Raïs, président
Raïs, le président, le maître absolu de son pays. En une année, quatre de ces zaïm (leaders) ont été chassés du pouvoir par leur peuple. Leurs noms: Ben Ali (Tunisie), Moubarak (Egypte), Kadhafi (Libye), Saleh (Yémen). Les autres tremblent. A l’image de Bachar el-Assad (Syrie), de Bouteflika (Algérie), du cheikh al-Khalifa (Bahreïn). Leurs régimes ne tiennent plus qu’à un fil.
Celui d’une révolte comme celle qui ensanglante la Syrie. D’autres attendent l’heure du jugement. Notamment le roi d’Arabie saoudite et les autres monarques du Golfe qui ont acheté la paix sociale à coups de milliards de dollars. Finies les élections au score soviétique. Finie la mainmise sur les richesses du pays. Les raïs et rois d’Arabie sont condamnés à ouvrir les portes de leur royaume à la démocratie.
Irhal, dégage
Le mot magique qui a chassé le dictateur tunisien Ben Ali. Irhal, dégage, résume à lui seul le dégoût qui unit les révolutionnaires arabes. Durant des semaines, sous les balles, sous les coups de matraque, au milieu des gaz lacrymogènes, des morts et des blessés, ces millions d’Indignés ont crié leur haine de régimes et de systèmes clientélistes et corrompus. Irhal, c’est l’appel à la révolte. Un ordre lancé aux tyrans pour leur intimer de quitter le pouvoir et faire place nette. Dégage, en français dans le texte au Caire, à Benghazi, à Homs ou à Sanaa, est le cri du coeur. De la colère. Le cri contre l’injustice.
Meidan, place
Les Grecs avaient leur agora. Les Romains, leur forum. Les Appenzellois, leur Landsgemeinde. Les révolutionnaires arabes, leur meidan, leur place. Celles où a explosé la contestation. Elles s’appellent Meidan Taghïr (changement) au Yémen, Meidan Loulouaa (perle) à Bahreïn, que l’émir a fait raser, ou Meidan Al-Chouhada (martyrs) à Tripoli.
Mais la plus connue et la plus emblématique reste Meidan Al-Tahrir, la place de la libération au centre du Caire, la scène où se joue l’avenir du monde arabe. Face aux caméras de télévision postées dans les immeubles tout proches… En occupant la place, les insurgés paralysent la cité, apprennent à débattre et à parler politique. Une école de la démocratie à ciel ouvert…
Salafia, salafistes
Le mot qui fait peur. Et pas qu’en Occident. Salafia, doctrine wahhabite, signifie le retour à l’état du prophète Mahomet, la branche la plus extrémiste des islamistes, Moubarak les utilisaient pour faire peur aux Occidentaux afin qu’ils ferment les yeux sur son Etat policier… Aujourd’hui, ce mouvement intégriste sort de l’ombre et participe au débat démocratique. En Libye, en Tunisie, en Syrie, où les salafistes combattent le président Assad, et en Egypte, où ils ont remporté plus de 25% des voix lors des premières élections législatives libres depuis 1952. Pour eux, l’islam pur et dur est la solution. Et la charia, leur Constitution. Leur présence menace la démocratie naissante dans le monde arabe.
Nizam, régime
«Le peuple veut la chute du régime…» Du nizam, le système corrompu et pourri des dictateurs. Les révolutionnaires arabes rêvent de justice, de respect, d’élections libres, d’alternance… de démocratie, dimocratya. Assez du nizam, ce mélange d’un pouvoir en main d’une caste de quelques familles détenant la richesse, par l’armée, la police et les terribles services de sécurité d’Etat, les moukhabarat.
Le nizam est un régime mafieux coupé du peuple et qui ne travaille que ses intérêts comme en Syrie, en Algérie ou dans les monarchies du Golfe. Un système qui a ses soldats, les tristement célèbres baltajia, ces petites frappes payées quelques dizaines de dollars pour casser du manifestant ou de l’étranger. Ils sont souvent utilisés pour le sale boulot comme c’est le cas aujourd’hui en Egypte.
Djaïch, armée
Plus qu’une institution, un Etat dans l’Etat qui fait et défait les dictateurs. En Tunisie, elle a lâché Ben Ali. En Egypte, elle a sacrifié Moubarak, l’un de ses généraux, pour sauver ses privilèges. En Syrie, elle soutient encore un Bachar sanguinaire. Au Bahreïn, elle a écrasé les contestataires de la majorité chiite… grâce aux chars «suisses» de l’armée saoudienne. En Libye, elle a commis des massacres pour sauver, en vain, la tête de Kadhafi. En Algérie, vingt généraux tiennent le pays et Bouteflika comme une marionnette. L’enjeu de ces prochains mois sera, pour les révolutionnaires, de renvoyer les militaires dans leurs casernes. Le pouvoir doit revenir dans les mains des civils.
Chebab, jeunes
Ils sont le moteur de la révolution. Les chebab, cette génération Facebook et Twitter, ont défié les chars à mains nues. Ils ont réussi là où leurs parents avaient échoué. Leurs armes: les images qu’ils ont prises grâce à leurs téléphones portables et qui ont circulé en boucle sur les réseaux sociaux et sur les chaînes d’information continue comme Al Jazeera. Certains sont devenus des icônes. A l’image du petit Hamza al-Khateeb en Syrie ou Mohamed Bouazizi en Tunisie. Son immolation a mis le feu aux poudres dans le monde arabe. Les chebab pèsent plus de 80% de la population. Ils n’ont pas fini de faire entendre leur voix.
Hurriya, liberté
Hurriya, liberté, couvre les murs des villes du monde arabe. En lettres de sang. Celui des martyrs, chouhada, ces milliers de jeunes qui ont donné leur vie pour casser leurs chaînes et pour retrouver leur dignité. Hurriya est aussi un mot féminin qui incarne le combat des femmes arabes pour gagner leur indépendance dans un monde très conservateur et machiste. Elles ont été, sont et seront au milieu de la tourmente.
Au milieu des violences. Des tirs. Leur credo: montrer qu’elles peuvent se battre comme des hommes, souffrir comme eux, mourir comme eux… Et donc obtenir les mêmes droits. La même liberté. Les partis politiques, des mouvements sociaux se revendiquent aussi de la liberté. Ce label est une des clefs du succès. Un signe aussi que la parole s’est libérée…
Chaab, peuple
Les dictateurs considéraient leur peuple comme des enfants, incapables de se gérer. Ils devaient donc décider à leur place. Pour leur bien. Ils avaient tort. Malgré la répression, malgré la torture, l’emprisonnement arbitraire, leurs meurtres politiques… le chaab, le peuple, a pris son courage à deux mains et s’est révolté contre ceux qui croyaient être aimés par-dessus tout. Kadhafi en était persuadé.
Il a fini lynché par une foule en furie. Aujourd’hui, la masse silencieuse est redoutée même si elle est exsangue après des années de disette. Souvent illettrés, ces pauvres attendent des miracles de la révolution. Un défi énorme. Impossible. Leur coeur balance entre islam politique et démocratie. Entre les Frères musulmans et les libéraux. Entre la tradition et la modernité à l’occidentale.
Thawra, révolution
La dernière fois que le monde arabe s’est lancé dans une thawra, une révolution, c’était pour chasser ses colons, turcs, puis français et britanniques. Nasser, en Egypte, et le FLN (Front de libération nationale), en Algérie, en furent les héros. Puis, l’espoir d’un monde nouveau, d’un modèle différent entre les blocs soviétique et occidental, s’est évaporé dans les sables des déserts.
Et les thawarat sont devenus des nizam avec des zaïm. Puis, les nizam ont engendré les raïs sanguinaires. En sera-t-il de même aujourd’hui? Ou assiste-t-on à une nouvelle «Révolution française» qui bouleversera l’histoire du monde? Les guerres civiles vont-elles succéder aux indignations? Une guerre peut-elle enflammer la région? A voir alors que le temps presse pour des chebab impatients de sentir le vent du changement sur leurs visages. Auront-ils la patience d’attendre? Comprendrontils qu’une telle lame de fond prend du temps? Réponses ces prochains mois…
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