On se souvient du feuilleton politique de l’été 2009: l’annonce de la démission de Pascal Couchepin, la bataille pour sa succession et l’impression qu’elle se jouait à la roulette. La trêve estivale devrait être moins chahutée cette année. A moins que Hans-Rudolf Merz ne soit contraint de précipiter son départ: comme le révélait le journal Sonntags-Zeitung, le conseiller fédéral aurait lui-même organisé la diffusion de documents portant sur la libération des otages suisses en Libye. Des documents classés top-secret. Que cette information se vérifie et la position du conseiller fédéral deviendrait vite intenable.
La question de son remplacement se posera de toute façon avant la fin de l’année. Une discussion qui coïncidera avec le débat sur la réforme du gouvernement. Faut-il renforcer la présidence de la Confédération? Doit-on doter le gouvernement d’une cellule de crise? Pourrait-on, comme le propose le PDC, réduire le collège de sept à cinq membres tout en élisant sept à neuf «ministres» pour assurer le quotidien?
Une réflexion utile, certes. Mais dans l’immédiat, l’important, c’est de repérer les papables les plus compétents. En allant piocher, si nécessaire, hors du sérail bernois. Nous écrivions dans ces colonnes qu’un homme comme Philipp Hildebrand présente un profil parfait, même s’il est actuellement plus utile à la tête de la Banque nationale suisse. Le financier tessinois Tito Tettamanti, lui, cite les noms du banquier Josef Ackermann et de l’ancien syndicaliste Serge Gaillard. On trouve aussi dans les cantons des politiciens formés au feu de l’exécutif et rompus à l’art de la collégialité. Un exemple?
Favorite à la succession de Hans-Rudolf Merz, la conseillère d’Etat saint-galloise Karin Keller-Sutter s’est fait un nom dans la lutte contre les abus de l’asile. Une dure en matière de sécurité. Sur les questions de société, elle se montre en revanche singulièrement ouverte. Quant à sa bonne connaissance de la Suisse romande (et sa parfaite maîtrise du français), elle lui vient de quatre années d’études à l’Ecole de commerce de Neuchâtel. Un fait assez rare pour être souligné (lire son portrait en page 12).
Ses rapports avec l’économie? Fille de restaurateur, ancien membre du comité directeur de l’Union suisse des arts et métiers (USAM), la radicale comprend les besoins des PME et peut se targuer de leur soutien. Une excellente politicienne qui, si elle était élue, donnerait à la Suisse un gouvernement à majorité féminine. Une grande première. Incidemment, personne ne l’a souligné jusqu’ici. La preuve d’un changement réjouissant de mentalité?
Sans doute faudra-t-il un jour corriger la mécanique fine du système helvétique. Voire repenser la concordance. Mais, pour l’heure, la priorité consiste à porter puis à élire les meilleurs candidats. Et éviter ainsi un nouveau flop à la Merz.
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