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HORLOGERIE
Les tendances 2009
Point de révolution dans les tendances horlogères de cette année, quelques «trends» toutefois qui émergent dont on retiendra, ici, l’apparition des gris et des violets 1: mat, satiné, anthracite ou argenté pour les premiers; du prune épiscopal à l’aubergine nacrée, de la violine à l’améthyste, du parme au lilas pour les seconds, sans oublier évidement – crise oblige – le retour à un certain classicisme esthétique, manière sûrement de se rassurer; ou alors à la réédition relookée de modèles vintage lancés il y a trente à quarante ans. Pour le reste, le design horloger confirme les «trends» des dernières années. A savoir: «Les hommes préfèrent les grosses». En quelques années, la taille des montres n’a cessé de grandir pour se fixer désormais au minimum entre 42 et 46 (mm de diamètre) avec même des pointes à 48, 50 et voire plus… «Noir, c’est noir». Pas une marque ou presque qui ne décline dans ses collections un ou des modèles au look «full black». «Fusion». Sur les traces de Hublot qui a fait de la fusion des matériaux l’une si ce n’est la tendance horlogère à la mode, celle-ci désormais se décline partout. Or, argent, acier, céramique, caoutchouc, titane, etc., les matériaux se marient, se mélangent, s’unissent et se déclinent dans d’improbables mais réussis mariages. «L’aventure intérieure». Depuis quelques années, les horlogers donnent à voir les entrailles de leurs garde-temps: des traditionnels – certes – mais désormais revisités mouvements squelette aux guichets divers et variés en passant par les fonds saphirs. «Diamonds are the girl’s best friends». Plus que jamais, les montres de femmes évidemment mais aussi, mondialisation oblige, les montres pour hommes étincellent de mille feux. |
Un Neuchâtelois du Bas qui s’installe à La Chaux-de-Fonds, c’est plutôt rare. Regard bleu, élégance sobre, un brin dandy, Xavier Perrenoud n’a pourtant pas hésité. Non seulement la ville du Haut, son urbanisme et sa convivialité lui plaisent, mais il y a trouvé rue du Nord, à deux pas du parc zoologique du Bois du Petit-Château, de merveilleux et lumineux espaces pour abriter son atelier XJC et ses quatre collaborateurs, dont son bras droit et complice Marco Hug. Difficile, par ailleurs, de ne pas penser que l’environnement de la métropole horlogère convient à merveille à ce designer de 38 ans qui, depuis une quinzaine d’années déjà, dessine des montres et des produits de luxe, des objets allant du bijou au stylo, en passant par la maroquinerie et le packaging.
Un travailleur de l’ombre. Cette année comme les précédentes, on peut admirer plusieurs créations de Xavier Perrenoud dans les stands de Baselworld, le prestigieux Salon mondial de l’horlogerie et de la bijouterie de Bâle. Parmi elles, des pièces pour Corum et Ebel ainsi que deux lignes de montres pour Swarovski. Comme toujours, toutefois, son nom n’apparaît nulle part. L’horlogerie est un monde feutré, exclusif et fermé. Il communique sur les marques, pas sur la griffe de ses designers, sauf quand il s’agit de superstars. Il y a quelque temps, il aurait d’ailleurs été strictement interdit à Xavier Perrenoud de nous révéler – avec l’accord des intéressés – qu’il travaille ou a travaillé «pour Corum, Ebel, Swarovski, Omega, Victorinox, Concord et Movado, entre autres grandes marques».
L’art comme nourriture. «Le luxe est un monde assez spécial, poursuit-il. J’y suis arrivé un peu par hasard. Au départ, ce n’était pas vraiment un choix.» Après des études au Technicum de Neuchâtel, Xavier Perrenoud acquiert les bases du métier dans le bureau Aellen Création-Développement au Landeron, tout en suivant des cours d’histoire de l’art à l’université et de dessin à l’Ecole d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds. Parallèlement, il développe, en photographie, une recherche personnelle qui privilégie le gros plan pour traquer l’étrange et l’insolite dans le quotidien. Un regard déroutant et une passion d’orfèvre pour le beau travail qui lui ont valu d’exposer au Musée de l’Elysée de Lausanne et aux Journées photographiques de Bienne.
S’il aime l’art contemporain, qui nourrit et influence sa pratique de designer, Xavier Perrenoud reste un passionné de techniques. Il adore «savoir comment ça marche», se fascine aussi bien pour les inventions des Romains que pour la technologie de pointe. Mais, par-dessus tout, c’est du temps qu’il a su faire son allié. Le temps des montres et des horlogers, bien sûr, mais aussi celui, différent, des arts martiaux et du Japon. Le designer pratique d’ailleurs le karaté et le kobudo depuis l’âge de 13 ans. «Une chorégraphie plus qu’un vrai combat, précise-t-il à propos de ce dernier. Des heures et des heures d’entraînement pour un résultat qui est aux antipodes de la démonstration spectaculaire, de l’exhibitionnisme et du clinquant.»
L’enseignement à l’ECAL. Dans l’horlogerie, aussi, il faut savoir oublier son ego et mettre ses aspirations personnelles en sourdine pour se concentrer parfois sur d’infimes détails. C’est un métier fondamentalement différent du design d’auteur – Xavier Perrenoud ne cesse de le rappeler à ses stagiaires et à ses étudiants du MAS-Luxe de l’Ecal. «Nous sommes d’abord des courroies de transmission. Nous faisons aussi beaucoup de redesign de modèles existants. Notre première tâche consiste donc à mettre en évidence le patrimoine culturel de la marque et son savoir-faire. Par exemple la taille du cristal chez Swarovski, ou la sophistication des mouvements chez d’autres. Si l’on ignore cela, on dessinera des choses aberrantes et l’on n’aura aucun succès.»
La fin du bling-bling. La crise? Elle ne l’angoisse pas outre mesure. Pour lui, elle n’a fait qu’accélérer une rupture qui devait arriver, la facture à payer pour être allé trop loin dans le n’importe quoi. Se réjouissant de la fin du bling-bling – «mais le kitsch bien maîtrisé, c’est génial», il trouve même la période plutôt intéressante. Et constate, dans son métier, une évolution prometteuse et passionnante. Dans le haut de gamme, l’époque où le designer de montres se contentait de créer de belles carrosseries semble révolue. De plus en plus, il est associé dès le départ au processus créatif, en étroite collaboration avec les horlogers et les responsables du marketing. «Pour survivre et tenir sur le long terme, les marques auront besoin d’innover, de se définir et de se positionner clairement. Une remise en question où le designer va jouer un rôle de plus en plus important.»
Xavier Perrenoud compare volontiers sa pratique à la cuisine gastronomique. Comme les grands chefs, il doit constamment innover, tout en conservant les mêmes bases. Comme eux, il ne peut, du jour au lendemain, rompre avec un certain style et renier ainsi son identité. Comme eux, enfin, il doit soigner sa clientèle qui, mal servie, ne reviendra plus. Dans l’horlogerie comme en cuisine, on n’a pas droit à l’erreur.
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