L'Hebdo;
2006-07-27 Les 10 plus beaux villages de Suisse
Les 10 plus beaux villages de Suisse
Ils sont dix. Dix villages suisses qui mériteraient le label «Beau village de Suisse» s'il existait, à l'image des «Plus beaux villages de France» dont nous sommes si friands à l'heure des vacances. Mais ce label n'existe pas chez nous, pas encore. Alors, nous sommes partis à la recherche de ces bourgs enchanteurs qui combinent charme, magie du lieu, authenticité, histoire, valeur patrimoniale, confort de la visite, intérêt de la région. Chacun de ces villages, à sa manière est unique, essentiel, inspirant. Ils tissent des correspondances à travers la géographie suisse. Saint-Saphorin, Gandria ou Gersau parlent la langue de l'eau. Evolène ou Sent vivent dans le même culte païen des cimes. A Gais comme à Môtiers, les pavés se souviennent du Moyen Age.
Ils sont répartis dans toute la Suisse, parce que Dieu! que la Suisse est belle une fois que l'on est sorti de son canton, de sa ville, de sa rue. Il y a plus que dix beaux villages dans le pays, forcément. Il y en a d'autres, beaucoup d'autres, dont nous ne parlons pas, dont nous aurions pu parler, dont vous auriez voulu que nous parlions. Mais ceux que nous vous présentons valent largement les quelques heures, les quelques jours que vous pourrez passer postés devant la fontaine, sur la place du village, sur les sentiers alentour.
Ce ne sont ni des villages-musées sans âme ni des parcs d'attractions. Inscrits dans leur temps, leur région, ils vivent la modernité, tout en gardant comme un précieux secret leur statut protégé, leur taille qui les met à l'abri de la dispersion, de la folie des grandeurs. De Lavaux aux Grisons, du Tessin à Neuchâtel, ils disent la Suisse dans sa diversité la plus profonde, la plus ancrée, celle de ses paysages, alpins ou lacustres, de ses habitants, de ses langues, de son patrimoine construit et naturel. Ces villages sont l'âme de la Suisse, ses tripes. Tous, nous avons été paysans et villageois, dans une autre vie, ancienne et mythique. S'y arrêter, humer l'air du temps qui, souvent, s'est arrêté dans ces ruelles étroites et anciennes, procure les émotions les plus intactes et reconnaissantes. Bon voyage! | IF
Un dossier préparé par
Isabelle Falconnier. Avec Sonia Arnal, Michel Audétat, Michel Beuret, Antoine Duplan, Éric Felley, Jean-François Fournier, Michel Guillaume, Sabine Pirolt, Alain Rebetez
Gandria (TI) Le temps s'est arrêté
« Habitants 200.
« Arriver L'accès en voiture est possible depuis peu, mais il est plus pittoresque d'y accéder par le lac. Bateau-taxi du port de Lugano.
« Dans le village Se baigner. Admirer les nombreuses fresques et décorations anciennes. Montez à l'église de San Vigilio pour son intérieur baroque et son campanile du Bas Moyen Age. Faire un saut côté italien, à Cantine di Gandria, pour le musée et la vue sur Gandria.
« Dans les environs Les 7 kilomètres à pied du chemin des oliviers vers Castagnola. En chemin, la villa Heleneum et son Musée de la culture extraeuropéenne et la villa Favorita (Fondation Thyssen-Bornemisza).
« Dormir Le Ca del Lago, aussi appelé Hôtel Moosmann. La Locanda Gandriese loue aussi quelques chambres.
« Manger L'une des petites tavernes sur le port: polenta, lapin, porc braisé, risotto, merlot.
« Insolite Petit frisson lorsqu'on tombe nez à nez avec une couleuvre de plus d'un mètre le long de la rive.
Des montagnes recouvertes de forêts de châtaigniers plongent à pic dans le lac. Au loin, elles ferment l'horizon et s'enfilent au garde-à-vous en fines nuances de gris dans la brume vespérale. Derrière, le pic du Monte Brè. Agrippées à ce rivage escarpé, les maisons ocre et jaune pastel et les toits rouges de Gandria se mirent dans l'eau et se dressent, coquettes, sur la pointe des pieds pour ne rien perdre du merveilleux spectacle.
A Gandria, deux cents âmes - cent trente de moins selon le registre, qu'en 1590 -, le temps a suspendu son vol. Lugano est à trente minutes de bateau-taxi ou à une heure et demie de marche en suivant le chemin des oliviers en direction de Castagnola. Le meilleur accès au seul hôtel de Gandria, le Ca del Lago, c'est par le lac. Comme pour les neuf tavernes du lieu dont la Locanda Gandriese, une auberge du XVIe siècle. L'eau, la montagne, les châtaignes, les fromages, le merlot: ici, le Tessin a plus qu'ailleurs une allure corse.
Mouettes et canette Les murs de Gandria et son vieil olivier au port, qui mesure au moins 10 mètres, murmurent une histoire très ancienne. Celle des pressoirs à olives qui remonte au XVIIe siècle, des pêcheurs et des contrebandiers du temps jadis. Mais l'huile ne coule plus et les pêcheurs ont jeté leur filet pour de bon. Quant aux passeurs qui, nuitamment sortaient des bois pour se glisser sur les eaux noires vers l'autre rive, ils ont laissé des souvenirs. En face de Gandria, accessible en bateau seulement, Cantine di Gandria reste une enclave douanière suisse. A vue d'oeil: deux bâtiments borgnes dissimulés par une mèche d'arbres et une petite maison élancée, la douane. Elle abrite un minuscule musée à la gloire de nos douaniers. Demain, nous irons voir.
Ce soir, quelques mouettes criardes sont venues se jucher sur la jetée et narguent une canette sortie de l'eau pour chausser les espadrilles qu'un enfant a laissées afin de s'ébrouer encore avant le repas.
Le patron de l'hôtel, parfaitement trilingue - italien, allemand, français -, hospitalier mais sans obséquiosité, incarne encore un tourisme suisse regretté. Son Ca del Lago est un labyrinthe où l'on se perd avec délice. Comme dans le reste du village, d'ailleurs, une double rangée de bâtisses où courent des venelles que l'on ne se lasse pas de suivre, comme à la recherche d'un trésor, sous les voûtes, les arches et les vignes murales.
On s'endort à Gandria bercé par le clapotis de l'eau.
Au matin, le Paradiso croise quelques rameurs en route vers Cantine di Gandria. Du balcon, un douanier scrute les nouveaux. La navette de retour est dans une heure et la visite du musée, sans doute le plus ennuyeux du monde, prend dix minutes. Quatre pièces, des douaniers pétrifiés reconstitués en habits bleus de 1890, posent devant des tabelles de conversion de poids et mesures rappelant que l'uniformisation est parfois un progrès. On quitte ce mini-Musée Grévin aux frontières du réel. A droite en sortant, un sentier mène vers les pittoresques grotti (tavernes tessinoises) et trois petites plages. Ici, la nature a repris ses droits. Couleuvres, libellules, papillons et petits poissons murmurent une histoire encore bien plus ancienne . | MB
Sent (GR) Là où les maisons parlent
« Habitants 950.
« Arriver En voiture: par Lucerne, Landquart, Davos ou Sion, Furka, Coire. En train: par Zurich, Landquart, Scuol, puis car postal.
« Dans le village Faire du nordic walking. Visiter la ruine de San Peder ou la maison privée Ruedlinger.
« Dans les environs Scuol, ses bains romano-irlandais, son château de Tarasp. Le Parc national suisse.
« Dormir Hotel Rezia. Demander un lit à baldaquin en bois. Hotel Val Sinestra, à 6 km de Sent.
« Manger Des capuns accompagnés de veltiner au Chasa Veglia.
« Rencontrer Peder Benderer, patron de la Creazium pastizaria Benderer qui, en 1999, a fait le voyage Sent-Florence à pied pour renouer avec la tradition. Il est revenu avec des nouvelles recettes, dont un sublime pain engadinois.
Là-haut dans les montagnes, l'air sent l'air. Les maisons sont dodues, jaunes ou roses ou bleues, décorées de sgraffiti anciens et joyeux, leurs toits bombés conçus par les maçons venus du Sud-Tyrol au XVIIIe siècle. Une cloche sonne tous les quarts d'heure, on ne sait pas si l'appel vient de l'église Saint-Lorenz au centre du village, construite catholique en 1496 mais réformée en 1576, ou de la chapelle San Peder, ruine éventrée et inutile à l'entrée du village. Posé à 1430 mètres sur les hauteurs engadinoises de Scuol, un pied en Autriche, l'autre en Italie, Sent exhibe ses maisons bourgeoises parfaitement décalées au milieu des Alpes.
Plus de Mille ans Le ciel chaud peut se faire menaçant en cinq minutes et alors, on ne voit plus que les forêts sombres, au-dessus la montagne de pierre dure et nue, et les nuages noirs. Les hirondelles se taisent. Quelques minutes encore et le soleil revient, et ses marcheurs et ses cyclistes. Le climat est aussi baroque que les maisons, et tout ce décor improbable. C'est un village de plus de mille ans. En 1572, l'historien Chiampell évoque Sent comme un village de «trois cents maisons et mille habitants». Ce qui en a fait la plus grande agglomération de la région jusqu'en 1900. Cinq siècles après, le village n'est ni plus grand ni plus petit. Entre-temps, les émigrés ont fait fortune en Italie et construit des palazzi d'été tombés en désuétude. Si les habitants ont déserté - seulement 700 en 1970 -, ils reviennent gentiment et repeignent les vieux murs.
Une langue chaude C'est qu'ici les maisons parlent. Il y a parfois un vieux assis sur le banc devant la maison, mais pas toujours. C'est égal: les vieilles sagesses sont inscrites sur les façades, en vallader, le romanche de Basse-Engadine, en latin parfois. Vive ut vivas, vis afin de vivre éternellement. Cha mal o bain no stain a Dieu pensar nus lain, Uman t u pur uirdaina Ma Deu es quel chi maina. Il est question de ce qui est bien ou mal, de la vie qui passe, du bonheur qu'il faut saisir, des amis qui sont les bienvenus dans nos maisons, de Dieu qui sait ce que nous ne savons pas. Les maisons racontent leur propre histoire: «Dans cette maison ont habité entre 1600 et 1784 la famille Vidal, entre 1874 et 1949 la famille Bazzell, depuis 1956 la famille Arma Planta.» Sur la plupart des murs figurent trois ou quatre dates, parce que reconstruire une maison après un des nombreux incendies qui ravagèrent le village, en prendre soin en la rénovant, sont aussi importants que de la construire la première fois.
Les gens s'appellent Cla Sarott, Claudio Puorger, Not Clalüna. Ils parlent une langue chaude, disent «allegra» pour «bonjour» et plaisantent dans le car postal jaune qui les remonte de Scuol. Les montagnes peuvent bien grogner: on construit des fenêtres enfoncées à l'intérieur des murs épais, pour ne pas donner prise à la sauvagerie de la nature, ou on dessine des lions, des marmottes, des étoiles de Vénus, des colonnes trompe-l'oeil et des soleils sur sa maison. Sur l'ancien moulin, une sirène bleue écarte grand ses jambes queues de poisson.
Dans l'église, l'odeur de bois frais prend à la gorge. A chaque respiration, le silence absolu tournoie et se heurte aux pierres sous les pieds. Les maisons savent aussi se taire. | IF
Soglio (GR) Le repaire du poète
« Habitants 192.
« Arriver 130 km depuis Milan, via le lac de Côme et Chiavenna. A 110 km de Coire et à 32 km de Silvaplana par le col de la Maloja.
« Dans le village Randonnées à travers champs et forêts; détente dans les jardins du Palazzo Salis.
« Dans les environs Stampa et Borgonovo, les villages de l'immense sculpteur Giacometti.
« Dormir Au Palazzo Salis, dans la chambre No 15 du poète Rainer Maria Rilke. Info: www.palazzosalis.ch
« Manger Excellemment, dans les jardins ou sous les voûtes dudit palazzo.
« Rencontrer Le soir, à l'ombre de l'antique lavoir, les fantômes de Rilke, de Hugo von Hofmannsthal et de Pierre Jean Jouve.
«Soglio est le seuil du paradis.» Nomade, Européen, poète parmi les poètes, Rainer Maria Rilke eut en 1919 ces mots insurpassables pour décrire ce petit village de montagne à une heure de marche à peine de la frontière italienne. On l'imagine sur l'antique route du val Bergell, ballotté dans une malle-poste à cheval, crapahutant à flanc de coteau parmi des châtaigneraies de contes de fées. Pour découvrir in fine, presque comme aujourd'hui, une petite trentaine de maisons, grisonnes, trapues, serrées les unes contre les autres pour défier la neige en hiver et un soleil de plomb l'été.
Pendant deux mois, dans la chambre 15 du Palazzo Salis où l'on devine encore sa présence, et dans des meubles qui n'ont pas changé, Rilke luttera contre ses démons afin de leur arracher de nouvelles grappes de mots précieux et de décrire, comme personne avant lui, l'union, la fusion, de la vie et de la mort. Deux mois à Soglio partagés entre la rédaction des Elégies de Duino et sa chère correspondance.
Les vieilles au lavoir «Je crois à la nuit», disait Rilke. Comment ne pas faire de même dans cet hôtel rustique que les Salis - grande famille suisse qui soutint le poète argent comptant - ont su léguer intact au patrimoine culturel, après quatre siècles de discrets services. La nuit épaisse des montagnes qui écrase Soglio est en effet délicatement troublée par le murmure continu des feuilles dans le jardin historique en terrasses, à la française, et par la mélopée du lavoir où des vieilles en robes sombres se retrouvent encore plus volontiers qu'à la petite église du village.
Au palazzo, ancienne Pension Willy, ancienne Casa Battista, hôtel historique de l'année 1998, il n'y a rien d'autre à faire que de goûter d'un même appétit la solitude «rilkéenne» et les spécialités au feu de bois de la Sala et de la Cucina Vecchia, les deux tables irréprochables de l'endroit.
Les voyageurs des lettres Tout y est prétexte à l'évasion romantique: la bibliothèque austère et magique, les boiseries, des dalles de pierre des escaliers, les voûtes puissantes, les tableaux patinés, les buis et les explosions de fleurs du jardin.
Soglio, «mon Soglio» avait coutume de s'enflammer Rainer, appelle le vin, le corps et l'esprit. Pas étonnant dès lors de retrouver parmi les visiteurs du lieu Hugo von Hofmannsthal, écrivain et fondateur du Festival de Salzbourg, Carl Jakob Burckhardt, diplomate lettré et premier président du CICR, ou Pierre Jean Jouve, poète de la Résistance et de la psychanalyse.
Quelques lacets plus bas, on retrouve une qualité de méditation identique et un même génie pour inventer des doubles à la réalité, dans l'atelier modeste et tranquille de Giacometti, à Stampa, ou au petit cimetière de Borgonovo, là où reposent le sculpteur et sa famille. «Une seule chose est nécessaire, susurre l'homme des Elégies: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul, comme l'enfant est seul...»
Soglio est sans doute l'un des derniers villages de Suisse où cela s'avère possible, agréable, et même nécessaire. | JFF
Gais (AR) Une place, une âme, l'éternité
« Habitants 2900.
« Arriver En voiture, par l'autoroute N1 (sortie Saint-Gall Kreuzbleiche), puis route cantonale jusqu'à Gais. Transports publics: en train jusqu'à Saint-Gall, puis ligne régionale.
« Dans le village Collection de gravures de la maison Blume.
« Dans les environs Randonnées jusqu'aux sommets du Gäbris, Sommersberg et Hirschberg, atteignables en une heure. Chemin pédestre météo Gais-Trogen. Location de bicyclettes électriques. Ski de fond.
« Dormir Hôtels Zur Krone, Sternen.
« Manger Restaurants Zur Krone, Adler, Bären, Traube.
« Rencontrer Le fromager Andreas Hinterberger, «champion suisse» pour sa raclette, primée en 2002 et 2003, qui fabrique de délicieuses pâtes mi-dures comme le Bergkäse Säntis et écoule un quart de sa production à l'étranger!
Cela fait trois cent cinquante ans qu'elle n'a pas changé. Avec ses maisons aux toits à pignons ayant appartenu aux fabricants de broderies, son église réformée aux orgues majestueuses et son petit musée de gravures, la place du village de Gais a gardé son visage du XVIIe siècle.
A elle seule, cette magnifique place raconte toute l'histoire de ce village de moins de 3000 habitants du demi-canton d'Appenzell Rhodes-Extérieures. Ici, le passé a toujours régné en maître. Il a résisté aux assauts des commerçants, qui aimeraient «dynamiser la place», mais qui n'y ont toujours quasi pas droit de cité. Logé au rez-de-chaussée d'une maison d'habitation, le minuscule satellite Denner n'a pas de véritable vitrine: il a dû conserver les fenêtres d'antan.
Malgré quelques voitures qui la traversent, la place respire le calme et la sérénité. Pas étonnant! Durant cent cinquante ans, deux de ses bâtiments ont été un lieu de repos réputé bien au-delà des frontières. En 1749, un Zurichois, probablement atteint d'une tuberculose que les médecins jugeaient incurable, y a subi une cure au petit-lait de chèvre. Comme par miracle, il y a recouvré la santé peu après. Le bouche à oreille fonctionnant à merveille, des milliers de curistes sont ensuite venus s'y ressourcer, y compris des têtes couronnées comme la reine Paulina de Wurtemberg.
Sur la place, la maison Blume accueille une précieuse collection de cent cinquante gravures, assurée pour un million de francs. De nombreux artistes ont dessiné, peint et sculpté le village, profitant de la présence des curistes pour écouler leurs oeuvres. Ancien caissier communal et «historien», Karl Rechsteiner veille sur ces lieux. «Cette place est l'âme du village, elle est comme sacrée», souligne-t-il. Les candélabres au charme délicieusement rétro, qui datent de 1908, sont toujours là.
Bien que située à 15 kilomètres de Saint-Gall, Gais semble à l'abri de la fureur du monde, et des modes aussi. Cette localité ne tient pas du tout à se transformer en commune-dortoir pour pendulaires, ni à faire de la sous-enchère fiscale. Sa population vient d'ailleurs de refuser de dézoner des terrains pour y permettre la construction de villas. Les plus vieux y saluent encore tout le monde, qu'il soit étranger ou pas.
Sur le plan touristique, Gais est d'abord un petit paradis pour randonneurs avec un centre régional de nordic walking équipé de douches. Sur les hauteurs, il y a le Gäbris et son «chemin météo»: une dizaine de stations pour tout savoir sur le temps. Tout le monde l'ignore, mais c'est ici que Jörg Kachelmann, la star des bulletins météo en territoire germanophone, a décidé d'implanter son entreprise, Meteomedia. Et c'est d'ici, d'un petit studio situé à 1200 mètres d'altitude, que l'Allemagne entière découvre le temps qu'il fera le lendemain! | MG
Altreu (SO) Le Havre des cigognes
« Habitants 2900.
« Arriver Par la route, prendre Neuchâtel, Bienne, puis continuer en direction de Soleure; le village est au bord de l'Aar, 8 kilomètres avant le chef-lieu. Mieux: en bateau depuis Bienne ou Soleure.
« Dans le village Admirer les cigognes. Quasi toutes les maisons abritent des nids de ces oiseaux.
« Dans les environs Une grande balade à vélo le long de l'Aar, par exemple d'Aarau à Morat, en deux ou trois jours. Voir les cartes et itinéraires No 5 (Mittelland) ou 8 (Aar) de La Suisse à vélo.
« Dormir Hotel An der Aare ou Hôtel de la Couronne (dit Hotel Krone), à Soleure.
« Manger Du poisson dans les restaurants Zum grünen Affen et Fischerstube.
« Insolite Devant Altreu, l'Aar est profond de 18 mètres. Des plongeurs du monde entier s'y donnent rendez-vous pour admirer une étrangeté: des silures de 2 mètres qui vivent au fond de l'eau. Pas beaux, mais uniques...
Manger des filets de perche les pieds dans la rivière, à l'ombre d'un arbre gigantesque, sous le claquement du bec des cigognes alentour. C'est cette expérience unique en Suisse que le promeneur écrasé de chaleur peut vivre à Altreu, village alangui qui s'étire le long de l'Aar. On s'assied sur la terrasse de gravier et, tandis que le fleuve coule tranquillement en charriant des pêcheurs debout dans leur barque, on déguste le poisson et le vin blanc de la région. En face, la rive est plus vallonnée et les fermes cossues s'espacent, les ballots de paille fraîchement coupée entassés dans leurs cours. Un bateau de ligne arrive, qui amène dans ce petit îlot de verdure et de fraîcheur des voyageurs partis de Soleure. Au-dessus des têtes des enfants qui nagent dans l'Aar, des cigognes jouent avec les vents ascendants et se laissent porter au-dessus du village, des champs et de l'eau.
Au Singe vert L'auberge Zum grünen Affen, où se rencontrent cyclistes, marcheurs, navigateurs et, plus simplement, touristes, propose un condensé parfait de la douceur de vivre qu'offre la localité - et l'occasion de voir de très près les cigognes. Disparus de nos cieux dans les années 50, ces grands oiseaux ont été réintroduits par un passionné dans la bourgade, à l'époque à peine constituée de quelques-unes de ces fermes caractéristiques de la région, dont le toit immense descend presque jusqu'au sol. Mais c'est à peine si le promeneur est sensible à l'architecture lorsqu'il traverse le village, déserté durant les heures chaudes de l'après-midi - tous sont au bord de l'Aar.
Car le lieu se visite essentiellement le nez en l'air: sur le toit de chaque maison ou presque, les immenses oiseaux, installés à deux, trois ou quatre dans un même nid, assurent le spectacle, passant de la cime d'un arbre à une cheminée.
Lits à la romaine Si une demi-journée sur place suffira à l'adulte raisonnablement intéressé par l'ornithologie et la baignade en rivière, la région, magnifique, offre de nombreux itinéraires faciles à vélo, toujours sur des petites routes ou des chemins de remaniement. La vieille ville de Soleure mérite largement qu'on s'y attarde: piétonne et préservée de toute verrue architecturale, elle est dominée par son église de style baroque. L'Hotel An der Aare est un bon exemple du mélange réussi d'ancien et de moderne. Le vieil hôpital de la cité, construit au XVIIIe, a été reconverti en un délicieux hôtel; les vieux murs subsistent, mais l'intérieur et ses seize chambres sont design. Même constat avec le bar branché Sol'heure: installé dans une vieille bâtisse, il dispose d'une terrasse au bord de l'eau, avec braseros-sculptures pour les nuits fraîches et lits à la romaine pour les nuits chaudes. On peut ensuite repartir au fil de l'eau en direction des Trois-Lacs, alternant entre les rives de l'Aar et la campagne. | SA
Rougemont (VD) Une merveille boisée
« Habitants 903.
« Arriver Par la Gruyère en quittant l'autoroute à Bulle, par le col des Mosses en quittant l'autoroute à Aigle ou par le train au départ de Montreux.
« Dans le village Le Musée des minéraux et des fossiles. Bâtiment communal de Rougemont.
« Dans les environs Balades, ski.
« Dormir Hôtel Valrose, Hôtel de Commune.
« Manger Café du Cerf. La Videmanette.
« Insolite Les deux corbeaux à bec d'aigle qui se font face au sommet des escaliers du chalet des Foisses. Ils avaient été vendus à un Américain qui, naufragé du Titanic en 1912, n'a jamais pu passer prendre possession des volatiles.
L'arrivée à Rougemont est un enchantement. On découvre d'abord la beauté harmonieuse de son site, un enclos bien aéré de collines et de montagnes où le parfait équilibre du minéral et du végétal pourrait paraître prémédité. Puis, sur sa droite en arrivant de Château-d'Oex, l'église romane dont l'origine remonte à 1080, quand le comte de Gruyère fit venir des moines de Cluny pour édifier un prieuré qui disparut vers la fin du XVIe siècle, avant d'être remplacé par le château où s'installèrent les baillis bernois jusqu'en 1798. Enfin le village lui-même, admirablement préservé et posé là telle une petite merveille boisée. A Rougemont, les façades des chalets sont comme des livres ouverts à la vue du passant qui peut y lire l'histoire du village. On s'arrête d'abord aux dates souvent inscrites sous le faîte du toit. La plus ancienne remonte à 1623. On la découvre au chemin de l'Ancienne-Poste et, à partir de ce berceau historique, on suit le développement du village à travers les siècles. Aux dates s'ajoutent une multitude d'éléments décoratifs qui transforment la plupart de ces chalets en oeuvres d'art à ciel ouvert: motifs peints, rosaces sculptées, écussons, ours bernois au fronton de La Cotze (1654), armoiries de Rougemont où figure une grue qu'on dirait un brin énervée.
Mais le plus singulier tient aux textes gravés sur les façades. Ils mentionnent généralement les noms des propriétaires, ceux des charpentiers, et le nom de Dieu souvent invoqué pour qu'Il protège la maison et ceux qui y vivent. Sur celui-ci, de 1762, on a ajouté un extrait des Psaumes: «Dieu fut toujours ma lumière et ma vie...» Sur celui-là, de 1767, une sentence qui remet le bâtisseur humain à sa modeste place: «C'est l'Eternel qui a été le Grand Architecte...» On s'arrêtera aussi devant ce magnifique chalet de 1810 où le graveur, pour avoir mal estimé la taille de son texte, se retrouve obligé de réduire ses caractères pour en écrire la fin.
D'autres inscriptions, plus profanes, racontent également l'histoire de Rougemont. Comme cette maxime gravée sur la façade du Café du Cerf: «Musique, vin et ambiance, c'est le logis par excellence.» Ou ceci, daté de 1953: «Gabriel O. Saugy et sa femme Alice ont rebâti ce que feu détruisit.» Le 15 janvier de cette année-là, un incendie détruisit en effet quatre chalets, et il fallut reconstruire. «On trouve ici d'excellents menuisiers et charpentiers, souligne Sonia Lang, directrice de l'Office du tourisme de Rougemont. Il existe un savoir-faire fabuleux dans les métiers du bois.»
Sonia Lang est littéralement tombée amoureuse de Rougemont où elle venait passer ses vacances, enfant, quand elle faisait encore ses classes à Porrentruy. Elle s'y est installée en 1976, ses enfants y sont nés, et elle évoque avec passion ce village dont l'histoire se déchiffre sur le bois des madriers. Elle aime ces chalets, mais aussi ceux qui les habitent. Les Rodzemounais, assure-t-elle, sont des gens extraordinairement attachants. | MA
Évolène (Vs) Le glacier, la Raymonde
« Habitants 800.
« Arriver Accès par Sion, à 25 km, en voiture ou en bus.
« Dans le village Chercher des femmes en costume traditionnel, ainsi que des jeunes qui parlent en patois entre eux...
« Dans les environs De somptueuses balades jusqu'aux glaciers du Mont-Miné ou de Ferpècle.
« Evénement La fête de la mi-été, du 12 au 15 août, avec cette année le premier Festival international de folklore de montagne.
« Dormir L'Hôtel Hermitage ou l'Arzinol Garni.
« Manger Le Refuge, la buvette du lac d'Arbey.
« Insolite Le patois évolénard est extraordinairement précis. Pour désigner le mélèze, il y a au moins cinq mots différents. Tout petit, c'est le darboulinette, puis le darboulin, puis le darbe, ensuite le darbou. A l'âge adulte, c'est le lâge.
L'Evolénard habite Evolène, et quand vous lui avouez que vous ne connaissiez pas sa vallée, sa stupéfaction vous prend de court. «Ah bon, vraiment?» En short et t-shirt qui dévoilent un bronzage cuivré d'alpiniste, l'avocat-notaire et conseiller national Maurice Chevrier n'en revient toujours pas d'une récente réunion de collègues démocrates-chrétiens du Parlement: «Sur quatorze personnes, une seule connaissait les pyramides d'Euseigne et Evolène», s'exclame-t-il. Il en tire une leçon de modestie - «On a tendance à surestimer notre renommée» -, mais on sent qu'à ses yeux, ne pas connaître Evolène est une faute de goût.
Univers de bois et de pierre Peut-être a-t-il raison. Comme tous les villages, Evolène s'étire le long d'une rue principale. De beaux bâtiments de bois couverts d'ardoise, quelques façades peintes, des hôtels début de siècle qui s'ouvrent sur des parcs à l'herbe capiteuse, des restaurants, des commerces et même un cinéma avec une séance le jeudi soir, le Veisivi. La saison touristique bat son plein, mais comme le randonneur est un être paisible, on a l'impression d'une grande pension de famille où chacun veillerait à la tranquillité du voisin.
C'est quand vous quittez la rue principale que la beauté du village vous prend aux tripes. A vrai dire, cela ne va pas de soi, les rues sont rares, il faut prendre un vague chemin, s'avancer, rebrousser, se faufiler dans un entrelacs de maisons, de granges, de greniers, de raccards, avec le sentiment croissant, embarrassé et délicieux, de violer une intimité. C'est un univers de bois et de pierre, admirablement préservé mais qui ne sent pas le musée. Peu de géraniums, plutôt du fumier; quelques enfants qui jouent et cette grand-mère qui peine dans son jardin en costume traditionnel.
Quand vous prenez la route et grimpez au-dessus de Villa, en surplomb d'Evolène, la route tutoie une falaise où est accrochée une antenne. Avancez-vous sur le promontoire, vous aurez là, foi de Maurice Chevrier, le plus beau panorama de la commune. De la Dent-Blanche, avec à son pied le glacier de Ferpècle, jusqu'au pic d'Artsinol. Tout ce que vous voyez est territoire de la commune, la quatrième plus importante du pays, et il vous prend des envies de grandeur.
La table des célébrités Le soir, il faut aller au Vieux Mazot, chez la Raymonde. Une institution. Sur la terrasse, il y a les touristes, dedans, agglutinés autour du bar, les jeunes du village qui vont et ne cessent de revenir. Il faut dire que trois serveuses ont juste débarqué pour la saison, du 15 juillet au 15 août. Ce sont des étudiantes strasbourgeoises, elles ne manquent pas de repartie et sont bien mignonnes. Le nouveau président du Conseil municipal genevois vous apostrophe. C'est un habitué. Il conspue la presse qui ne parle pas assez de lui et chante avec finesse l'hospitalité de la Raymonde. Le mari de la patronne, un ancien mathématicien qui a formé des générations d'ingénieurs, vous jette un clin d'oeil: «Vous savez qui était assis à votre place il y a une semaine? Régis Debray!» C'est la table des célébrités.
A 2 heures du matin, le café ferme un peu à contre-coeur. Le seul bruit qui subsiste vous accompagnera toute la nuit: ce sont les eaux de la Borgne, que l'on dit hautes pour la saison, gonflées par la fonte des glaciers. | AR
Gersau (SZ) On dirait le Sud
« Habitants 1795.
« Arriver Par le bateau à partir de Lucerne ou de Lucerne en train jusqu'à Küssnacht am Rigi. De la gare, emprunter la plus belle ligne de bus de Suisse jusqu'à Gersau.
« Dans le village L'une des plus vieilles maisons, à deux pas de l'église: la Gerbi Haus, construite en 1577. Autour de la Rathausplatz, les maisons patriciennes baroques. Le Musée historique de Gersau.
« Dans les environs Sur le chemin de la chapelle, la plage «Kindli».
« Dormir Hôtel Seehof du lac.
« Manger Le Gasthaus Tübli, un immense chalet planté au milieu du village. Röstis au poisson.
« Insolite A trente minutes à pied du village, la Maria Hilf Kapelle, dite «Kindlikapelle». Construite en 1570, elle est liée à une légende: un ménestrel qui traversait le lac a jeté son enfant par-dessus bord. Le soulier rouge du garçon aurait longtemps flotté sur le lac.
L'approche tout d'abord. Gersau sait se faire désirer. Tout commence à Lucerne. Le voyageur embarque; le bateau l'emmène de port en port, dans les villages qui bordent les bras du lac des Quatre-Cantons. Deux heures de promenade époustouflante à contempler les montagnes aux pentes vertigineuses qui plongent dans l'eau turquoise. Et, sur les rives, c'est tantôt un vieux chalet de bois, tantôt un hôtel sorti d'un conte de fées qui s'offrent à la vue du voyageur.
Gersau enfin, village lové dans un écrin de velours vert formé par le Rigi et le Klewenalp. De la rive, le bourg se donne des allures méditerranéennes avec sa promenade bordée de palmiers, ses hôtels et restaurants aux façades blanches et aux terrasses ensoleillées. En forme de bulbe, le clocher du village donne une touche originale au tableau. Bienvenue dans ce qui fut, plus de quatre siècles durant, la plus petite république du monde, avec sa propre constitution. Un cas unique en Suisse. C'est en 1817 seulement que Gersau perdit son indépendance, à la suite de la Révolution française, et fut intégré au canton de Schwyz.
Tourisme et microclimat Né à Gersau en 1904 et auteur de quelque vingt romans tirés à plus de 250 000 exemplaires, Josef Maria Camenzind relate dans son captivant Schiffmeister Balz l'occupation du village par les troupes françaises. Dans les archives du lieu, on peut même découvrir que les occupants furent logés dans les plus belles maisons. En revanche, pas touche aux vierges de l'endroit! Une certaine Magdalena C. Z., qui semblait avoir mis «la main à la pâte», fut remise à l'ordre et envoyée fissa dans un refuge à la montage.Celle qui fut la plus petite république du monde bénéficie d'un microclimat qui attire les touristes depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Situé à 435 mètres d'altitude, Gersau est souvent balayé par le foehn. Et, comme le village se situe dans un vallon sur le flan sud du Rigi, le vent du nord ne s'engouffre que rarement dans le fond. Autre phénomène: le lac qui emmagasine de la chaleur la restitue aux terres qui le bordent. Ce climat doux permet aux camélias, palmiers, bananiers, eucalyptus et oliviers de foisonner dans le village. Et au voyageur d'être dépaysé le temps d'un week-end, même en plein novembre. Pas étonnant que Clara Schumann y soit tombée amoureuse de Johannes Brahms, rencontré à Gersau en 1856. | SP
Môtiers (NE) La perle du val-de-Travers
« Habitants 820.
« Arriver A 30 km d'Yverdon-les-Bains par Sainte-Croix et à 30 km de Neuchâtel, direction Val-de-Travers.
« Dans le village Randonnées, mousseux Mauler et dégustation de l'absinthe.
« Dans les environs Visite de grottes, des mines d'asphalte.
« Dormir Hôtel National à Môtiers ou, à Couvet (6 km), Hôtel de l'Aigle.
« Manger Restaurant des Six Communes.
« Rencontrer Jack Galand, l'étonnant tenancier de l'Hôtel National.
En arrivant dans le Val-de-Travers, depuis Sainte-Croix, on s'arrête à Buttes, à l'auberge du village, au bord de la route. Le tenancier, un Français installé de longue date, est un exemple de sagesse au moment d'évoquer les plus beaux villages de Suisse: «Chez nous, il n'y a rien de vilain. En fait, l'important, c'est comment on regarde les choses. Même au milieu du désert, au milieu de rien, si l'on sait regarder, on trouve de la beauté dans tout.» Nous voilà avertis. Et sans doute que la gentillesse et l'optimisme font partie des beautés cachées de la nature humaine, en particulier dans le Val-de-«Traviole», comme certains aiment à le surnommer.
Môtiers n'est pas loin. A 30 kilomètres de tout. De Neuchâtel, d'Yverdon ou de Pontarlier. Petit village de 820 habitants, il est comme une énigme, parce que, au premier abord, il n'est pas très démonstratif. On y trouve une belle Grand-Rue, très sage, dont les bâtiments datent du début du XVIIIe siècle. Ils sont bien assis, d'un côté et de l'autre de la route, avec une multitude de fenêtres, qui font dire que à Môtiers, il y a plus de fenêtres que d'habitants. Dans une de ces maisons, Jean-Jacques Rousseau a vécu entre 1762 et 1765. Son séjour est dûment gravé dans la mémoire du lieu, tout comme le souvenir de la révolution neuchâteloise de 1848.
Fées vertes Aujourd'hui, le village est tout en souvenirs, tourné vers ses anciennes beautés. Pour le charme, il faut aller vers le prieuré du Xe siècle, puis vers le petit ru nommé le Biais, qui va vers la fameuse cascade, fierté villageoise, coin à pique-niques et occasions de s'encanailler pour la jeunesse. En soi, la cascade n'est pas très impressionnante, mais, tout autour, la forêt est absolument magnifique, territoire des fées vertes et d'autres couleurs, végétation luxuriante et musique de l'eau. Bref, un endroit hors du monde.
Môtiers est un véritable village, c'est-à-dire très petit. La rue centrale qui mène, d'un côté, vers Fleurier (chez les Fleurisans) et, de l'autre, vers Couvet (chez les Covassons), sépare les deux principaux établissements publics: le Restaurant des Six Communes et l'Hôtel National. Le premier est plutôt «pincé», bonne table familiale, carte généreuse pour les mariages et les anniversaires. Le second, plus couleur locale avec un couple de tenanciers joyeusement buveurs, qui affiche dans sa vitrine la spécialité de la terrasse: «98% sans mouches». Une façon de dire que, dans le restaurant d'en face, les mouches sont plus nombreuses, ou affectueuses. Une publicité qui ne passe pas inaperçue.
Une coupe de Mauler Môtiers est au milieu d'un monde bucolique qui offre de nombreuses balades sans effort. C'est le paradis du randonneur, où les Zurichois viennent en nombre pour découvrir le pays de l'absinthe, les gorges de l'Areuse ou le Creux-du-Van. Joli coin de pays que tout Suisse devrait avoir visité une fois dans sa vie. Notons que la commune héberge les vins mousseux de la famille Mauler installée ici depuis 1829. Méthode champenoise, parce qu'on n'a pas le droit de dire «champagne». La tradition vinicole nous rappelle que, du temps de Jean-Jacques Rousseau, les médecins locaux voyaient d'un bon oeil la consommation du vin de Neuchâtel, comme l'attestent ces propos de François Prince, médecin de la ville entre 1721 et 1757: «Ce vin égaie au plus haut point l'esprit, il fait fuir les chagrins et les soucis. Le vin de Neuchâtel est un excellent remède prophylactique contre les maladies provenant de la nature putride des humeurs.» Autrement dit, à Môtiers et dans les environs, le coeur s'égaie dans les produits du pays au milieu de paysages enivrants et volontiers cajoleurs. | EF
Saint-Saphorin (VD) sOus le clocher, l'âme du vin
« Habitants 346.
« Arriver Par la route du lac, ou par la ligne du Simplon. Ou aborder le village par le haut en prenant la ligne de Berne depuis Lausanne et le Train des vignes depuis Vevey, descendre à Puidoux-Chexbres et marcher à travers l'un des plus beaux paysages du monde.
« Dans le village Boire des verres.
« Dans les environs Marcher dans les vignes, se baigner, s'asseoir sur le banc de la vigne de Gilles, remercier Franz Weber d'avoir sauvé Lavaux.
« Dormir Cave Chevalley, chambres d'hôtes (www.lesfosses.ch). Sinon, à Chexbres, à Vevey...
« Manger L'Auberge de l'Onde ou le Café-Restaurant du Raisin.
« Rencontrer Pierre Keller. Le bouillonnant directeur de l'Ecal habite à Saint-Saphorin depuis 2000. Art moderne à l'étage, bon vin à la cave.
Vu du large, le village tapi sous les vignobles affiche une façade méditerranéenne. Sous leur carapace de tuiles, les maisons plissent du regard, les fenêtres étroites conjurent les éblouissements du ciel et du lac. Les remparts sont griffés d'escaliers vertigineux, plantés de figuiers, de palmiers. «Le bourg, un air de Provence / D'Italie aussi, mais Vaudois / Malgré ses airs, par son essence», chantait le plus illustre des Saint-Saphoriens, Gilles.
Vue d'en haut, depuis la «capite à Raymond», ce «petit coin de paradis peint sur l'un des plus beaux tableaux du monde» qui surplombe les toits tranquilles, la bourgade ressemble à une grosse tortue assoupie dans la verdure, au bord de l'abîme azuré du lac.
L'empereur Claude Saint-Saphorin offre son meilleur profil aux voyageurs qui vont vers l'Orient. C'est le plus beau «skyline» de Lavaux, de Vaud, une ligne déclive que brisent deux élans verticaux, le clocher trapu de l'église qui prend la lumière et un peuplier gracile qui capte les airs du large - fraîchement replanté, l'arbre peine encore à se hisser au-dessus des pinacles. Cet accord de la pierre et du végétal, de l'architecture et de la nature, résume l'esprit d'un lieu «Toujours le même, à l'étroit / Sur la pente où fleurit la vigne / Qui l'enserre de tous côtés».
Saint-Saphorin s'enracine dans la terre et dans l'histoire. L'église a pour fondement la borne milliaire plantée en 53 par l'empereur Claude. Vingt pas plus loin, le peuplier frissonne. Les fontaines gargouillent. Face au temple, comme le veut la tradition, s'ouvre la pinte. Son enseigne affiche un fringant trois-mâts, elle s'appelle l'Auberge de l'Onde. «Elle doit apparemment ses nom et renom au petit trafic portuaire qui amusait le bourg et entretenait la soif», écrit Paul Budry, qui a fréquenté assidûment l'endroit, comme Cingria ou Géa Augsbourg. Cette belle maison vigneronne de 1750 est aujourd'hui un haut lieu de la gastronomie, avec un impressionnant tournebroche qui ronronne sous les solives blanches du dernier étage.
Ombre et silence Le temps s'est arrêté à Saint-Saphorin. Depuis la première mention de Sancti Simphoriani en 1177, l'activité immobilière végète. Dans ses ruelles étroites qu'enjambent des arches de pierre coiffées de pampres, dans ses jardins de curé, sous ses arcades, l'endroit cultive le silence et l'ombre. «On voit, en ce mois de juillet, que l'on a eu raison de bâtir serré le plus qu'on a pu, avec la moitié des maisons sous terre», note Ramuz dans Passage du poète. En automne, les caves exhalent l'âme des lieux: le bon vin. Une crypte renferme les trésors de l'appellation Saint-Saph': des bouteilles des Domaines des Faverges, du Burignon, du château de Glérolles...
Le vin chante dans les verres, clair, frais, comme la fontaine sous le figuier, qui chantonne dans la vigne de Gilles, ce petit parchet planté à la mémoire du poète. S'asseoir sur la banquette de pierre, face au «village immobile / Pris dans ce monde végétal (...) / Le lac bleu qui tient sa partie / L'église face au peuplier / Par-dessus la vigne sertie / D'antiques murs en escaliers». Face au cirque grandiose des monts qui s'échancrent en ouverture vers l'Italie. Face au bleu du lac immense où, comme sur les plus belles cartes postales, glisse un grand navire blanc. Face à la beauté sur la terre. | AD
Au bord des lacs ou au pied des montagnes, sur les coteaux ou dans les plaines, il est des localités qui allient nature, cachet, sens de l'accueil et magie des impressions de voyage. «L'Hebdo» en a sélectionné une dizaine et vous en offre les clés: comment s'y rendre; où y manger et y dormir; qu'y faire alentour. Un miniguide indispensable pour vos escapades estivales.
Gandria (TI) Le temps s'est arrêté.
Sent (GR) Là où les maisons parlent.
Soglio (GR) Le repaire du poète.
Gais (AR) Une place, une âme, l'éternité.
Altreu (SO) Le havre des cigognes.
Rougemont (VD) Une merveille boisée.
Évolène (VS) Le glacier, la Raymonde.
Gersau (SZ) On dirait le Sud.
Môtiers (NE) La perle du Val-de-Travers.
Saint-Saphorin (VD) Sous le clocher, l'âme du vin.
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