L'Hebdo;
1994-06-02 Les patriotes D'Eric Rochant
En 1989, «Un monde sans pitié», qui met en scène les mésaventures d'un glandeur professionnel, connaissait un succès aussi énorme que mérité. Mais, deux ans plus tard, «Aux yeux du monde» trahissait toutes les promesses du premier opus d'Eric Rochant: l'histoire d'un bus détourné par un adolescent aussi romantique qu'inculte, les dialogues réduits à quelques jurons rendaient la chose insupportable. Dans ces conditions, «Les patriotes» sont plus qu'une bonne surprise: la révélation d'un authentique talent de cinéaste.
Pour son troisième film, Rochant change de registre et passe la vitesse supérieure: longue durée, multiplication des personnages (douze rôles principaux), casting et tournage internationaux (France, Israël, Etats-Unis), trois langues (français, hébreu, anglais) et un sujet autrement ambitieux que la jeunesse à la dérive, puisque le réalisateur situe son récit dans les milieux de l'espionnage. Mais «Les patriotes» sont plus proches des romans de John Le Carré, la référence avouée de Rochant, que des aventures bondissantes de James Bond. Ce sont les «rapports de pouvoir entre les gens» qui attirent le jeune cinéaste, ainsi que la «fascination et la répulsion que nous éprouvons tous vis-à-vis du monde du secret».
A 18 ans, Ariel décide de tout plaquer pour rejoindre Israël, sa patrie mythique. Il s'engage au Mossad, les fameux services de renseignement israéliens, cette organisation fantôme qui ne rend de compte à aucune autorité politique. On le suit d'abord dans l'apprentissage des techniques du métier (comment résister à la pression, comment mentir, comment se méfier de tout le monde) puis dans l'exercice de deux missions importantes: la manipulation d'un savant atomiste français et le recrutement d'un agent secret américain, impliquant de longues heures de planque et un patient travail de sape psychologique. Au cours de ces deux affaires éprouvantes, par ce qu'elles supposent d'innocence et de compassion bafouées au nom de la raison d'Etat, le jeune espion perd de son idéalisme aveugle, le manipulateur se rend compte qu'il est lui aussi manipulé, que la guerre secrète est aussi sale que l'autre. Il finit par essayer de reconquérir sa liberté et sa moralité.
Ce thriller lent force l'admiration par l'intelligence de son propos, sa densité psychologique et l'excellence des personnages. Yvan Attal, tout en intériorité douloureuse, révèle qu'il est un formidable comédien et Eric Rochant, après le faux pas d'«Aux yeux du monde», qu'il a l'étoffe d'un grand cinéaste. Avec Yvan Attal, Jean-François Stévenin, Richard Masur, Maurice Bénichou, Hippolyte Girardot. France, 2 h 22.A. D.
Malice
De Harold Becker
Dans cette jolie petite ville universitaire, le serial killer frappe, mais Andy, le recteur, et Tracy, sa ravissante jeune femme, ont une vie de rêve: il fait de la pédagogie, elle s'occupe des enfants de la garderie. Arrive en ville un médecin surdoué et très beau, Jed (Alec Baldwin), un ancien pote d'Andy, qui vient habiter dans la maison d'Andy. Tracy souffre de douleurs abdominales, Jed l'opère d'urgence et rate son coup. Alors Tracy porte plainte contre Jed. C'est le début d'un embrouillamini dans lequel interviennent une vieille maman alcoolique, un gamin voyeur, un avocat pas marron, des traîtrises en rafale... Morale: les anges de blondeur peuvent se révéler démoniaques. Et le serial killer? Pas de panique, c'est une fausse piste, un personnage secondaire arrêté à mi-chemin. «Malice», signé par Harold Becker auquel on doit «Sea of Love» avec Al Pacino, force l'admiration par son incohérence et la somme quasi exhaustive de clichés qu'il véhicule. Un bon numéro: la grande Anne Bancroft en pochetronne. Avec Alec Baldwin, Nicole Kidman, Bill Pullman. Etats-Unis, 1 h 46.A. D.
Le patriote succom-bera-t-il au charme de Sandrine Kiberlain, dans le rôle d'une prostituée très chic
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