Contrairement aux élections de 2007, l’UDC ne maîtrise plus l’agenda politique. Ses provocations tombent à plat. Ses héros semblent fatigués. D’aucuns en déduisent l’amorce d’un déclin. Des prévisions renforcées par les déclarations récentes de Christoph Blocher lui-même.
Attention à ne pas se laisser endormir: l’UDC reste une redoutable machine de guerre.
Dans le journal SonntagsBlick, l’ex-conseiller fédéral joue les caliméros. Il annonce son échec probable au Conseil des Etats. Et dénonce: trois jours après les élections, le Conseil fédéral se réunira pour parler d’Europe. C’est un plan secret pour faire entrer la Suisse dare-dare dans l’Union. A l’insu du peuple. Un complot, un de plus!
Et de se plaindre: les journalistes auraient décidé de se liguer contre lui, l’UDC subirait une sorte de boycott médiatique. Une plainte articulée dans une interview de quatre pleines pages en ouverture du plus fort tirage de la presse dominicale! On se pince.
Attention donc à ne pas se laisser endormir par les pleurnicheries et la mauvaise foi de Blocher. D’abord, l’UDC reste une machine de guerre redoutable. Financée par un club de multimillionnaires zurichois, cette formation dispose de moyens presque infinis. Pour couvrir d’affiches les murs de Suisse, inonder les médias d’annonces et de spots. Comme ces derniers mois.
Mais ce n’est pas tout: au fil des années, l’UDC a formé une armée de militants. Plus qu’un parti, c’est un mouvement, qui s’est construit autour de thèmes travaillés à fond. Sur la durée. Contrairement à ses adversaires, il mobilise l’essentiel de son électorat potentiel (lire l’enquête de Julie Zaugg "L'UDC, une machine de guerre").
Face à l’UDC, ce sont les socialistes qui, jusqu’ici, ont le mieux motivé leurs troupes. Le PDC ne se débrouille pas mal non plus et fait campagne sur une idée simple: la défense des familles et de la classe moyenne. Les Verts (et les Vert’libéraux) ont, eux, perdu le monopole de l’écologie, ils tentent de diversifier leur fonds de commerce. Avec un succès relatif.
En déclin depuis des années, c’est toutefois le Parti libéral-radical (PLR) qui souffre le plus. Il n’a pas su (ou voulu?) imposer sa championne Karin Keller-Sutter à la succession de Hans-Rudolf Merz. Une occasion manquée. Pire: une erreur fatale.
Plus fondamentalement, il peine à redevenir un parti qui transcende les classes sociales. Il peut compter sur quelques candidats pleins d’énergie. Reste à redonner à son programme une vraie cohérence.
Le président des libéraux-radicaux, Fulvio Pelli, tente bien, ces jours, d’attaquer le parti agrarien sur l’immigration. Enfin! Il répète que, avec leur initiative, les populistes mettent en danger les bilatérales. Et donc l’intérêt du pays. Hélas, ce réveil est trop tardif pour avoir de l’effet. On ne s’aligne pas pendant des années sur l’UDC impunément.
Blocher peut pleurnicher, se poser en victime. Et même anticiper une éventuelle déception électorale. Mais, au soir du 23 octobre, les larmes les plus amères seront celles du PLR.
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