terme. Toujours selon cette étude, les sociétés financées par ce type de capital employaient près de 6 millions de personnes en 2004, soit 3% des 200 millions de personnes actives en Europe, selon les estimations d'Eurostat, le bureau en charge des statistiques européennes. | RR
évolution de l'emploi dans la finance
Pharma et chimie
Traquer la qualité
RECHERCHE Dans ce secteur, la croissance peut être fulgurante. Parfois liés à la survie des patients, les produits sont extrêmement sensibles: les exigences professionnelles sont donc très élevées.
En Suisse, la pharmacie est sans conteste le fleuron actuel de l'industrie. En termes de valeur boursière, les Bâloises Novartis et Roche sont les deux plus importantes entreprises suisses, avant Nestlé, UBS ou le Credit Suisse (les cinq firmes helvétiques figurant dans le Top 100 mondial). Pourtant, l'ensemble du secteur pharmacie et chimie n'occupait en Suisse «que» 64 356 personnes en 2001. Les industriels du secteur cherchent constamment à fabriquer des produits à des conditions avantageuses, afin de dégager leurs marges de profit qu'ils investissent dans la gloutonne recherche.
En Suisse, ces firmes maintiennent tout d'abord leurs unités de recherche et de développement, ainsi que la production de médicaments ou de systèmes thérapeutiques nécessitant une qualité irréprochable (hygiène, processus de fabrication isolés de l'extérieur, systèmes de traçabilité etc.). Les techniciens et ingénieurs intégrant ces besoins sont constamment recherchés.
Au groupe bâlois Roche, on indique vouloir trouver des spécialistes davantage orientés vers la biotechnologie (biochimistes, par exemple), une politique d'embauche en adéquation avec le succès rencontré par sa filiale américaine Genentech, numéro deux mondial de la biotechnologie derrière Amgen.
100 embauches par an Toujours à Bâle, Actelion continue d'étoffer ses effectifs. La croissance de cette entreprise fondée en 1997 par des anciens chercheurs de Roche est fulgurante. «Nous employons aujourd'hui 1030 collaborateurs, dont la moitié en Suisse», résume Roland Haefeli, porte-parole de cette compagnie pharmaceutique spécialisée dans les produits cardiovasculaires. Ses professionnels sont des chimistes issus du poly, et des médecins ayant oeuvré dans l'industrie. «Le profil de nos chercheurs ne varie guère: esprit d'initiative, bonne connaissance des besoins de l'industrie, expérience scientifique acquise à l'étranger, et notamment dans les pays anglo-saxons», détaille Actelion, qui engage 100 personnes par an.
En Suisse romande, Serono est le plus important industriel du secteur. Mais de nouveaux acteurs apparaissent, à l'image de Ferring, une société d'origine scandinave qui est récemment devenue suisse. D'ici à la fin de l'année, elle devrait regrouper de 300 à 325 emplois à Saint-Prex. Michel Pettigrew, numéro deux de la compagnie, précise «avoir recruté dans la région du personnel de qualité sans aucune difficulté, en raison du niveau d'éducation élevé». En dehors des métiers liés aux activités de siège (juridique, finance, ressources humaines), l'industriel cherche à l'avenir des spécialistes capables d'assurer la qualité du produit d'un bout à l'autre de la chaîne de pro- duction, de la conception à la livraison.
Comme les gens seront toujours malades, l'industrie pharmaceutique est un secteur plus stable que la chimie, davantage frappée par les aléas de la conjoncture. Cette branche est aussi très mondialisée. Même si ses perspectives sont bonnes, les embauches devraient davantage s'effectuer à l'étranger, à proximité des nouveaux marchés. Porte-parole de Clariant (25 000 salariés), Walter Vaterlaus indique rechercher, pour la Suisse, des spécialistes dans la gestion et le marketing, au niveau des processus industriels, ainsi que des laborants sans cesse en quête d'innovations.
En revanche, dans les sites de production, l'ouvrier classique est en voie de disparition. Aujourd'hui, les usines chimiques sont extrêmement automatisées. Il suffit de pénétrer à l'intérieur de l'un de ces sites: les locaux sont encombrés par une forêt de tuyaux entrelacés. La présence humaine se réduit à une poignée de techniciens isolés dans une cabine de commande, et à une paire d'employés vérifiant que les produits chimiques s'écoulent bien entre l'ultime tuyau de l'usine et le camion ou le wagon de livraison. | RR
«Nous avons recruté dans la région du personnel de qualité sans aucune difficulté.»
Michel Pettigrew, numéro deux du groupe Ferring
Médicaments Des métiers à forte valeur ajoutée.
évolution de l'emploi dans la chimie et la pharma
Santé
D'énormes besoins difficiles à financer
Vieillissement Plus de professionnels des soins devront dans les années à venir prendre en charge un nombre grandissant de personnes atteignant le quatrième âge.
Le secteur de la santé et des activités sociales est l'un de ceux qui a créé le plus d'emplois ces dernières années. Alors qu'en 1985, il employait l'équivalent d'un peu plus de 240 000 personnes à plein temps, le total était déjà passé à 348 000 dix ans plus tard.
A fin 2005, ce sont 434 000 emplois qui étaient recensés en Suisse dans le domaine des soins et du social; avec une progression de 1,8% sur le seul dernier trimestre de l'année écoulée, représentant un gain de 7900 postes de travail.
Encore ne s'agit-il là que du début d'une tendance de fond qui va aller en s'accentuant; sous l'effet combiné des progrès de la médecine et de la pharmacologie, ainsi que de l'allongement de la vie. Les besoins en personnel soignant devraient augmenter massi-vement à partir de 2010, avec l'arrivée à l'âge de la retraite des premiers baby-boomers. De quoi grandement accentuer une pénurie déjà perceptible de professionnels qualifiés.
A l'occasion d'une enquête sur la question de la pénurie de talents en Suisse publiée au mois de février, la société Manpower mentionne le personnel soignant au nombre des dix professions les plus recherchées par les entreprises helvétiques. Toutefois, cette catégorie de métiers se situe loin derrière les ouvriers, dont on sous-estime souvent la quantité indispensable au bon fonctionnement de l'économie.
Spécialisées en gérontologie Responsable de Manpower médical pour la région Vaud, Fribourg, Valais, Antonia Difeo suit de près l'évolution de la demande en personnel soignant. Elle souligne d'emblée que «même si les futurs besoins ont bien été identifiés, leur financement pose parfois problème dans un contexte de restrictions budgétaires». Concrètement, alors que l'on recherche partout «des infirmières prêtes à travailler dans les établissements médico-sociaux (EMS) ou les établissements de soins palliatifs», une professionnelle qualifiée qui a passé la cinquantaine aura plus de chances de décrocher un job dans le canton de Fribourg que dans celui de Vaud où l'on demande aux recruteurs professionnels «de rechercher plutôt des jeunes qui coûtent moins cher».
Mais les diplômés récents «préfèrent généra-lement travailler dans un contexte de soins aigus, où ils entretiennent leurs compétences techniques». De quoi ajouter une pénurie relative à la pénurie absolue...
Boom des soins à domicile Car le gros des besoins, actuels et futurs, se situe bien dans «les soins aux personnes très âgées ou en fin de vie, dans les EMS ou les centres de soins palliatifs», précise encore la responsable de la société Manpower. «Il y a une forte demande d'infirmières spécialisées en gérontologie.» Demande liée à la situation des pensionnaires des EMS: «Il y a quelques années, il n'était pas rare d'entrer dans ce type d'établissement à 65 ans; aujourd'hui, les personnes qui arrivent ont souvent plus de 80 ans et des problèmes de santé plus importants auxquels doit pouvoir faire face le personnel soignant.» Le travail est fatigant, nombre de pensionnaires étant grabataires.
Les soins à domi-cile emploieront également à l'avenir de nombreux professionnels qualifiés. «En ce moment, le domaine des soins à domicile recherche des infirmières spécialisées en psychiatrie», indique Antonia Difeo. Recherche difficile, puisque cette formation spécifique a été supprimée il y a quelques années au profit du cursus complet dispensé désormais dans les HES qui forment les futurs infirmiers.
Reste à savoir si les jeunes diplômés à venir accepteront de passer une partie de leur vie professionnelle au service des personnes âgées et en fin de vie. | GB
«On manque d'infirmières dans les EMS et les établissements de soins palliatifs.»
Antonia Difeo, responsable de Manpower médical pour Vaud, Fribourg et Valais
Hôpitaux Du personnel infirmier recherché pour soigner le 4e âge.
évolution de l'emploi dans la santé et le social
Tourisme
Sourire ou périr
ACCUEIL Tant dans le secteur de l'hôtellerie, gourmand en capital, que dans celui de la restauration, où le nombre d'emplois reste important, la convivialité fera la différence.
Avec ses 5200 établissements, l'hôtellerie est l'une des principales branches du tourisme. Celle de la restauration regroupe plus de 22 000 entreprises, souvent très petites. Alors que l'hôtellerie ne peut pas se passer de compétences humaines dans le domaine de la gestion financière, en raison des gros besoins en capitaux liés à la rénovation immobilière, la restauration se caractérise par son beaucoup plus haut coefficient d'employés.
Les jobs du futur doivent donc obligatoirement intégrer cette donnée de base: de la serveuse au barman, le sens des relations humaines restera important. La durée de vie d'un café est courte: un patron doit aussi avoir un sens aigu du marketing et de la publicité. Son bistrot doit attirer le client, surtout s'il n'est pas situé dans une zone de passage.
La branche du tourisme souffre d'une mauvaise image en termes de conditions de travail: salaires bas, horaires irréguliers, présence à assurer presque 24 heures sur 24. Ce qui fait dire à Georges Schneider, directeur général du groupe français Accor en Suisse (34 hôtels, 900 collaborateurs): «Nous devrions être capables de payer nos employés davantage que les grands distri-buteurs pour que la branche reste attractive. N'oublions pas que les professionnels de notre secteur doivent aussi travailler souvent le soir, la nuit et les week-ends.»
métier en croissance L'hô- tellerie et la restauration emploient près de 180 000 personnes en Suisse. Comme le tourisme se développe au niveau mondial, c'est un métier en croissance. Les professionnels les plus recherchés sont ceux qui se sont déjà frottés à d'autres cultures. Sous cet angle, travailler au sein d'une chaîne est un avantage.
Responsable des ressources humaines chez Accor, Nathalie Favre résume: «Chez nous, les salariés peuvent aisément bouger, car nous disposons d'un parc hôtelier regroupant 4000 établissements dans le monde.»
L'hôtellerie est aussi condamnée à se rénover sans cesse. Une décoration d'intérieur originale et conviviale surprend agréablement, puis fidélise le client. A Genève, des dizaines de millions ont été investis par la chaîne Manotel, conduite par Omar Danial. Les six hôtels du groupe sont relookés avec beaucoup de créativité. «C'est simple, résume le Genevois. En rénovant nos établissements, nous créons de la valeur ajoutée. C'est très important dans une ville comme Genève, qui doit jouer à fond la carte de l'hôtellerie d'affaires et de congrès.» Pour attirer la clientèle au fond d'un vallon de l'arc jurassien ou au sommet d'un pâturage alpin, les propriétaires d'établissements sont condamnés à réfléchir à la décoration, externe comme interne.
Cadres et directeurs d'hôtels doivent donc posséder un grand sens esthétique. L'autre flèche indispensable à son arc, c'est le contact avec la clientèle. «Nous orientons nos cadres vers l'opérationnel, la relation avec le client, et le travail en équipe, ajoute Nathalie Favre. Que ce soit dans nos réceptions comme dans nos restaurants.»
Sans oublier le simple bon sens, la première qualité, «celle qui fait souvent la différence entre des hôtels offrant des prestations similaires», comme le relève Michel Perret, directeur général de l'InterContinental à Genève (un établissement qui regroupe 300 emplois): «il faut aimer faire plaisir». Tout le reste, ajoute cet hôtelier qui navigue dans le métier depuis plus de 35 ans, c'est de la technique. Aimer les gens, aimer faire plaisir. C'est valable pour les hôtels comme pour les restaurants. A côté des monumentaux rapports comparant la compétitivité de la Suisse touristique avec celle de l'Autriche, de la France ou de la Croatie, il existe donc une chose toute simple, à portée de tout le monde: recevoir le client avec le sourire. | RR
La semaine prochaine
Les perspectives dans l'industrie.
«Les salariés peuvent aisément bouger, car nous disposons d'un parc regroupant 4000 hôtels.»
Nathalie Favre, responsable des ressources humaines, Accor Suisse
Hôtels Une branche historique qui doit se réinventer un futur.
évolution de l'emploi dans les hôtels et restaurants
La semaine prochaine: Les perspectives dans l'industrie
En se développant à l'étranger, le secteur des exportations permet de maintenir des emplois à forte valeur ajoutée en Suisse. De la santé à l'hôtellerie, en passant par la banque et l'horlogerie, plusieurs branches offrent des occasions à saisir.
Un Dossier réalisé par Roland Rossier et Geneviève Brunet
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Les postes créés dans la chimie et la pharma entre 1998 et 2001. Début du trend.
4000
Le nombre de nouveaux postes dans l'horlogerie entre 1998 et 2001, pour un total actuel autour des 40 000.
2,4%
La hausse des emplois bancaires de 2003 à 2004. Trend à la hausse confirmé fin 2005.
5290
Le nombre de postes créés dans l'hôtellerie et la restauration entre 1998 et 2001, pour un total de branches qui dépasse les 230 000 emplois.
64,8%
La hausse massive du nombre d'emplois dans la santé et le social entre 1985 et 2001.
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