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Par Mireille Descombes - Mis en ligne le 13.06.2012 à 12:43 |
Des briques, un gril pour le barbecue dominical, des palmes de plongeur ou des Lego, une piscine miniature et des centaines de vestons. Dans une autre vie qu’artistique, ces objets seraient parfaitement normaux, voire bêtement banals. Revisités et mis en scène par le duo cubain Los Carpinteros, ils deviennent le support de toutes les révoltes et de tous les fantasmes. Pour notre plus grand plaisir, le Kunstmuseum de Thoune se fait aujourd’hui le porte-parole de ces détournements irrévérencieux. Bienvenue au pays surréaliste des objets séditieux! A l’entrée, quelques flaques brillantes où surnagent des restes d’instruments de musique: ils ont littéralement fondu. Plus loin, formant un intrigant nid coloré, les palmes ondulent et s’étirent. Un lit et son matelas se transforment en échangeur d’autoroute. Les vestons sont troués au niveau de la poitrine. La piscine a la forme d’un porte-avions tandis que d’austères meubles à tiroirs se profilent au fond d’une salle comme autant de grands immeubles aveugles. Avec ces deux magiciens, même la trajectoire d’une balle de ping-pong se fige pour devenir sculpture. Le tout réalisé avec une précision et un savoir-faire impressionnants. Marco Castillo (né en 1971) et Dagoberto Rodriguez (né en 1969) travaillent ensemble depuis leurs études à La Havane dans les années 90. Au départ et jusqu’en 2003, Alexandre Arrechea a fait aussi partie du groupe. Les amateurs d’art se souviennent encore de leurs premiers travaux réalisés à partir de matériaux trouvés et recyclés, du bois notamment d’où leur nom de Los Carpinteros (menuisiers en espagnol). Dans une interview au journal El País, les artistes ont comparé la formation artistique à Cuba avec celle d’un sportif de haut niveau, éduqué depuis l’enfance à la performance. «Nous étudiions avec une discipline soviétique. Nous devions terminer une vingtaine de dessins par jour. Et ils devaient être parfaits.» Leurs magnifiques aquarelles de grand format témoignent aujourd’hui encore de cette incroyable maîtrise. Los Carpinteros ont élargi leur pratique à d’autres matériaux que le bois. Ils ont conservé cette habitude de marier techniques traditionnelles et propos résolument contemporains. Une manière notamment de déjouer la censure par la séduction. Un art qui apparaît conservateur permet en effet d’autant plus de marge de manœuvre et d’indépendance. L’humour et le travail sur le langage, notamment à travers les titres, font aussi partie de la boîte à outils singulière dont se sont dotés nos deux artistes. Quand on naît et grandit dans une île isolée du reste du monde par le communisme, l’eau devient un symbole en soi subversif. Elle occupe tout naturellement une place importante dans la démarche de Los Carpinteros. Tantôt elle dit la liberté et signifie la fuite vers un ailleurs meilleur. Tantôt elle exprime la contrainte et, lorsqu’elle se fait piscine, renvoie à un luxe condamné mais secrètement cultivé par le régime. L’architecture comme lieu de vie, ou de non-vie, revient aussi comme un leitmotiv dans cet univers aussi imprévisible qu’élastique. Un monde au carrefour entre le public, le politique et le privé où toutes les folies et les rêves sont possibles, qui se rit des échelles et qui fait de la résistance à la norme son mot d’ordre et sa raison d’être. Thoune, Kunstmuseum. Jusqu’au 8 juillet, ma-di 10-17 h (me 19 h). Des travaux de Los Carpinteros sont également exposés à la Galerie Peter Kilchmann à Zurich du 10 juin au 25 juillet (vernissage le 9 juin de 17 à 19 h), et à Art Basel du 14 au 17 juin. |









