EDITO
Les juges étrangers

Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 25.07.2012 à 13:01

Les célébrations du 1er Août livrent une opportunité rare de se pencher sur notre histoire. De l’invention de la fête nationale en 1891 à la vraie naissance de l’Etat fédéral en 1848, en passant par Marignan, les Tuileries ou la grève générale, nous revenons sur cinq journées clés qui ont fait basculer la vie et l’avenir des Confédérés (lire notre dossier en page 30). L’histoire qu’un pays se donne est un perpétuel chantier. Le choix de cinq dates est évidemment arbitraire: tant d’autres mériteraient un coup de projecteur, voire un coup de plumeau pour en dépoussiérer l’interprétation. Du mythe fondateur situé en 1291 à 1918, nous avons choisi des moments de convulsions, plus ou moins sanglantes, une manière de souligner que notre passé ne fut pas un long fleuve tranquille et lénifiant. Une volonté de lutter contre le pire préjugé qui affecte la connaissance de notre histoire, l’idée tenace que nous serions pour les siècles des siècles déconnectés du destin continental. Le 1er Août autorise maints discours sur «l’état de la nation», même s’il faut souligner la facétie mémorielle qui veut que la plupart des concernés soient absents au moment où ceux-ci sont prononcés… 

Ce que l’on peut dire en cet été 2012, c’est que, avec ou sans médailles aux JO, l’orgueil national est gonflé à bloc. Ce sentiment de supériorité se repaît du marasme des pays voisins. Cette Schadenfreude, cette joie mauvaise, n’est pas digne des vrais patriotes, qui n’ont pas besoin de se jucher sur les difficultés des autres pour être fiers de la Suisse. D’ailleurs, si on zoome plus avant sur les soubresauts de l’actualité estivale, on tombe sur une saugrenue polémique importée, qui révèle le malaise autour de nos relations extérieures. On veut parler ici du débat sur la circoncision (lire l’article en page 22). Quelle mouche a piqué l’hôpital des enfants de Zurich pour choisir de se calquer sur la décision d’une cour de justice allemande? En général, il y a en Suisse, en Suisse alémanique en particulier, une allergie viscérale, irrationnelle, aux juges étrangers. Pourquoi, dans ce cas, se référer aux Allemands? Parce que cela permet d’ennuyer les juifs et les musulmans, deux communautés que certains adorent montrer du doigt? Curieux paradoxe que ce rapport des Suisses aux juges étrangers. D’un côté, Berne refuse leur arbitrage dans ses différends avec l’Union européenne. De l’autre, des médecins s’y soumettent avec zèle. Dans le même temps, les affaires de CD volés, contenant les données de clients, ou le scandale de la transmission aux Américains de noms d’employés de banque, démontrent que notre Etat de droit ne vaut pas très cher, qu’il peine de plus en plus à se faire respecter sur la scène internationale.Comment sommes-nous parvenus à devenir si faibles? Aurions-nous raté quelque tournant historique? Vingt ans après le refus de l’Espace économique européen, la question devrait pouvoir être posée sans susciter l’hystérie ou l’accusation de masochisme.

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