IMMOBILIER
Les maisons Ikea borderont le site olympique

Par Julie Zaugg - Mis en ligne le 19.07.2012 à 12:02

Londres. Situé à deux pas de l’espace qui accueillera les JO, un ancien site industriel est en pleine régénération. Une révolution menée par une poignée d’acteurs étrangers, comme Ikea qui va y construire un nouveau quartier d’habitation.

D’un côté de la route, des appartements flambant neufs, un concessionnaire Porsche et, au loin, le tout nouveau stade olympique. De l’autre, des entrepôts éventrés, des cheminées de brique rouge et des revendeurs de pièces automobiles. C’est dans ce décor postindustriel semi-réhabilité typique de l’est de Londres que la firme suédoise Ikea a prévu de bâtir un nouveau quartier, surnommé Strand East, par le biais de son bras d’investissement Inter Ikea.On y trouvera 1200 nouvelles habitations, des bureaux, des magasins, des restaurants, un hôtel et un parc. Un quartier «créatif» dessiné par l’architecte danois Jan Gehl, composé d’entrepôts et d’espaces d’exposition, servira les besoins de l’industrie du cinéma et du design. L’héritage industriel de la zone, dont une partie des bâtiments sont classés, sera conservé. Ce n’est pas la première fois que le géant du meuble investit le marché immobilier. Des projets similaires ont déjà vu le jour dans de nombreux endroits, mais il s’agit d’une première à cette échelle. «Nous sommes à la recherche de sites postindustriels, déjà situés dans un environnement prometteur en termes de qualité de vie», souligne Harald Müller, responsable de ce dossier auprès d’Inter Ikea. Le site de Strand East correspond à ces critères, puisqu’il est «bordé par deux rivières, proche des infrastructures de transport et situé au cœur de la zone en pleine régénération du parc olympique», précise-t-il.


Investissement sûr. Si Inter Ikea s’intéresse à l’immobilier, c’est dans une perspective à long terme. «Nous percevons 3% du chiffre d’affaires mondial réalisé par Ikea: il s’agit pour nous de placer ces profits de façon sûre et stable, ce que les marchés financiers ne nous permettent plus de faire, explique Harald Müller. Nous visons un horizon de dix à quinze ans pour les retours.» Cela amène le groupe à privilégier les projets «qualitatifs», avec beaucoup d’espaces verts et une densité d’habitations peu élevée, qui ne vont pas se dévaluer trop rapidement.Jamie Hodge, le porte-parole de Stratford Renaissance, un partenariat public-privé mis sur pied pour superviser la régénération de l’est de Londres, s’en réjouit: «Contrairement aux investisseurs immobiliers traditionnels, qui achètent le moins cher possible pour revendre très vite et réaliser un profit maximal, Inter Ikea est prêt à patienter quelques années avant de toucher des retours.» Le groupe possède également suffisamment de liquidités pour ne pas devoir contracter des emprunts auprès des banques, devenues frileuses depuis la crise. «Cela nous donne l’assurance que le projet ne va pas être abandonné ou redimensionné en cours de route», relève-t-il. 


Snobisme anglais. Ikea n’est pas le seul groupe étranger à s’intéresser à l’est de Londres. «Des Australiens ont ouvert un gigantesque centre commercial, un fonds de pension canadien a investi dans une ligne de train qui relie Stratford à l’Eurostar, le Gouvernement qatari a pris des parts dans le village olympique et Siemens va installer un centre technologique sur les bords de la Tamise», détaille Jamie Hodge. Les entreprises du cru sont en revanche en train de passer à côté de ces opportunités. «En Grande-Bretagne, il règne un certain snobisme face à l’est de Londres, perçu comme un quartier dangereux, caractérisé par un fort taux de chômage et un manque de personnel qualifié. Les groupes étrangers n’ont pas ces préjugés.»Mais l’arrivée de ces acteurs multinationaux dans une région longtemps délaissée tant par les investisseurs privés que par les pouvoirs publics ne se passe pas toujours sans heurts. La chaîne de supermarchés Tesco avait prévu d’y construire un nouveau quartier doté de logements, d’un hôtel et d’une école, mais elle a dû y renoncer à la suite du tollé suscité par son projet. «Un groupe de petits commerçants, déçus des conditions de relogement qui leur étaient offertes, a fait appel auprès du gouvernement et a tout fait capoter», note Tony Fletcher, un porte-parole de Tesco. Nouvelle frontière urbaine, l’est de Londres ne se laisse pas conquérir par le premier venu.

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