Soixante-neuf, année érotique, murmurait jadis Jane dans une chanson de son Gainsbarre. Deux mille douze, année numérique, entonnent aujourd’hui les observateurs de la vie littéraire. Car si vous ne le savez pas encore, c’est l’an prochain que les ventes de livres numériques – ou e-books – devraient décoller. Grâce à des liseuses vendues à des prix plus abordables que par le passé, et à un catalogue de titres de plus en plus vaste.
Une liseuse sous le sapin. Pour certains passionnés de lecture, il est probable que ce qui tenait il y a quelques mois de l’anticipation soit une réalité. Il faut dire que le consommateur romand a depuis peu le choix entre différents modèles vendus entre 150 et 230 francs environ. Les magasins Fnac, qui jusque-là ne proposaient qu’une liseuse Sony, viennent par exemple de lancer leur appareil maison, le Kobo. Les librairies Payot ont quant à elles misé sur le Cybook Odyssey de la firme Booken. En ligne, à un prix plus compétitif encore (99 euros), il est également possible de commander le Kindle d’Amazon.
Ces liseuses nouvelle génération – le premier Kindle date de 2009 déjà – se valent en termes techniques, avec un temps de chargement rapide, une autonomie allant jusqu’à un mois, des ports USB, des connections wifi et une mémoire de base d’environ 2 Go, ce qui équivaut à 2000 livres. De quoi occuper un certain nombre de nuits blanches. Et à l’opposé des tablettes numériques multifonctions de type iPad, les liseuses offrent un bon confort de lecture. Bonus avec le Cybook, qui peut lire des fichiers MP3, pour ceux qui aiment bouquiner en musique.
Dans les rayons numériques à disposition des lecteurs, l’offre est également considérable. La Fnac propose par exemple sur son site quelque 200 000 titres. Chez Amazon, ce sont 40 000 ouvrages qu’il est possible de télécharger en français. Les enseignes Virgin, qui en France ont conclu un accord avec Amazon afin de pouvoir vendre en exclusivité le Kindle, possèdent, elles, un catalogue riche de 150 000 références.
Du côté de Payot, qui vend pour l’heure quelque 60 000 titres, on n’oublie pas les lecteurs qui souhaiteraient continuer à bénéficier des précieux conseils des libraires: il est possible d’acheter un livre numérique en magasin et de le recevoir ensuite par courriel. Et l’an prochain, chez Payot comme chez ses concurrents, le nombre d’e-books disponibles devrait exploser. Du côté des librairies indépendantes, on n’est pas en reste avec le site e-readers.ch, uniquement dévolu au livre numérique. Preuve que le secteur a du potentiel, personne ne veut rater le train.
50% moins cher. Au niveau des prix, le spectre est comme pour les titres très large, allant de la gratuité (offres promotionnelles, ouvrages libres de droits) aux livres à plusieurs dizaines de francs. En Suisse, marché tristement célèbre pour sa cherté, la différence de prix entre un livre numérique et son homologue papier est plus marquée qu’en France et peut aller jusqu’à 50%. Un argument qui devrait séduire les gros lecteurs, qui continueront à acheter les livres de leurs auteurs de prédilection mais pourraient passer au numérique lorsqu’il s’agit de faire des découvertes.
Alors que l’usage des liseuses a jusquelà surtout été professionnel, elles sont un outil indéniablement pratique lorsqu’il s’agit de consulter des ouvrages scientifiques de plusieurs centaines de pages, il devrait donc se démocratiser. Tout le monde a connu ce dilemme: quels romans emporter en vacances? Une question dont la réponse passe parfois par le poids lorsqu’il s’agit de boucler sa valise avant un départ en avion. Plus de souci avec une liseuse. On emporte aussi bien des classiques que des best-sellers et des essais. L’argument est indéniablement vendeur.
Le numérique tuera-t-il le papier? Non. Les deux formats cohabiteront, cela ne fait aucun doute. Et qui sait, les liseuses redonneront peut-être le goût de la lecture à la génération née dans le nuage du web 2.0.
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