La concomitance de conflits graves, depuis les années 90, a jeté des millions de réfugiés sur les routes, que ce soit en ex-Yougoslavie, Tchétchénie, Afghanistan, Irak, Liban ou dans la région des Grands Lacs.
Si l’Europe est une terre d’asile recherchée, la majorité de ces réfugiés sont en réalité accueillis par des pays pauvres ou en développement, comme en témoignent les chiffres ci-dessous.
Selon l’organisation U.S. Committee for Refugees and Immigrants, 50% de ces migrants forcés terminent leur voyage dans la trentaine de pays dont le PIB par habitant est inférieur à 2000 dollars. Les 65 pays au PIB par habitant supérieur à 10 000 dollars n’accueillent, eux, que 9% des réfugiés.
Ces dernières années, l’Afghanistan, l’Irak, la Somalie et la République démocratique du Congo (RDC) ont provoqué le plus de fuites hors des frontières.
En Suisse, cela s’en ressent dans l’origine des demandes d’asile, même si, en 2009 comme en 2010, les trois principaux groupes de requérants ont été les Nigérians, les Erythréens et les Sri-Lankais.
Et en 2011? Fatoumata Lejeune-Kaba, porte-parole du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), prévoit une baisse du nombre de réfugiés dans le monde. Si tout va bien.
Car l’instabilité provoquée par la crise politique en Côte d’Ivoire «pourrait dégénérer en conflit armé, ce qui provoquerait un afflux massif de réfugiés dans la région ouest-africaine», craint la porte-parole.
Au Soudan, les tensions liées au référendum sur la sécession du Sud pourrait aussi chasser des milliers de personnes de chez eux. A l’étranger, ou à l’autre bout du pays.
Il faut en effet signaler que la carte ci-contre ne prend pas en compte les déplacés internes aux Etats, très difficiles à chiffrer. Estimés à 27 millions, ils se trouvent surtout en Colombie, en RDC, en Irak, au Pakistan et au Soudan.

Les murs de la mondialisation
C’est le paradoxe d’un monde «sans frontières». Alors que les marchandises, les capitaux, les informations y circulent comme jamais auparavant, le mouvement des personnes reste entravé. Ainsi, le Royaume-Uni exige un visa d’entrée aux ressortissants de 75% des Etats du monde. Si un milliard d’êtres humains sont des migrants, les trois quarts d’entre eux se déplacent à l’intérieur de leur pays.
Les autres, soit 214 millions de personnes, sont souvent poussés par l’espoir d’un mieux-être économique. Mais ils se heurtent à de nouvelles barrières sophistiquées. La plus connue est le «mur de la tortilla» séparant progressivement, depuis 2006, le MEXIQUE des ÉTATS-UNIS. Le but de ces quelque 1100 km de grillage, de béton et de miradors, qui couvrent un tiers de la frontière? Stopper le trafic de drogues, et surtout l’immigration clandestine, en provenance d’Amérique latine. Les 53% des étrangers vivant aux Etats-Unis proviennent de celle-ci. En 2011, le mur devait être complété par une «clôture virtuelle», un système de détection par radar. Ce ne sera pas le cas, à cause de couacs techniques qui ont poussé l’administration Obama à réduire son financement. La barrière, en tous les cas, n’a pas découragé ceux qui veulent entrer, comme le relève Jérôme B. Elie, historien des migrations à l’IHEID de Genève. «Cela ne fait qu’augmenter la dangerosité du trajet», les clandestins choisissant des points de passage toujours plus risqués. Au cours des dix premiers mois de 2010, selon l’Arizona Daily Star, 225 personnes sont mortes en Arizona en tentant de franchir la frontière.
L’EUROPE, qui a fait de la librecirculation une priorité à l’interne, contrôle aussi très strictement ses frontières. L’agence Frontex, créée par l’Union européenne (UE), les surveille depuis 2005 en mer et sur terre. Après le verrouillage des Canaries et de l’Italie, c’est désormais la Grèce qui fait figure de porte d’entrée du continent: en 2009, 75% des clandestins arrivés en Europe y ont débarqué. Dénoncé par Human Rights Watch pour son incapacité à maintenir des conditions de détention décentes, le Gouvernement grec a appelé Frontex à l’aide. L’agence a dépêché 175 gardes-frontières qui resteront à la frontière gréco-turque jusqu’à mars 2011 au moins. Cette frontière-ci verrouillée, le problème, une fois de plus, se déplacera ailleurs. Il serait faux, cependant, de croire que le blocage des mouvements migratoires ne concerne que les pays occidentaux. L’INDE a construit un mur de barbelés sur près de 4000 km le long de sa frontière avec le Bangladesh, dont elle redoute l’instabilité économique, politique et religieuse. En Afrique, le BOTSWANA s’est protégé de l’immigration en provenance du Zimbabwe voisin par un grillage électrifié de 500 km de long.
«Aucun pays d’accueil ne peut prétendre maîtriser parfaitement ses frontières, n’avoir aucune immigration clandestine tout en respectant absolument les droits de l’homme», rappelle la spécialiste Catherine Wihtol de Wenden dans un livre récent*. En 2011, la migration sera de nouveau au centre des débats politiques, les murs continueront d’être bâtis contre les «illégaux». Et poseront toujours davantage de problèmes: «Ce sont des barrières non filtrantes, relève Jérôme B. Elie. Elles ne laissent donc pas passer ceux qui ont besoin d’aide, les réfugiés.» Le 10 décembre 2010, le HCR a mis en garde l’UE contre ce danger. MR
*La question migratoire au XXIe siècle. Les Presses SciencesPo, 2010.

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